MAMADOU TOGOLA, COORDINATEUR DU MOUVEMENT IBK KANU : «Assimi n’a dit à personne qu’il veut rester au pouvoir pour cinq ans»

Près d’une année et demie après la chute de son régime par un soulèvement populaire, Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) est décédé ce dimanche 16 janvier à l’âge de 76 ans. Mamadou Togola, Coordinateur du Mouvement IBK-Kanu, principal soutien à la candidature d’IBK lors de son deuxième mandat, implore pour lui le pardon du peuple et réitère le soutien de son mouvement à la Transition. C’est dans une interview accordée à Azalaï Express. Lisez plutôt !

Azalaï Express : Quel sentiment vous anime après le décès de l’ex-président Ibrahim Boubacar Keïta, au nom de qui vous aviez créé votre mouvement ?

Mamadou Togola : La mort est la fin de toute chose. Nul n’y échappera. IBK a gouverné ce pays pendant 7 ans. Durant son règne, il a pu réaliser plein de choses, mais beaucoup de choses restaient à faire. Il a aussi échoué sur certains plans. Mettons tout cela sur le compte de la volonté divine. Le Mali est un pays de pardon et de solidarité. Quel que soit le problème, les Maliens peuvent y remédier. La preuve : ceux qui étaient contre le président Ibrahim Boubacar Keïta sont aujourd’hui venus présenter leurs condoléances à la famille. C’est pourquoi nous demandons à tous les Maliens de pardonner le défunt président Ibrahim Boubacar Keïta afin que son âme repose en paix.

Que dites-vous à ceux qui ont causé la chute du régime d’IBK ?

Même le Prophète Mohamed (Salla’Allah Alayhi wa sallam) en son temps n’était pas aimé par tous, à fortiori le président d’un pays. Si nous savions qu’IBK allait finir son deuxième mandat de cette façon, nous n’allions pas soutenir sa candidature. Aujourd’hui, beaucoup de gens ont regretté de s’opposer à lui lorsqu’il était au pouvoir. L’un des défauts des Maliens, c’est de s’opposer à quelqu’un sans chercher à comprendre la réalité, l’intention de la personne. Les Maliens doivent mettre ce comportement de côté et mettre le Mali au-dessus de tout. Œuvrons pour la paix, le vivre ensemble et la cohésion sociale entre les Maliens. S’il n’y a pas d’entente entre nous, les citoyens maliens, nous  ne réussirons jamais à réaliser le meilleur pour le pays. C’est exactement à ces mêmes problèmes que la Transition est aujourd’hui confrontée. Parce que les Maliens ne s’écoutent pas. Cependant, il est impératif pour les Maliens de s’unir et de soutenir les autorités vu l’emprise dans laquelle le pays est tombé. Le cas du Premier ministre, Choguel Kokalla Maïga, il avait dit beaucoup de choses au régime d’IBK. Mais puisqu’il est au pouvoir aujourd’hui, il est primordial que nous le soutenions pour l’intérêt du pays, afin de faire sortir le Mali de cette crise. Depuis le vivant d’Ibrahim Boubacar Keïta, nous n’avons jamais méprisé quelqu’un parce qu’il est opposant au pouvoir d’IBK. Car, le défunt président nous a toujours conseillés de mettre l’intérêt du Mali au dessus de tous. Pour IBK, celui qui fait du mal au Mali, ce dernier veut du mal de lui-même, IBK.  Et cela prouve son amour inconditionnel pour le pays. Mais si Dieu a décidé de mettre fin à son pouvoir ainsi, personne ne peut changer son destin. « L’enfant peut tomber des mains de celui qui le porte ».

Avec la disparition d’IBK, quel sera donc le nouvel objectif du mouvement ?

Avant même la mort d’IBK, nous  avions prédit qu’il allait mourir un jour, comme tout humain. Et avant lui, d’autres présidents de ce pays sont morts, notamment Modibo Keïta, Moussa Traoré, Amadou Toumani Touré et plein d’autres personnalités du pays. Nous n’avons pas soutenu IBK à cause de sa personnalité, mais pour son amour pour le pays. De ce fait, renoncer à notre soutien aux autorités après le décès d’IBK serait indigne de notre part et vis-à-vis de notre devoir pour la patrie. Ainsi, pour vous dire : nous sommes prêts à soutenir  tout ce qui va dans l’intérêt du pays, pour promouvoir le développement et la paix dans le Mali.

Quel jugement portez-vous sur la Transition ?

Pour moi, c’est l’union qui fait la force. Il est indispensable pour les Maliens de soutenir la Transition. Assimi Goïta, seul, ne peut pas sortir ce pays de la crise sans le soutien total de tous les fils du pays. Le président Assimi a, lui-même, dit aux jeunes : « Si j’échoue, c’est toute la jeunesse malienne qui a échoué ». Donc, nous n’avons pas droit à l’erreur. L’une des grosses erreurs du défunt président a été les élections. Pour éviter de telle situation, les Maliens ont l’obligation de soutenir la Transition pour pouvoir organiser des élections crédibles et transparentes. Autrement dit, l’échec de la Transition sera considéré comme l’œuvre de tous les Maliens. En plus, il faut comprendre qu’avec les militaires, on peut conquérir le reste du territoire occupé par les terroristes et les bandits armés et sécuriser tout le pays.

Le bras de fer avec la Cedeao est-il la solution ?

Le président de la Transition Assimi Goïta a toujours dit que ses portes sont ouvertes au dialogue avec la Cedeao. En effet, le problème c’est les Maliens eux-mêmes qui sont souvent absurdes et rendent les choses plus compliquées. Le président Goïta a, lui-même, affirmé que des coups d’État répétitifs ne mènent pas du bonheur. Cela détruit le pays. En plus, les sanctions de la Cedeao n’ont pas commencé par le Mali. Étant membre fondateur de la Cedeao, lorsqu’Amadou Toumani Touré était au pouvoir, le Mali avait également, dans le cadre de la Cedeao, pris des sanctions contre d’autres pays, notamment la Sierra Leone et le Libéria. Donc, comprenons que le Cedeao n’est pas notre ennemi. Même s’il est vrai que les choses tournent en notre défaveur. Elle doit savoir que le chronogramme de 5 ans demandé par les autorités de Transition est une base de négociation. C’est à elle de juger bon où trop. Assimi n’a dit à personne qu’il fera 5 ans au pouvoir. Par conséquent, les sanctions prises ne sont pas contre le président, mais contre tout le peuple. Face à de telles sanctions les Maliens doivent s’unir aux côtés des autorités pour sortir le pays de la crise. Depuis 2012, le pays est dans  cette crise. La vie devient de plus en plus chère, le taux du chômage des jeunes augmente.  Souvent le peuple accuse les autorités sur du faux, alors que c’est le peuple lui-même qui manque de civisme et ne joue pas son rôle. Nous sommes tous touchés par les sanctions de la Cedeao. Nous demandons aux autorités d’élaborer un chronogramme convenable qui nous permettra de sortir de ces sanctions. Ceux qui croient qu’on n’a pas besoin de la Cedeao aujourd’hui ne savent pas qu’ils sont en train de commettre une grave erreur. J’appelle tous les Maliens à l’union sacrée. Nous prions que les autorités et la Cedeao se mettent d’accord sur un chronogramme pour mettre fin à cette crise. Ces militaires peuvent faire ce qu’un président démocratiquement élu n’arriverait pas à réaliser, notamment la sécurité et le retour de la paix.

Jiadata MAIGA

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