Crise d’EDM – Le couple SOGEM / SINOHYDRO responsable ?

Le Mali est actuellement confrontĂ© Ă  une grave crise Ă©nergĂ©tique, sans prĂ©cĂ©dent. Celle-ci ralentit fortement les activitĂ©s des entreprises des secteurs informel & formel et impacte la santĂ© & le bien-ĂȘtre des mĂ©nages. Plusieurs raisons explicatives ont Ă©tĂ© avancĂ©es par les spĂ©cialistes. Au-delĂ  des facteurs conjoncturels dus grandement Ă  la mauvaise gouvernance d’entreprise d’EDM, ce sont les fondamentaux structurels qui risquent de rendre difficile la rĂ©solution de cette crise.

Ils portent sur :

(i). L’augmentation forte de la demande Ă©lectrique, en moyenne de 20% par an au cours de ces derniĂšres annĂ©es, tandis-que l’offre stagnait. Les mesures prises par le Gouvernement pour booster l’offre Ă©nergĂ©tique avec l’installation de grandes centrales solaires (dĂ©jĂ  350 MW en cours) pourraient assez fortement corriger le dĂ©sĂ©quilibre entre l’offre et la demande ;

(ii). la politique des prix qui oblige EDM Ă  vendre Ă  perdre le KWh produit, sans compensation totale et Ă  temps par l’Etat. L’augmentation effective et envisagĂ©e des prix de l’électricitĂ© serait de nature Ă  corriger ce « non-sens Ă©conomique »

(iii). l’évolution du mix-Ă©nergĂ©tique qui a vu le thermique, d’antan une Ă©nergie d’appoint, devenir la principale source, avec plus de 65% de la production totale d’électrique. Cette mutation s’est faite au dĂ©triment de la source d’énergie hydroĂ©lectrique qui reprĂ©sente actuellement moins de 30%. Qu’est-ce qui explique cette dĂ©gringolade de la part des barrages hydroĂ©lectriques , qui reprĂ©sentaient au dĂ©but de la dĂ©cennie 2010 plus de 75% des sources de production d’électricitĂ© et qui permettaient Ă  EDM d’accuser moins de 10 jours de dĂ©lestage total par an ?

C’est en cherchant Ă  rĂ©pondre Ă  cette question de fonds et de comprendre les perspectives de retour possible Ă  ce «mix-Ă©nergĂ©tique vertueux», des temps passĂ©s que «nous sommes tombĂ©s sur un os».

Ni EDM, ni l’Etat du Mali, ne sont les seuls responsables des dĂ©lestages dramatiques de l’électricitĂ© dans notre pays. L’OMVS, Ă  travers son organe, la SociĂ©tĂ© de Gestion de l’Energie de Manantali (SOGEM) en porte une certaine responsabilitĂ©. « Créée en janvier 1997, la SOGEM est chargĂ©e, entre autres missions, de l’exploitation, de l’entretien et du renouvellement des ouvrages communs dont la supervision lui est confiĂ©e ». Depuis juillet 2014, aprĂšs le retrait de la sociĂ©tĂ© sud-africaine ESKOM, « la SOGEM s’est dotĂ©e d’une filiale, SEMAF, structure de droit malien, qui assure dĂ©sormais l’exploitation, l’entretien et la maintenance des ouvrages de MANANTANI, FELOU et GOUINA ainsi que la production et le transport de l’énergie Ă©lectrique Ă  partir desdits ouvrages ».

Pour comprendre « les dessous des cartes » de ce qui se trame par la SOGEM au sein de l’Organisation pour la Mise en Valeur du fleuve SĂ©nĂ©gal (OMVS), citĂ©e Ă  plus d’un titre comme un modĂšle d’intĂ©gration, « le dĂ©tour en vaut la chandelle »

L’OMVS : UN MODELE D’INTEGRATION REGIONALE

Créée le 11 mars 1971 Ă  Nouakchott, aprĂšs le retrait de la GuinĂ©e de l’OERS (Organisation des États riverains du fleuve SĂ©nĂ©gal), l’OMVS est trĂšs souvent citĂ©e comme un modĂšle d’intĂ©gration Ă©conomique, de gestion concertĂ©e de l’eau, facteur souvent de conflits sous d’autres cieux.

L’OMVS a mĂȘme Ă©tĂ© nominĂ©e en 2022 au prix Nobel de la Paix, Ă  l’initiative d’éminente personnalitĂ© comme Erik Orsenna, (Ă©conomiste, Ă©crivain, professeur et membre de l’AcadĂ©mie française) et de prestigieuses institutions opĂ©rant dans le domaine de la gestion responsable de l’eau comme Le Geneva Water Hub et le RĂ©seau International des Organismes de Bassins . Selon ses parrains, « l’Organisation a, depuis 50 ans, dĂ©montrĂ© qu’un cours d’eau peut ĂȘtre Ă  la fois vecteur de paix rĂ©gionale, levier de progrĂšs Ă©conomique et ferment d’une culture commune, 
. »

Comme son nom l’indique, l’Organisation vise Ă  mettre en valeur le fleuve SĂ©nĂ©gal, Ă  travers ses principales missions qui consistent à :

– rĂ©duire la vulnĂ©rabilitĂ©Ì des Ă©conomies des Ă©tats membres face aux alĂ©as climatiques et aux facteurs externes ;
– prĂ©server l’équilibre des Ă©cosystĂšmes du bassin
– contribuer à l’autosuffisance alimentaire des populations
– contribuer au dĂ©veloppement Ă©conomique et social des États-membres
– sĂ©curiser et amĂ©liorer les revenus des populations

Bassin du fleuve du Sénégal

Bassin du fleuve du Sénégal
Bassin du fleuve du Sénégal

Les grands axes d’intervention de l’ OMVS portent sur :

(i) l’Agriculture, l’Energie, le Transport, l’Alimentation en Eau Potable, la Sauvegarde environnementale.

Pour atteindre ses objectifs, l’OMVS a dĂ©veloppĂ© un Programme d’infrastructures rĂ©gionales comprenant plusieurs projets :

– les Projets d’ouvrages hydroĂ©lectriques
– le Projet de navigation
– le Projet de Gestion IntĂ©grĂ©e des Ressources en Eau (PGIRE)
– le Plan d’Action RĂ©gional pour l’AmĂ©lioration des Cultures irriguĂ©es (PARACI)
– le projet SĂ©nĂ©gal-HYCOS portant sur la mise en place d’un systĂšme d’observation du cycle hydrologique dans le bassin du fleuve.

En outre, l’OMVS s’est dotĂ© de plusieurs organes :

– Au niveau dĂ©cisionnel :

(i) la ConfĂ©rence des chefs d’État et de gouvernement, qui dĂ©finit la politique de coopĂ©ration et de dĂ©veloppement au sein de l’Organisation,

(ii) le Conseil des ministres, qui dĂ©finit la politique gĂ©nĂ©rale d’amĂ©nagement du fleuve et de mise en valeur de ses ressources,

(iii) le Haut Commissariat, qui applique les décisions du Conseil des ministres. Son siÚge est à Dakar, au Sénégal.

– A ces organes dĂ©cisionnels et exĂ©cutifs, s’ajoutent trois (3) organes consultatifs :

(i) la Commission permanente des eaux,
(ii) le Comité Régional de Planification,
(iii) le Comité consultatif.

– Et quatre (4) SociĂ©tĂ©s de Gestion :

(i) la SociĂ©tĂ© de Gestion et d’Exploitation du Barrage de DIAMA (SOGED),
(ii) la SociĂ©tĂ© de Gestion et d’Exploitation de la Navigation (SOGENAV),
(iii) la Société de Gestion des Ouvrages du Haut-bassin du fleuve Sénégal en Guinée (SOGEOH),
(iv) la SociĂ©tĂ© de Gestion de l’Energie de Manantali (SOGEM)

C’est ce rĂŽle central de gestionnaire des rĂ©alisations des ouvrages hydroĂ©lectriques au Mali, qui nous a amenĂ© Ă  mettre les projecteurs sur la SOGEM, qui gĂšre nos trois (3) principaux barrages.

DERRIÈRE LES GRANDES INSTITUTIONS SE TROUVENT DES GRANDS HOMMES

Dr. Mohamed Salam Ould MERZOUG
Dr. Mohamed Salam Ould MERZOUG

Si les fondations de l’Organisation rĂ©gionale ont Ă©tĂ© consolidĂ©es au dĂ©but des annĂ©es1990, par des grands hommes comme le Malien, Ahmed Mohamed ag HAMANI, la palme du plus grand bĂątisseur de l’OMVS revient, sans conteste, au Mauritanien, le Dr. Mohamed Salam MERZOUG.

Docteur en gĂ©ophysique, auteur de plusieurs ouvrages, notamment sur l’intĂ©gration africaine, diplomate chevronnĂ©, l’actuel
Ministre des Affaires EtrangĂšres, de la CoopĂ©ration et des Mauritaniens de l’extĂ©rieur, a marquĂ© le dĂ©veloppement de l’OMVS durant son haut-commissariat de 2002 Ă  2013.

Le bouclage du financement et l’achĂšvement des travaux du barrage de FELOU, la mobilisation du financement et la pause de la 1Ăšre pierre du barrage de GOUINA, la consolidation des Projets de Navigation, de Gestion IntĂ©grĂ©e des Ressources en Eau (PGIRE), du Plan RĂ©gional pour l’AmĂ©lioration des Cultures irriguĂ©es (PARACI) sont quelques exemples qui attestent de l’excellence et de l’engagement du Dr. MERZOUG Ă  la tĂȘte de l’OMVS.

LES RETARDS CHRONQUES DANS LA REALISATION DES BARRAGES

Barrage de Manantali
  • Construit sur le Bafing (Mali)
  • 200 MW,807 GWhen moyenne/an
  • Lignes HT Bamako, Dakar, Nouakchottsur1500km, Ă©quipĂ©es de cĂąbles de garde Ă  fibre optique (CGFO) permettant l’interconnexion des rĂ©seaux de tĂ©lĂ©
    communications des trois pays
  • RĂ©partition : Mali 52%, Mauritanie 15%, SĂ©nĂ©gal
    33

 

La construction du barrage a dĂ©butĂ© en 1982 (ouvrage) et a Ă©tĂ© terminĂ© en 2002 (centrale), pour un coĂ»t total de 396 milliards de FCFA. Si la construction du barrage de MANANTALI a pris une vingtaine d’annĂ©es, bien de circonstances expliquent ce dĂ©lai, entre autres le conflit, du 9 avril 1989 au 18 juillet 1991, entre la Mauritanie et le SĂ©nĂ©gal.

LE BARRAGE DE FELOU

. Construit sur lefleuveSĂ©nĂ©galĂ 15km de Kayes (Mali) – 2009Ă 2013
. 60 MW,335 GWh
. Lignede4kmpar raccordement au postes de Kayes sur le réseau 225 kV
. CoĂ»tĂ terminaison142 millions USD, soit + ou – 71 milliardsFCFA
. Répartition: Mali 45%, Mauritanie 30%, Sénégal : 25%

 

 

 

Le barrage de Gouina

. Construit sur le fleuve SĂ©nĂ©gal Ă  45km de Kayes (Mali) – 2013 Ă  2022
. 140 MW, 607 GWh
. Ligne de 4km par raccordement au poste de Kayes sur le réseau 225 kV
. Coût : 283 milliards F CFA
. Répartition : à part égale entre les pays membres

Ce barrage a Ă©tĂ© financĂ© par l’IDA (Banque Mondiale), la BEI et les Etats du Mali, de la Mauritanie et du SĂ©nĂ©gal. La construction de l’ouvrage (EPC, en Français : IngĂ©nierie, Approvisionnement et Construction) Ă  SINOHYDRO pour une durĂ©e de 48 mois. En dĂ©finitive, SINOHYDRO mettra quatre (4 ans) pour terminer les travaux.

SituĂ© dans l’arrondissement de DIAMOU, Ă  45 kilomĂštres de Kayes, au Mali, l’ouvrage a coutĂ© prĂšs de 283 milliards de francs CFA . Il a Ă©tĂ© financĂ© Ă  hauteur de 80% par China EximBank et le reste par l’OMVS. Curieusement, le 3 dĂ©cembre 2022, sur le site de la BOA, on peut lire : «Sous le titre BOA-Mali finance la construction d’un barrage ». Et dans le corps du texte, il est marquĂ© : « La Banque a financĂ© pour plus 100 milliards SINOHYDRO Corporation Ltd, qui a construit le barrage hydroĂ©lectrique de GOUINA ». Allez savoir, surtout pour qui connait les mĂ©canismes de financement de China Exim Bank, sur lesquels nous reviendrons.

Si la pose de la premiĂšre pierre du barrage de GOUINA a Ă©tĂ© effectuĂ©e le 17 dĂ©cembre 2013, en mĂȘme temps que l’inauguration du barrage de FELOU, par les chefs d’Etat des 4 Etats-membres, les travaux n’ont effectivement dĂ©butĂ© qu’en novembre 2016. Presque trois (3) ans ont Ă©tĂ© perdus en grande partie Ă  cause des procĂ©dures de passation de marchĂ© de la SOGEM.

SINOHYDRO mettra six (6 ans) pour rĂ©aliser le barrage de GOUINA, soit le double du dĂ©lai contractuel. MĂȘme en tenant compte de la pĂ©riode du COVID, au cours de laquelle le chantier n’a pas Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©, un retard d’au moins deux (2) ans aurait Ă©tĂ© accusĂ©.

L’ensemble de barrages gĂ©rĂ©s par la SOGEM reprĂ©sente nominativement plus de 150 MW pour la production d’électricitĂ© d’EDM. Il va s’en dire que les retards accusĂ©s dans la mise sur les rĂ©seaux de l’électricitĂ© produite par ces barrages ne pouvaient pas rester sans incidence sur la Compagnie malienne. En fait, le point de bascule de l’hydroĂ©lectrique vers le thermique est dĂ» en partie aux retards de la mise en service des barrages de FELOU et GOUINA. Ce qui a obligĂ© EDM a acquĂ©rir des groupes Ă©lectrogĂšnes pour faire face Ă  la demande Ă©lectrique de plus en plus Ă©levĂ©e. Sans oublier le « long conflit » entre la SOGEM et son ancien sous-traitant sud-africain, ESKOM.

Bien sĂ»r, il ne viendrait Ă  l’idĂ©e de personne d’accuser la SOGEM de vouloir volontairement causer des torts Ă  EDM. Mais la question de fonds qui se pose : pourquoi alors toujours confier la rĂ©alisation de nos barrages Ă  la mĂȘme entreprise chinoise, SINOHYDRO.

SINOHDRO : L’ENTREPRISE LA PLUS DECRIEE SUR LES GRANDS MARCHES D’INFRASTRUCTURE EN AFRIQUE

Question Ă  l’IA de Microsoft Windows : merci de me faire une brĂšve description du conglomĂ©rat chinois : SYNOHYDRO.

Voici ci-dessous la rĂ©ponse de l’IA.

« Sinohydro (en chinois : äž­ć›œæ°Žç”” ; forme longue : äž­ć›œæ°Žćˆ©æ°Žç””ć»șèźŸé›†ć›ąć…Źćž) est une entreprise chinoise d’ingĂ©nierie et de construction dans le domaine de l’hydroĂ©lectricitĂ©. FondĂ©e en 1950, son siĂšge social se trouve Ă  PĂ©kin, Chine. Elle est classĂ©e 14e au classement des 225 entrepreneurs mondiaux Ă©tabli par Engineering News-Record en 2012, et 6e parmi les entreprises de construction chinoises.

Sinohydro a entrepris un chemin d’expansion internationale, devenant ainsi un symbole de l’expansion chinoise Ă  travers le monde. Elle opĂšre dans 55 pays en Asie, en Afrique, en Europe (depuis le siĂšge europĂ©en de Belgrade, en Serbie), en AmĂ©rique du Nord et en AmĂ©rique du Sud. Cependant, cette expansion n’a pas Ă©tĂ© sans difficultĂ©s, allant des risques politiques aux controverses environnementales. Par exemple, des travailleurs de la sociĂ©tĂ© affiliĂ©e Power Construction Corporation ont Ă©tĂ© enlevĂ©s en 2012 par le Mouvement populaire de libĂ©ration du Soudan-Nord alors qu’ils construisaient une route au Soudan. De plus, Sinohydro a Ă©tĂ© temporairement exclue par la Banque mondiale en rĂ©ponse Ă  une enquĂȘte du gouvernement bangladais concernant une soumission pour le projet du pont Padma.

En Malaisie, Sinohydro a travaillĂ© en partenariat avec Sime Engineering pour construire le plus grand barrage du pays. Le Sarawak Report a allĂ©guĂ© que Sinohydro avait largement utilisĂ© une technique consistant Ă  ajouter trop d’eau au ciment, rendant la construction dangereuse. Sinohydro a rĂ©pondu que le barrage Ă©tait sĂ»r, mais que certains travaux, comme le nettoyage des silos, n’avaient pas Ă©tĂ© effectuĂ©s « conformĂ©ment aux instructions  ».

Et si vous « Googlelisez : les scandales de SINOHYDRO en Afrique» , vous recevriez plus de 30 articles sur les actes de fraudes et de corruptions qui ont émaillé les activités du géant chinois en Afrique, en cours de ces derniÚres années.

La plupart des grands bailleurs de fonds des projets d’infrastructures en Afrique tels que la Banque Mondiale, la Banque Africaine de DĂ©veloppement (BAfD), la Banque EuropĂ©enne d’Investissement (BEI)
 ont eu Ă  un moment ou un autre Ă  blacklister et/ou Ă  suspendre SINOHYDRO de leurs appels d’offres internationaux.

Quelques exemples parmi une trentaine d’article, ci-dessous :

La rĂ©action de SINOHYDRO est toujours la mĂȘme : «faire amende honorable» auprĂšs du bailleur concernĂ©, s’engager Ă  respecter scrupuleusement dorĂ©navant la compliance du bailleur et si possible signer un «protocole de bonne conduite» avec le bailleur.

Tout en continuant les basses besognes sous d’autres cieux, avec d’autres institutions :

Accord de rĂšglement entre la BEI et SINOHYDRO Corporation Limited  – 28 SEPTEMBRE 2023

La BEI et SINOHYDRO Corporation Limited ont conclu un accord de rĂšglement concernant des prĂȘts de la BEI relatifs Ă  cinq projets. La BEI et SINOHYDRO ont conclu un accord de rĂšglement concernant des fautes commises dans le cadre de cinq projets mis en Ɠuvre au Maroc, en GĂ©orgie, en Tanzanie, au Niger et aux Seychelles. Ces projets ont bĂ©nĂ©ficiĂ© d’un financement de la BEI.

Dans le cadre de l’accord, SINOHYDRO s’est engagĂ© volontairement Ă  consacrer 1 million d’EUR Ă  des projets dans le domaine de l’intĂ©gritĂ©, de l’environnement et (ou) de la durabilitĂ©. En outre, SINOHYDRO sera exclu de toute participation Ă  des projets financĂ©s par la BEI pendant douze mois, Ă  compter du 30 aoĂ»t 2023.

Par ailleurs, SINOHYDRO continuera de mettre en Ɠuvre son rigoureux programme de conformitĂ© et d’informer la BEI de tout fait nouveau notable. SINOHYDRO coopĂ©rera Ă©troitement avec la BEI qu’elle assistera dans la poursuite de son travail d’enquĂȘte sur des allĂ©gations de manƓuvre interdite dans le cadre de projets financĂ©s par la Banque.

Les deux parties conviennent Ă©galement d’échanger leurs bonnes pratiques en matiĂšre de normes de conformitĂ© et de lutte contre la fraude et la corruption.

Durant l’enquĂȘte, SINOHYDRO a pleinement coopĂ©rĂ© avec la BEI et s’est engagĂ© Ă  clarifier les questions et Ă  fournir en toute transparence des informations et des documents relatifs aux actes rĂ©prĂ©hensibles en cause.

De plus, SINOHYDRO a effectuĂ© toutes les dĂ©marches nĂ©cessaires Ă  la mise en Ɠuvre des mesures visant Ă  amĂ©liorer ses systĂšmes de gouvernance d’entreprise et de conformitĂ© afin d’éviter que les mĂȘmes fautes ne serĂ©pĂštent.

 

EN DEPIT DE TOUT « SINOHYDRO RESTE INDEBOULONABLE »

Le dernier grand saga de la sĂ©rie des « scandales OMVS/SINOHYDRO » porte sur le contrat commercial pour la rĂ©alisation du plus grand ouvrage de l’Organisation : le barrage de KOUKOUTAMBA en GuinĂ©e.

LE BARRAGE DE KOUKOUTAMBA ou la paume de la discorde entre la Guinée et les autres Etats-Membres

Cet ouvrage majeur doit ĂȘtre rĂ©alisĂ© sur la portion du Bafing sur le territoire de la GuinĂ©e. Le projet prĂ©voit un barrage hydroĂ©lectrique de 294 MW, la construction de deux lignes de transport haute tension de 225 kV d’une longueur cumulĂ©e d’environ 600 km qui partiront de la future centrale vers Conakry et le barrage de Manantali, une route de 150 km partant de LabĂ© au site du barrage, un pont de 180 m et une citĂ© du maĂźtre d’ouvrage. Ce dernier est la SOGEOH (SociĂ©tĂ© de Gestion des Ouvrages du Haut-bassin du fleuve SĂ©nĂ©gal en GuinĂ©e), un autre organe crĂ©e en janvier 2016, qui « vise essentiellement une prĂ©paration plus rapprochĂ©e des nouveaux projets d’ouvrages programmĂ©s par l’OMVS sur le fleuve SĂ©nĂ©gal, dont la plupart se situent dans le Haut Bassin guinĂ©en »

L’électricitĂ© produite sera repartie Ă  part Ă©gale entre les quatre (4) Etats-membres. Le coĂ»t du projet est Ă©valuĂ© Ă  812 millions de dollars US. La construction doit durer quatre (4) annĂ©es.

Au terme d’un vĂ©ritable feuilleton hollywoodien, l’incontournable SINOHYDRO finit par enlever la mise pour la rĂ©alisation de l’ouvrage. Le film a commencĂ©, il y a 12 ans, en 2012, avec le lancement de l’appel d’offre international. D’emblĂ©e, l’offre de SINOHYDRO est rejetĂ©e pour prĂ©sentation d’une « garantie bidon ». En vĂ©ritable artiste, le gĂ©ant chinois fait appel et fini par « faire valider son scĂ©nario ». Bien de mĂ©dias, dont notre confrĂšre sĂ©nĂ©galais DAKAR ACTU crie au scandale. Bien que moins disant, le principal concurrent, China Gezhouba Group Company (CGGC) est Ă©cartĂ©. Ce dernier engage tous les recours possibles, qui dureront 3 annĂ©es pleines. A la fin des fins, le Haut-Commissaire de l’OMVS et le PrĂ©sident de SINOHYDRO signeront un contrat commercial, le 26 fĂ©vrier 2019, en prĂ©sence du PrĂ©sident Alpha CONDE.

Le mode de financement retenu est un EPC+F (Engineering Procurement Construction), c’est-Ă -dire la construction de l’ouvrage et ses annexes clĂ© en mains, avec apport de financement. SINOHYDRO jurait Ă  l’époque que le bouclage du financement auprĂšs de CHINA EXIMBANK n’était simplement qu’une question de procĂ©dure interne.

En juin 2023, la construction du barrage n’avait toujours pas dĂ©butĂ©. Ce fait ne sera pas sans consĂ©quence. Le 20 juillet 2023, les AutoritĂ©s de la GuinĂ©e dĂ©cident de suspendre la participation leur pays des organes de l’OMVS, de reprendre en main la construction du barrage de KOUKOUTAMBA, de redimensionner l’ouvrage en fonction de leurs propres besoins.

«La dĂ©cision est liĂ©e d’abord Ă  l’absence de mobilisation sĂ©rieuse des financements nĂ©cessaires Ă  la rĂ©alisation du barrage de KOUKOUTAMBA et au fait que nous estimons que notre pays n’est pas suffisamment reprĂ©sentĂ© aussi bien dans le personnel que dans les instances dirigeantes d’une organisation dont le cƓur d’activitĂ© se trouve dans notre pays», soulignait alors le Porte-parole du gouvernement guinĂ©en.

Sur la suspension de la participation de la GuinĂ©e, l’OMVS a exprimĂ© de son cĂŽtĂ©, son «profond regret » et rĂ©affirmĂ© sa volontĂ© de « trouver les solutions appropriĂ©es aux raisons Ă©voquĂ©es ».

Deux mois plus tard, une session extraordinaire de la ConfĂ©rence des Chefs d’Etat et de Gouvernement fut organisĂ©e Ă  Nouakchott, Ă  laquelle la GuinĂ©e prendra part. Les revendications de la GuinĂ©e furent prises en compte notamment l’engagement de la recherche du financement du barrage, la crĂ©ation d’une fonction de Haut-commissaire adjoint de l’organisation, attribuĂ©e Ă  la GuinĂ©e, qui devrait par la suite accĂ©der au poste de Haut-commissaire. A l’issue de ce Sommet extraordinaire le chef d’état Mauritanien, Ould El GHAZOUANI, prĂ©sident en exercice de la confĂ©rence de l’OMVS dĂ©clarait : « Le retour aujourd’hui de la RĂ©publique sƓur de GuinĂ©e Ă  la participation active et au plein exercice de son rĂŽle central dans le fonctionnement et la rĂ©ussite de notre organisation est une illustration rĂ©confortante que nous saluons unanimement »

Selon les informations recueillies auprĂšs de nos correspondants, les AutoritĂ©s guinĂ©ennes auraient dĂ©noncĂ© le Contrat commercial avec SINOHYDRO. Nous n’avons pas rĂ©ussi Ă  confirmer cette information auprĂšs de l’OMVS. Ce qui est sĂ»r tient au fait que quatre (4) annĂ©es aprĂšs l’octroi du contrat de rĂ©alisation Ă  SINHYDRO, la pose de la 1Ăšre pierre du Barrage de KOUKOUTAMBA n’est toujours pas Ă  l’ordre du jour.

Tout comme les AutoritĂ©s maliennes ont Ă©tĂ© contraintes de dĂ©noncer le contrat de SINOHYDRO pour la construction du barrage de TAOUSSA, malgrĂ© les efforts consentis pour la sĂ©curisation de la Zone. Et tout responsable qui sait l’importance de ce barrage pour le dĂ©veloppement de la partie septentrionale de notre pays, ne voudrait plus jamais entendre parler de cette entreprise chinoise. Et pourtant
.

La question Ă  un million de dollars :

Pourquoi en dĂ©pit de ses graves manquements SINOHYDRO a toujours une position d’oligopole sur les marchĂ©s de l’OMVS : plus de 60% ?

Les pratiques frauduleuses de SINOHYDRO sont connues et peuvent ĂȘtre rĂ©sumĂ©es comme suit :

– casser les prix pour ĂȘtre moins disant et ensuite se rattraper Ă  coups d’avenants, qui peuvent dĂ©passer 50% du coĂ»t initial.
– proposer un dĂ©lai de rĂ©alisation qui n’est jamais respectĂ©. Ci-dessus des cas concrets des barrages de FELOU, de GOUINA et du projet de KOUKOUTAMBA
– donner des rĂ©fĂ©rences, parfois fausses, en se disant que les Ă©valuateurs (dont « certains sont acquis Ă  sa cause ») ne vĂ©rifieraient pas l’exactitude des informations
– donner des garanties non conformes pour des raisons ci-dessus Ă©voquĂ©es
– pour les appels avec plusieurs lots, soumissionner avec de divers «SINOHYDRO Bureau 1, Bureau 2 ; Bureau 5, Bureau 10, sans oublier SINOHYDRO Joint-venture.

D’aucuns n’hĂ©siteront Ă  parler d’un systĂšme rodĂ© de corruption. Nous ne franchirons pas ce pas pour l’instant. Mais tout le mĂȘme, le mystĂšre demeure sur la gouvernance de certains organes de l’OMVS, en particulier celle de la SOGEM. VoilĂ  une organisation qui est basĂ©e Ă  Bamako et dont les AutoritĂ©s maliennes ne recevaient que des informations Ă  posteriori. Il a fallu que ce problĂšme soit posĂ© au niveau de la plus Haute Instance de l’OMVS pour qu’un poste de SecrĂ©taire GĂ©nĂ©ral de la SOGEM soit créé et dĂ©volu au Mali. Le Gouvernement a octroyĂ© ce poste Ă  un de nos brillants jeunes cadres. Comme par hasard, il n’y avait pas de place au siĂšge pour le responsable malien. Un bureau a Ă©tĂ© louĂ© pour lui quelque part et avec comme seul staff : une secrĂ©taire. Lui sont envoyĂ©es les informations jugĂ©es nĂ©cessaires et il est associĂ© Ă  quelques missions. « Rester Ă  votre place, recevez votre salaire, il n’y a grand-chose Ă  voir pour vous», comprendrait qui voudrait.

DENONCER LES PRATIQUES DOUTEUSES DE SINOHYDRO N’EST SYNONYME DE REMISE EN CAUSE DE LA COOPERATION AVANTAGEUSE DE LA CHINE AVEC NOTRE PAYS ET LA SOUS-REGION.

SINOHYDRO cherche Ă  se faire passer comme le bras sĂ©culier de la coopĂ©ration chinoise en Afrique. Ce qui est totalement faux. SINOHYDRO n’est la seule entreprise chinoise. A la diffĂ©rence de certains de ses concurrents tels CHINA RAILWAY CONSTRUCTION et CNOOC, il ne fait pas partie des 50 plus grands conglomĂ©rats chinois. En outre, l’Etat chinois n’intervient pratiquement pas dans la compĂ©tition entre ses grandes entreprises Ă  l’étranger. La quasi-totalitĂ© Ă©tant des entreprises publiques, leurs produits reviennent toujours Ă  l’Etat.

prochains projets structurants de l’OMVS

Il est grand temps que les Gouvernements des Etats-membres s’intĂ©ressent de plus prĂšs sur les conditions de passation des marchĂ©s pour la rĂ©alisation des ouvrages de l’Organisation commune de l’OMVS. Un audit des marchĂ©s rĂ©cents nous paraĂźt indispensable. D’autant plus que nos pays doivent rembourser tous les Ă©normes emprunts pour la rĂ©alisation de ces ouvrages. Pour les marchĂ©s futurs ci-dessous : un changement profond et vertueux s’impose.

La rédaction
Source : Malikilé


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