Mali : la loi UEMOA encadre lâexercice des architectes
Mali : ce que change la loi autorisant les architectes de lâespace UEMOA Ă exercer avec droit dâĂ©tablissement
Le Conseil national de Transition (CNT) a adoptĂ© une loi encadrant lâexercice de la profession dâarchitecte au Mali, dans le cadre de lâharmonisation des normes nationales avec les rĂšgles communautaires de lâUEMOA. Le texte autorise dĂ©sormais les architectes ressortissants des Ătats membres Ă exercer au Mali avec droit de libre circulation et dâĂ©tablissement, tout en maintenant lâencadrement ordinal et les obligations professionnelles. Voici ce que dit concrĂštement la rĂ©forme â et ce quâelle ne dit pas.
Une rĂ©forme de cadre : harmoniser lâexercice, pas bouleverser la profession
Dans lâespace UEMOA, plusieurs professions rĂ©glementĂ©es Ă©voluent sous lâeffet de textes communautaires visant Ă faciliter la mobilitĂ©, lâintĂ©gration Ă©conomique et la normalisation des rĂšgles professionnelles. Lâarchitecture, profession Ă forte responsabilitĂ© sociale (sĂ©curitĂ© des bĂątiments, qualitĂ© du cadre de vie, organisation de lâespace), nâĂ©chappe pas Ă cette logique : elle combine des exigences techniques, une dimension dâintĂ©rĂȘt public, et une rĂ©gulation par des instances professionnelles.
La loi adoptĂ©e au Mali sâinscrit prĂ©cisĂ©ment dans ce registre. Son objectif nâest pas dâouvrir un âmarchĂ© sans rĂšglesâ, ni de renverser le systĂšme existant. Elle vise plutĂŽt Ă clarifier les conditions dâexercice dans un espace communautaire intĂ©grĂ©, en rendant compatibles les rĂšgles nationales avec les principes de libre circulation et de droit dâĂ©tablissement propres Ă lâUEMOA.
Ce que change la loi, concrĂštement
1) La libre circulation et le droit dâĂ©tablissement des architectes UEMOA
Le point le plus visible de la rĂ©forme concerne lâautorisation, pour les architectes ressortissants de lâespace UEMOA, de pouvoir exercer au Mali. Cette possibilitĂ© sâaccompagne du droit dâĂ©tablissement, câest-Ă -dire la facultĂ© de sâinstaller, dâouvrir un cabinet, de travailler et de proposer des prestations sur le territoire national, dans le respect des rĂšgles en vigueur.
Il est important de le dire sans ambiguĂŻtĂ© : libre circulation ne signifie pas âexercice automatiqueâ. Lâexercice dâune profession rĂ©glementĂ©e reste encadrĂ©. La logique communautaire vise Ă Ă©viter les barriĂšres arbitraires, pas Ă supprimer les exigences de qualitĂ©, de responsabilitĂ© et de dĂ©ontologie.
2) Le maintien dâun encadrement national par lâOrdre
Le texte ne remplace pas le rĂŽle de lâOrdre des Architectes du Mali. Au contraire, il sâappuie sur lâidĂ©e que la rĂ©gulation professionnelle demeure un instrument central de protection du public : elle dĂ©finit les conditions dâaccĂšs, les rĂšgles de pratique, les obligations dĂ©ontologiques, et les mĂ©canismes disciplinaires, le cas Ă©chĂ©ant.
Dans une lecture strictement professionnelle, lâenjeu est de garantir quâun architecte exerçant au Mali â quâil soit national ou ressortissant dâun Ătat membre â soit soumis Ă des exigences comparables : responsabilitĂ©, compĂ©tence, respect des normes, et traçabilitĂ© des actes.
3) Des obligations professionnelles rappelées et renforcées
La communication officielle autour de lâadoption du texte met en avant plusieurs mesures qui vont dans le sens dâune professionnalisation accrue. Parmi les Ă©lĂ©ments citĂ©s figurent notamment lâallongement du stage professionnel et lâobligation de prĂȘter serment avant lâexercice, ce qui confĂšre un poids symbolique et normatif supplĂ©mentaire aux engagements du professionnel.
Dans lâesprit du lĂ©gislateur, ces dispositions participent Ă lâidĂ©e que lâarchitecte nâest pas un simple prestataire : il engage la sĂ©curitĂ©, la durabilitĂ© des ouvrages et la qualitĂ© du cadre de vie. Lâencadrement vise donc Ă sĂ©curiser lâacte professionnel.
Ce que la loi ne dit pas : la confusion fréquente sur les diplÎmes
Une confusion revient souvent dans le dĂ©bat public : celle qui consiste Ă croire quâune loi sur lâexercice âreconnaĂźtâ automatiquement les diplĂŽmes. Or, les deux sujets sont liĂ©s, mais distincts. Lâexercice professionnel concerne le droit de pratiquer une activitĂ© encadrĂ©e (avec des obligations), tandis que la reconnaissance acadĂ©mique traite des Ă©quivalences de diplĂŽmes, des standards de formation, des accrĂ©ditations et des validations pĂ©dagogiques.
La loi adoptĂ©e encadre lâexercice de la profession dans un cadre communautaire harmonisĂ©. Elle ne se prĂ©sente pas comme une âvalidation gĂ©nĂ©raleâ de toutes les formations. Elle ne tranche pas non plus, Ă elle seule, les questions dâharmonisation des parcours acadĂ©miques, qui relĂšvent de dispositifs spĂ©cifiques (universitaires, ministĂ©riels, ordinales, et parfois internationaux).
Dit autrement : la rĂ©forme sâinscrit dans une logique de mobilitĂ© professionnelle encadrĂ©e, sans se substituer aux mĂ©canismes de contrĂŽle de la qualitĂ© de la formation.
Pourquoi maintenant ? Le contexte rĂ©gional et la logique dâintĂ©gration
Dans lâespace UEMOA, lâintĂ©gration Ă©conomique suppose des rĂšgles plus lisibles pour les personnes et les professions. Lorsque les rĂ©gulations divergent trop, la mobilitĂ© est freinĂ©e, les services circulent mal, et les investissements souffrent dâincertitudes. En matiĂšre dâarchitecture, cette question se pose avec une acuitĂ© particuliĂšre : un projet immobilier, une infrastructure, un marchĂ© public ou une collaboration internationale exige un cadre clair sur la responsabilitĂ© et la qualification de ceux qui conçoivent, supervisent et valident.
La rĂ©forme peut donc ĂȘtre comprise comme un mouvement de clarification juridique : faire en sorte que le Mali dispose dâun dispositif plus explicitement alignĂ© sur les rĂšgles communautaires, sans renoncer Ă ses instruments de contrĂŽle et de professionnalisation.
PrĂ©cisions officielles : ce quâa communiquĂ© le CNT aprĂšs lâadoption
Mise Ă jour â Dans une communication officielle datĂ©e du 16 dĂ©cembre 2025, le CNT a indiquĂ© que la sĂ©ance plĂ©niĂšre sâest tenue au CICB, sous la direction de lâHonorable HamĂšye FounĂ© MAHALMADANE (4á” vice-prĂ©sident), et que le texte portant organisation de la profession dâarchitecte a Ă©tĂ© adoptĂ© Ă lâunanimitĂ© des 128 membres prĂ©sents. La communication met aussi en avant lâalignement de lâOrdre des Architectes du Mali sur les rĂšgles communautaires, lâallongement du stage professionnel Ă 24 mois et lâobligation de prĂȘter serment avant lâexercice, parmi les innovations prĂ©sentĂ©es.
Ces prĂ©cisions renforcent lâidĂ©e que le texte vise Ă sĂ©curiser et normaliser lâexercice, dans une logique dâintĂ©gration rĂ©gionale, tout en affirmant les exigences professionnelles attachĂ©es Ă la pratique de lâarchitecture.
Ce que la réforme pourrait changer sur le terrain (sans spéculation)
Ă court terme, lâimpact le plus direct est la clarification : un architecte ressortissant dâun Ătat UEMOA dispose dâune base juridique pour demander Ă exercer au Mali selon les rĂšgles fixĂ©es. De mĂȘme, un architecte malien peut envisager plus clairement la mobilitĂ© au sein de lâespace communautaire, sous rĂ©serve des formalitĂ©s et des rĂšgles ordinales du pays dâaccueil.
Sur le plan du marchĂ©, le texte peut encourager davantage de collaborations transfrontaliĂšres (cabinets associĂ©s, projets rĂ©gionaux, appels dâoffres intĂ©grĂ©s), Ă condition que la rĂ©gulation et la transparence des procĂ©dures soient appliquĂ©es avec rigueur. LâĂ©quilibre recherchĂ© est classique : faciliter la circulation, sans fragiliser les garanties de compĂ©tence.
Ressources vidéo : comprendre le cadre professionnel et les débats institutionnels
Pour les lecteurs qui souhaitent approfondir le contexte institutionnel et lâapproche professionnelle de lâarchitecture au Mali, deux contenus vidĂ©o publiĂ©s sur la chaĂźne Mali Buzz TV (Dailymotion) peuvent servir de repĂšres documentaires :
- LâOrdre des Architectes souhaite que la formation soit conforme aux standards internationaux (UIA)
- AG Extraordinaire â OAM : inscription de 4 personnes au tableau par dĂ©cision de justice (playlist)
Ces ressources relĂšvent dâun contexte professionnel et institutionnel ; elles ne se substituent pas Ă la lecture du texte de loi, mais permettent de comprendre lâenvironnement dans lequel la rĂ©forme est discutĂ©e.
En autorisant lâexercice des architectes de lâespace UEMOA au Mali avec droit dâĂ©tablissement, le lĂ©gislateur a posĂ© un jalon dâharmonisation juridique. La rĂ©forme clarifie la mobilitĂ© professionnelle dans un cadre rĂ©gulĂ©, tout en maintenant le rĂŽle de lâOrdre et en rĂ©affirmant des obligations (stage, serment, dĂ©ontologie). Reste dĂ©sormais lâenjeu principal : lâapplication concrĂšte, Ă©quilibrĂ©e et transparente, pour que lâintĂ©gration rĂ©gionale rime avec qualitĂ©, responsabilitĂ© et sĂ©curitĂ© du cadre bĂąti.
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© Boub’s SiDiBĂ | Mali Buzz TV â Tous droits rĂ©servĂ©s
Boub’s SiDiBĂ connu a l’etat-civile sous l’appellation Boubakar SidibĂ©, est photojournaliste, producteur de contenus et spĂ©cialiste des dynamiques sociopolitiques du Sahel. Il travaille sur les enjeux politiques, culturels et sĂ©curitaires en Afrique de lâOuest.
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