Général Modibo Koné : parcours institutionnel, responsabilités stratégiques et rôle dans l’architecture sécuritaire du Mali
Discret, formé dans les grandes écoles militaires du pays et aguerri sur plusieurs théâtres d’opérations, le Général de corps d’armée Modibo Koné occupe aujourd’hui une place centrale dans l’architecture sécuritaire du Mali. De ses années de formation au Prytanée militaire de Kati jusqu’à la direction de l’Agence nationale de la Sécurité d’État (ANSE), son parcours raconte la montée en responsabilité d’un officier qui a choisi la voie de la rigueur, du terrain et de la continuité institutionnelle.
I. Repères chronologiques : un parcours institutionnel structuré
Pour mesurer la place occupée aujourd’hui par le Général Modibo Koné, il est utile de retracer les grandes étapes de son parcours sous forme de repères datés. Ces jalons, issus de sources publiques, dessinent la progression régulière d’un officier qui a traversé plusieurs niveaux de responsabilité, du terrain aux plus hautes fonctions sécuritaires.
- 1992–1999 : Élève officier, 11e promotion du Prytanée militaire de Kati.
- 1999–2002 : Formation à l’École militaire interarmes (EMIA) de Koulikoro.
- 2002–2007 : Commandant d’unité adjoint, 4e Unité méhariste, secteur de Tessalit.
- 2007–2009 : Commandant de la 8e Compagnie territoriale, Kidal.
- 2009–2010 : Commandant de la compagnie territoriale du district de Bamako.
- 2011–2020 : Fonctions successives au sein de la 4e Unité méhariste de Gossi, du 1er groupement territorial de Ségou et du 5e groupement territorial de Mopti.
- Septembre 2020 – mai 2021 : Ministre de la Sécurité et de la Protection civile, nommé par le Décret n°2020-0074/PT-RM du 5 octobre 2020 portant nomination des membres du Gouvernement.
- À partir de 2021 : Directeur général de la Sécurité d’État, devenue Agence nationale de la Sécurité d’État (ANSE), dans le cadre du dispositif institué par les textes publiés au Journal officiel.
- 16 octobre 2024 : Élévation au grade de Général de corps d’armée à titre exceptionnel, à l’issue d’une décision du Conseil des ministres portant promotion de plusieurs officiers supérieurs.
- 2024 : Mention explicite au Journal officiel comme Général de Corps d’Armée, ministre, Directeur général de l’Agence nationale de la Sécurité d’État.
Cette chronologie, confirmée par des documents publics et des publications officielles, offre une vue d’ensemble structurée : elle montre un officier dont le parcours suit une ligne de continuité institutionnelle, sans rupture ni digression, au service de l’État.
II. Des écoles de formation aux responsabilités nationales
Issu de la 11e promotion (1992–1999) du Prytanée militaire de Kati, Modibo Koné est formé dès le départ aux exigences de la discipline, de la hiérarchie et de l’engagement au service de la République. Cette école, qui forge depuis des décennies une grande partie du haut commandement, lui donne un socle solide, fondé sur la rigueur et l’esprit de corps.
Il poursuit sa formation à l’École militaire interarmes (EMIA) de Koulikoro entre 1999 et 2002. C’est là qu’il prolonge sa préparation en tactique, en manœuvre et en commandement, avec une perspective plus large sur les opérations interarmes. Loin de se limiter au cadre national, il complète ensuite sa formation par des cours d’application en Chine, en 2009, dans le domaine de la garde spéciale, puis à l’École d’état-major de Koulikoro, en 2014–2015.
Ces différentes étapes construisent un profil double : un officier de terrain, mais aussi un cadre formé à la planification, à la coordination et à la conduite d’opérations complexes. Cette combinaison est aujourd’hui déterminante pour les fonctions qu’il exerce à la tête d’un dispositif aussi sensible que l’ANSE.
III. Un officier de terrain au cœur des zones sensibles
La carrière du Général Modibo Koné se déploie d’abord dans les zones les plus exigeantes du territoire. De 2002 à 2007, il sert comme commandant d’unité adjoint au sein de la 4e Unité méhariste à Tessalit, région où la maîtrise du terrain et la capacité à opérer dans des conditions difficiles sont essentielles. Il prend ensuite le commandement de la 8e Compagnie territoriale à Kidal, entre 2007 et 2009, en pleine période de recomposition des équilibres sécuritaires au Nord.
De 2009 à 2010, il commande la compagnie territoriale du district de Bamako, confrontée aux enjeux de sécurité urbaine, puis rejoint la 4e Unité méhariste de Gossi et les groupements territoriaux de Ségou et Mopti. Ces affectations successives témoignent d’un itinéraire qui passe des zones sahéliennes sensibles à la capitale, puis aux régions centrales, toujours au plus près des réalités du terrain.
Entre 2003 et 2020, il participe à plusieurs grandes opérations conduites par les forces armées maliennes, parmi lesquelles figurent Asalam 1 et 2, Digintigué, Badenko, Dambé ou encore Maliba. Ces opérations, mentionnées dans les sources officielles, s’inscrivent dans le cadre de la lutte pour la stabilisation et la reconquête du territoire, dans un contexte sécuritaire en constante évolution.
IV. Du terrain au ministère de la Sécurité
En septembre 2020, dans le contexte d’une transition politique et institutionnelle, Modibo Koné est nommé ministre de la Sécurité et de la Protection civile. Le Décret n°2020-0074/PT-RM du 5 octobre 2020, publié au Journal officiel de la République du Mali, confirme sa désignation au sein de l’équipe gouvernementale chargée de conduire les premières phases de la transition.
À ce poste, il se trouve au cœur des dispositifs de sécurité intérieure, dans une période marquée par de fortes attentes de la population en matière de protection, d’ordre public et de lutte contre l’insécurité. Il doit alors coordonner l’action des différents services relevant de son département, en articulation avec les autres ministères régaliens, dans un climat national et régional complexe.
Sans rechercher la mise en avant personnelle, il exerce cette fonction dans une logique de continuité : respecter la chaîne de commandement, tenir compte des contraintes de terrain et préserver l’équilibre entre les impératifs de sécurité et les exigences institutionnelles.
V. À la tête de l’ANSE : une responsabilité au cœur de l’architecture sécuritaire
À l’issue de son passage au gouvernement, le Colonel Modibo Koné est appelé à diriger la Sécurité d’État, devenue Agence nationale de la Sécurité d’État (ANSE). Les textes fondateurs de cette Agence, publiés au Journal officiel, rappellent que l’ANSE est placée sous l’autorité directe du Président de la République et que son directeur général est nommé par décret. Ils insistent également sur la protection de l’identité et de la mission de ses agents.
La direction de l’ANSE implique une responsabilité de premier plan : analyser les menaces, anticiper les risques, coordonner les circuits du renseignement, participer à la prévention des atteintes à la sécurité nationale et contribuer, de manière discrète, à la défense des intérêts stratégiques du pays. Dans ce cadre, le Général Modibo Koné occupe une fonction où la visibilité médiatique est volontairement réduite, au profit de l’efficacité et de la confidentialité.
La promotion au grade de Général de corps d’armée, intervenue à la suite de décisions du Conseil des ministres du 16 octobre 2024, et les mentions ultérieures au Journal officiel comme directeur général de l’ANSE, confirment la place singulière qu’il occupe dans l’architecture sécuritaire du Mali.
VI. Décorations et distinctions : la reconnaissance de l’État
Le portrait officiel diffusé par la télévision nationale et les informations publiques disponibles mentionnent plusieurs distinctions attribuées au Général de corps d’armée Modibo Koné, notamment :
- Commandeur de l’Ordre national du Mali ;
- Commandeur de l’Ordre national du Burkina Faso ;
- Médaille nationale de sauvetage ;
- Médaille commémorative de campagne.
Au-delà de leur dimension protocolaire, ces distinctions traduisent la reconnaissance de l’État pour un engagement de longue durée, marqué par la présence sur les théâtres d’opérations, la conduite d’unités dans des contextes difficiles et la prise de responsabilités institutionnelles de premier plan.
VII. Repères officiels au Journal de la République
Pour la postérité comme pour la rigueur documentaire, il est important de rappeler que plusieurs étapes de ce parcours sont attestées par des textes publiés au Journal officiel de la République du Mali ou par des communiqués officiels :
- Décret n°2020-0074/PT-RM du 5 octobre 2020 : portant nomination des membres du Gouvernement, où le Colonel Modibo Koné est désigné ministre de la Sécurité et de la Protection civile, dans le cadre de la Transition.
- Textes de 2021 relatifs à l’Agence nationale de la Sécurité d’État : publiés au Journal officiel, ils précisent que l’ANSE est placée sous l’autorité directe du Président de la République et qu’elle est dirigée par un directeur général nommé par décret.
- Décision du Conseil des ministres du 16 octobre 2024 : élevant le Colonel Modibo Koné, de la Garde nationale du Mali, au grade de Général de corps d’armée à titre exceptionnel, aux côtés d’autres officiers supérieurs.
- Journal officiel 2024-27 : mentionnant le Général de Corps d’Armée Modibo Koné, ministre, Directeur général de l’Agence nationale de la Sécurité d’État, ce qui confirme la convergence entre grade, fonction et responsabilité dans l’architecture sécuritaire nationale.
Ces références officielles, consultables sur le site du Secrétariat général du Gouvernement, contribuent à ancrer ce portrait dans le temps long des institutions et dans la matérialité des textes de la République.
VIII. Une trajectoire inscrite dans la durée de l’État
Pris dans son ensemble, le parcours du Général Modibo Koné éclaire la manière dont certains officiers maliens ont vu leurs responsabilités évoluer au rythme des défis sécuritaires contemporains du pays. De Tessalit à Kidal, de Bamako aux régions centrales, du commandement d’unités au ministère, puis à la tête de l’ANSE, sa trajectoire suit une ligne qui place la continuité de l’État au centre de l’action.
Ce portrait ne vise ni à célébrer sans réserve ni à juger. Il entend documenter, à partir d’éléments publics et vérifiables, le cheminement d’un haut responsable de la sécurité nationale, dans une période de l’histoire du Mali marquée par de profondes recompositions régionales et institutionnelles. Dans cette perspective, le Général Modibo Koné apparaît comme l’une des figures de la permanence de l’appareil sécuritaire, au croisement du terrain, de l’administration et du renseignement.
Pour les observateurs, les chercheurs et les historiens de demain, ce type de capital biographique contribuera à comprendre comment le Mali aura cherché, à travers ses cadres et ses institutions, à répondre aux enjeux de sécurité, de souveraineté et de stabilité du début du XXIe siècle.
Par Boub’s SiDiBÉ, MaliBuzz.TV
