Afrique culturelle : comment Abdramane KamatĂ© impose une nouvelle Ăšre au MASA et repositionne lâinfluence africaine
Ă lâheure oĂč les capitales africaines se disputent festivals, biennales et marchĂ©s culturels, un nom revient avec insistance dans les conversations dâinitiĂ©s : Abdramane KamatĂ©. Ă la tĂȘte du MarchĂ© des Arts du Spectacle dâAbidjan (MASA) depuis 2023, cet Ivoirien discret sâest imposĂ© comme lâun des stratĂšges clĂ©s de la diplomatie culturelle africaine, Ă la croisĂ©e des enjeux artistiques, Ă©conomiques et gĂ©opolitiques du continent.
Un DG ivoirien au cĆur dâun marchĂ© devenu vitrine de lâAfrique
NommĂ© directeur gĂ©nĂ©ral du MASA par le conseil dâadministration rĂ©uni le 9 mars 2023, puis officiellement installĂ© dans ses fonctions le 21 juin 2023, Abdramane KamatĂ© hĂ©rite dâun outil unique en Afrique : un marchĂ© professionnel qui mĂȘle spectacles, rencontres, rĂ©seautage et nĂ©gociations entre diffuseurs, programmateurs et institutions.
Pour la CĂŽte dâIvoire, son profil est stratĂ©gique. Il donne au pays un visage crĂ©dible, expĂ©rimentĂ© et panafricain pour piloter une plateforme qui accueille les artistes et opĂ©rateurs des arts vivants venus du Sahel, de lâAfrique australe, de lâocĂ©an Indien, des diasporas europĂ©ennes et amĂ©ricaines.
DerriĂšre le sourire posĂ© et la voix mesurĂ©e, les chiffres parlent : Ă chaque Ă©dition, le MASA attire des milliers de professionnels et de spectateurs, tout en gĂ©nĂ©rant des retombĂ©es Ă©conomiques directes et indirectes dans la ville dâAbidjan. Pour de nombreux pays africains, le marchĂ© est devenu un baromĂštre du dynamisme culturel du continent.
Un parcours construit entre Abidjan, Dakar, NâDjamena et Jakarta
Si le nom dâAbdramane KamatĂ© sâimpose aujourdâhui dans lâactualitĂ© culturelle, câest parce quâil arrive au MASA avec une expĂ©rience rare, patiemment accumulĂ©e au sein du rĂ©seau de coopĂ©ration culturelle français.
DiplĂŽmĂ© de lâUniversitĂ© Paris-Dauphine (PSL) en gestion des institutions culturelles et de lâUniversitĂ© Paris 1 PanthĂ©on-Sorbonne en sciences politiques, il dĂ©marre sa carriĂšre au Centre culturel français dâAbidjan en tant que coordonnateur rĂ©gional pour lâAfrique de lâOuest, chargĂ© de projets artistiques et cinĂ©matographiques.
Sâensuit une ascension mĂ©thodique :
- 2006 â 2008 : Directeur de lâInstitut français de Saint-Louis du SĂ©nĂ©gal.
- 2008 â 2016 : Directeur de lâInstitut français de CĂŽte dâIvoire, Ă Abidjan, au cĆur dâune scĂšne artistique en pleine recomposition.
- 2016 â 2018 : Directeur de lâInstitut français du Tchad, dans un contexte sahĂ©lien marquĂ© par les tensions mais aussi par une intense crĂ©ativitĂ© urbaine.
- 2018 â 2021 : Directeur de lâInstitut français dâIndonĂ©sie et attachĂ© culturel Ă lâAmbassade de France Ă Jakarta, Ă la croisĂ©e des mondes africain et asiatique.
De retour Ă Paris en 2021, il prend la responsabilitĂ© du Programme ACP-UE Culture : Soutien aux secteurs de la culture et de la crĂ©ation en Afrique de lâOuest Ă lâInstitut français. Sa mission : dynamiser la compĂ©titivitĂ© des industries culturelles et crĂ©atives (ICC), appuyer le dĂ©veloppement de lâĂ©conomie numĂ©rique et accompagner les porteurs de projets dans seize pays de la rĂ©gion.
Cette trajectoire fait de lui un passeur de ponts entre artistes, institutions, bailleurs et dĂ©cideurs publics. Elle explique pourquoi, lorsquâil est question de structurer des marchĂ©s, des rĂ©seaux ou des politiques culturelles en Afrique, son nom circule vite.
Mener un marché national comme un outil de diplomatie continentale
Avec Abdramane KamatĂ©, le MASA cesse dâĂȘtre seulement un « Ă©vĂ©nement ivoirien » pour sâaffirmer comme un levier de diplomatie culturelle africaine. Le marchĂ© devient un espace oĂč se croisent :
- des troupes venues du Mali, du Burkina Faso, du Niger ou du Sénégal,
- des programmateurs dâEurope, dâAmĂ©rique du Nord, dâAsie et du monde arabe,
- des décideurs publics et des partenaires techniques et financiers,
- des plateformes numériques, télévisions et producteurs indépendants.
Pour les artistes du continent, Abidjan se transforme, le temps du MASA, en place boursiÚre des arts vivants africains : on y négocie des tournées, des résidences, des coproductions, mais aussi des droits, des images et des récits.
La CĂŽte dâIvoire y gagne un rĂŽle central : celui dâun Ătat capable de porter une institution continentale solide, dotĂ©e dâune histoire â le MASA existe officiellement depuis 1993 â mais surtout tournĂ©e vers les enjeux actuels : circulation des Ćuvres, professionnalisation, financement, numĂ©rique, droits dâauteur.
Un leadership discret, mais une méthode assumée
Abdramane KamatĂ© nâest ni un tribun ni un « showman ». Son style est celui dâun dirigeant sobre, rigoureux, peu portĂ© sur les camĂ©ras, mais trĂšs attentif aux dynamiques de terrain. Les tĂ©moignages de collĂšgues et de partenaires mettent en avant :
- sa capacitĂ© dâĂ©coute et de mĂ©diation entre intĂ©rĂȘts parfois divergents ;
- sa connaissance fine des systĂšmes de financement internationaux ;
- son obsession pour la qualité artistique et la solidité administrative des projets ;
- son souci de laisser une institution plus forte que les individus qui la dirigent.
Dans un contexte oĂč de nombreux Ă©vĂ©nements africains restent fragiles, dĂ©pendants dâun individu ou dâun sponsor, cette approche institutionnelle est dĂ©terminante. Elle permet au MASA dâĂȘtre reconnu par les grandes organisations culturelles et les bailleurs, tout en gardant une forte identitĂ© africaine.
Un enjeu pour toute lâAfrique : transformer la crĂ©ativitĂ© en puissance
DerriĂšre le parcours dâAbdramane KamatĂ© se dessine une question plus large : comment lâAfrique peut-elle faire de sa crĂ©ativitĂ© un vĂ©ritable pouvoir dâinfluence ? En consolidant des plateformes comme le MASA, il devient possible :
- de mieux rémunérer les artistes et techniciens africains ;
- de structurer des filiĂšres pĂ©rennes dans le théùtre, la danse, lâhumour, le cirque ou la musique ;
- de faire émerger des réseaux de producteurs, de programmateurs et de diffuseurs africains ;
- dâinfluer sur les imaginaires mondiaux en racontant lâAfrique par elle-mĂȘme.
Pour les jeunes crĂ©ateurs maliens, ivoiriens, sĂ©nĂ©galais, congolais ou burkinabĂš, la trajectoire de KamatĂ© envoie un signal clair : il est possible de bĂątir une carriĂšre dans la diplomatie culturelle et dây jouer un rĂŽle de premier plan, sans renoncer Ă ses racines africaines.
Abidjan, carrefour des arts vivants et laboratoire dâavenir
Sous sa direction, le MASA a vocation Ă amplifier son rĂŽle de carrefour panafricain. Abidjan se positionne comme une ville oĂč lâon peut :
- voir en quelques jours le meilleur des arts vivants africains ;
- signer des accords entre festivals, scÚnes nationales et lieux indépendants ;
- penser des politiques publiques inspirées par le terrain ;
- expérimenter de nouveaux formats hybrides, entre présentiel et numérique.
Dans cette dynamique, Abdramane KamatĂ© apparaĂźt moins comme un homme de lumiĂšre que comme un ingĂ©nieur dâĂ©difice collectif : celui qui, pierre aprĂšs pierre, contribue Ă transformer la culture africaine en puissance structurĂ©e, lisible et respectĂ©e.
Boubâs SiDiBĂ â Pour Mali Buzz TV
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