Deux ans de prison pour Moussa Mara : le verdict d’un procès emblématique de la cybersurveillance au Mali
Bamako, 27 octobre 2025 — Le Tribunal du Pôle National de Lutte contre la Cybercriminalité (PNLC) a condamné, ce lundi, l’ancien Premier ministre Moussa Mara à deux ans d’emprisonnement, dont un an avec sursis, assortis d’une amende de 500 000 F CFA et d’un franc symbolique à payer à l’État, partie civile.
Ce verdict, prononcé pour un simple message publié sur les réseaux sociaux, relance le débat sur la liberté d’expression et la cybersurveillance au Mali.
Un verdict rendu pour un tweet
Le jugement sanctionne un tweet publié en juillet 2025 par Moussa Mara sur le réseau social X (anciennement Twitter), dans lequel il exprimait sa solidarité avec des détenus d’opinion.
Cette publication lui vaut d’être reconnu coupable d’atteinte à la crédibilité de l’État et de diffusion de fausses nouvelles en vertu de la loi malienne sur la cybercriminalité.
Son avocat, Me Mountaga C. Tall, a réagi dans un message publié sur son compte vérifié (@mountagatall) :
« Ce 27 octobre 2025, le Tribunal du Pôle National de Lutte contre la Cybercriminalité a condamné l’ancien Premier ministre Moussa Mara à deux (2) ans de prison dont 1 an avec sursis, 500 000 d’amende et 1 franc symbolique à payer à l’État, partie civile. Pour un tweet. Mara est resté serein. La Défense interjètera appel aujourd’hui même. »
Ce message, largement relayé, a déclenché une vive réaction citoyenne et internationale, marquant l’un des premiers cas de condamnation politique liée à l’expression en ligne au Mali (RFI Afrique, 29 septembre 2025).
Chronologie d’une affaire sensible
- Juillet 2025 : publication du tweet de soutien à des détenus politiques (source : compte X officiel @MoussaMara).
- 1ᵉʳ août 2025 : interpellation et placement sous mandat de dépôt.
- 29 septembre 2025 : ouverture du procès (RFI Afrique).
- 27 octobre 2025 : verdict : 2 ans de prison dont 1 avec sursis, amende et franc symbolique.
Le Pôle National de Lutte contre la Cybercriminalité — créé pour combattre la fraude numérique et les abus en ligne — devient aujourd’hui le théâtre d’un procès à forte portée politique (Ministère de la Justice du Mali).
Selon Human Rights Watch (1ᵉʳ octobre 2025), ce jugement « met à l’épreuve la liberté d’expression » dans un contexte de crispation démocratique.
Une défense engagée pour les libertés publiques
Me Mountaga Tall, figure du barreau malien, a replacé cette affaire dans le cadre du respect des droits fondamentaux à l’ère du numérique :
« Il s’agit d’un acte d’opinion, non d’une infraction. La liberté d’expression est un pilier de toute République. » (Tweet officiel de Me Tall, 27 octobre 2025).
La défense a annoncé un appel immédiat de la décision, estimant que le procès soulève une question constitutionnelle sur la proportionnalité des sanctions liées à l’expression politique en ligne.
Cybersurveillance et responsabilité numérique
Ce procès illustre une tendance mondiale où les États encadrent de plus en plus l’usage des réseaux sociaux. Au Mali, la régulation numérique se double d’un contexte politique tendu : restrictions d’activités de partis, suspension de médias et prudence dans l’espace public.
Selon plusieurs juristes (Le Monde Afrique, 2 octobre 2025), ce verdict met en lumière une « cyberjustice à double tranchant » : outil de lutte contre la désinformation, mais aussi instrument potentiel de contrôle politique.
Entre justice et symbole
Dans son message, Me Tall a conclu par une phrase forte :
« Moussa Mara ne peut donc pas sortir. Comme ces millions de Maliennes et de Maliens enfermés chez eux sans carburant. À chacun sa peine ! »
(Tweet officiel de Me Tall, 27 octobre 2025).
Cette métaphore fait écho à la pénurie de carburant qui paralyse le pays et transforme le verdict en symbole social de privation et de résilience.
Réactions du public : entre solidarité et désillusion
Sur les réseaux sociaux, la publication de Me Tall a suscité une vague de réactions.
Sur Facebook et X (27–28 octobre 2025), des citoyens ont exprimé leurs émotions :
« Merci pour le travail et le soutien à Mara », écrit Awa S. ;
« Qu’Allah vous assiste et ramène la paix au Mali », ajoute Boubacar K. ;
d’autres notent « C’est les conséquences des injustices pareilles qui nous entravent », ou encore « Très triste, sois fort Moussa Mara ».
Ces témoignages illustrent une solidarité populaire mêlant foi, justice et désillusion.
Écho national et diversité des réactions
Au fil des heures, les commentaires se sont multipliés.
« Allah est le meilleur juge », « Le temps tranchera » ou « Il sera libre tôt ou tard » sont devenus des formules récurrentes (page Facebook de Me Tall).
Sur X, des voix plus critiques évoquent « un précédent dangereux pour la liberté d’expression » ou « un signal fort de la justice malienne ».
Cette diversité de points de vue témoigne de l’impact sociétal et symbolique d’un procès où se croisent justice, foi et citoyenneté.
Un tournant pour la justice numérique
Au-delà du verdict, l’affaire Moussa Mara pose une question centrale : la technologie doit-elle être un instrument de contrôle ou un espace de liberté ?
Ce procès restera sans doute comme un jalon dans l’histoire judiciaire malienne, marquant l’entrée de la liberté d’expression dans l’ère de la cyberjustice.
