Rosa Parks : le courage silencieux qui parle encore au Mali et au Sahel, 70 ans après

Rosa Parks : le courage silencieux qui parle encore au Mali et au Sahel, 70 ans après

Le 1er décembre 1955, dans un bus de Montgomery, en Alabama, aux États-Unis d’Amérique, une femme noire refuse calmement de céder son siège à un passager blanc. Soixante-dix ans plus tard, le geste de Rosa Parks continue de résonner bien au-delà de l’Amérique. Il parle au Mali, au Sahel et aux sociétés africaines confrontées à la peur, aux extrémismes et aux tensions politiques, en rappelant qu’un simple refus peut changer l’histoire.



Montgomery, 1er décembre 1955 : une femme assise fait trembler un système

En cette fin de journée de 1955, Rosa Parks quitte son travail dans un grand magasin de Montgomery. Comme beaucoup d’Afro-Américains de l’époque, elle prend le bus pour rentrer chez elle. Le véhicule est divisé : à l’avant, les sièges réservés aux Blancs ; à l’arrière, ceux réservés aux Noirs. Entre les deux, une frontière invisible, mais impitoyable.

Lorsque la partie réservée aux Blancs se remplit, le chauffeur demande à plusieurs passagers noirs de céder leurs places. Trois s’exécutent. Rosa Parks, elle, reste assise. Ce geste, apparemment simple, est en réalité le résultat d’années d’humiliation, d’engagement associatif et de réflexion. En acceptant d’être arrêtée, photographiée, emprisonnée, Rosa Parks transforme un bus ordinaire en scène mondiale de la dignité humaine.

Son numéro de détenue, 7053, devient un symbole. Autour de son geste, la communauté noire de Montgomery s’organise : le boycott des bus dure plus d’un an. Un jeune pasteur, Martin Luther King Jr, émerge comme figure du mouvement des droits civiques. Ce qui n’était, au départ, qu’un refus individuel devient un tournant historique.

Pourquoi son geste parle encore au Mali et au Sahel

À première vue, le bus de Montgomery n’a rien à voir avec nos réalités actuelles au Mali, dans l’AES ou au Sahel. Pourtant, le contexte de Rosa Parks nous rappelle quelque chose : un système présenté comme « normal » peut, en réalité, reposer sur l’injustice, la peur et l’habitude de se taire.

Dans nos sociétés sahéliennes, les citoyens affrontent d’autres formes de pressions : insécurité, extrémismes religieux, radicalismes violents, restrictions de la parole publique, manipulations informationnelles, fractures sociales. Beaucoup de personnes vivent avec cette impression de devoir « céder leur place » : leur place dans le débat, dans la citoyenneté, dans l’espace public, parfois même dans leur propre pays.

Le geste de Rosa Parks rappelle que la dignité ne se négocie pas. On peut ne pas avoir d’armes, on peut ne pas avoir de micro, on peut ne pas avoir de pouvoir institutionnel ; mais on a toujours ce choix intime : refuser l’humiliation. C’est ce choix qui, hier, a changé l’Amérique. Et c’est ce choix qui, aujourd’hui, peut inspirer le Sahel.



Le courage n’est pas toujours spectaculaire : il est parfois discret et quotidien

Dans l’imaginaire collectif, le courage est souvent associé aux grands discours ou aux grandes batailles. Rosa Parks montre l’inverse : elle ne crie pas, elle ne menace personne, elle ne lève pas le poing. Elle dit simplement : « Non, je reste assise. »

Cet exemple est précieux pour les citoyens du Mali et du Sahel qui se sentent parfois impuissants face aux événements. Le courage peut prendre des formes très concrètes :

  • l’enseignant qui continue de transmettre malgré la peur ;
  • la mère de famille qui refuse que ses enfants soient élevés dans la haine ;
  • le leader religieux qui prêche la paix et non la violence ;
  • le jeune qui choisit l’école plutôt qu’un discours de radicalisation ;
  • le journaliste ou le photoreporter qui documente les faits sans céder à la propagande.

Dans chacun de ces cas, il n’y a pas forcément de caméra, pas de foule, pas de slogan. Mais il y a ce même message que Rosa Parks envoyait au monde : « Ma dignité ne se discute pas. »

Rosa Parks, une boussole morale dans un Sahel traversé par les peurs

Le Sahel traverse aujourd’hui une période de turbulences : tensions sécuritaires, recomposition des alliances, débats sur la souveraineté, frustrations sociales, montée des discours extrêmes. Dans ce contexte, il est tentant de répondre à la peur par la peur, à la violence par la violence, au mépris par le mépris.

Rosa Parks propose une autre voie : celle d’une résistance qui ne renonce ni à la dignité, ni à la lucidité. Elle ne nie pas la dureté du système ; au contraire, elle l’expose en pleine lumière. Son arrestation, sa photo de détenue, les procès qui s’ensuivent montrent à la face du monde la vérité d’un régime ségrégationniste qui se croyait intouchable.

Au Mali et dans le Sahel, les citoyens qui refusent la haine, qui défendent l’éducation, qui protègent la coexistence religieuse, qui privilégient la parole à la violence, prolongent cette tradition de courage silencieux. Ils ne font pas forcément la une des journaux, mais ils forment la colonne vertébrale morale de nos sociétés.

Une leçon pour la jeunesse africaine : ta place ne se mendie pas, elle se défend

Pour une grande partie de la jeunesse africaine, l’histoire de Rosa Parks est connue à travers quelques lignes dans les manuels ou des extraits de films. Pourtant, derrière l’image presque figée de cette femme assise, il y a une question très actuelle : comment réagir quand on veut décider à ta place de ta valeur, de ta voix, de ton avenir ?

La réponse de Rosa Parks est simple, mais puissante : ne pas intérioriser l’infériorité. Refuser de croire qu’on ne mérite pas de s’asseoir, de penser, de parler, d’exister. Dans un continent où beaucoup de jeunes se sentent exclus, tentés par l’exil à tout prix ou la résignation, cette leçon est un antidote à la fatalité.

Rosa Parks ne dit pas aux jeunes Africains de copier le contexte américain des années 1950. Elle leur rappelle plutôt ceci : chaque époque a ses bus de Montgomery, visibles ou invisibles. Chaque génération doit identifier les situations où l’on essaie de la reléguer au fond du véhicule social, puis décider, en conscience, de rester assise — c’est-à-dire debout dans sa dignité.



En refusant une injonction injuste dans un bus de Montgomery, Rosa Parks n’a pas seulement écrit une page de l’histoire américaine. Elle a laissé aux peuples du monde, du Mali au Sahel, un héritage précieux : la preuve qu’un geste calme, lucide et digne peut fissurer les systèmes les plus rigides. Soixante-dix ans plus tard, son courage silencieux demeure une invitation à ne plus accepter de voyager debout dans un bus où notre place est pourtant légitime.

 


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Boub’s SiDiBÉ connu a l’état-civile sous l’appellation Boubakar Sidibé, est photojournaliste, producteur de contenus et spécialiste des dynamiques sociopolitiques du Sahel. Il travaille sur les enjeux politiques, culturels et sécuritaires en Afrique de l’Ouest.



About The Author

Boubakar SiDiBÉ Boubakar SiDiBÉ, connu sous le nom professionnel Boub’s SiDiBÉ, est photojournaliste, vidéaste et producteur de contenus numériques basé à Bamako (Mali). À travers l’image, le reportage et la narration visuelle, il documente depuis plus de quinze ans les réalités sociales, politiques, culturelles et environnementales de l’Afrique de l’Ouest. Son travail s’inscrit dans une démarche de témoignage, de mémoire et de responsabilité narrative. Observer, comprendre et restituer les faits, sans spectaculaire inutile, avec une attention constante portée aux contextes, aux acteurs et aux conséquences humaines des événements couverts, constitue le socle de sa pratique. Dans un espace médiatique longtemps dominé par des récits produits depuis l’extérieur du continent, Boub’s SiDiBÉ revendique une contribution active à l’émergence d’un regard africain sur l’Afrique, porté par ceux qui en vivent les réalités. Convaincu que l’histoire d’un peuple ne peut être durablement racontée sans ses propres voix, il inscrit ses productions dans une logique de réappropriation du récit, de complexité assumée et de fidélité aux faits. Fondateur de Mali Buzz, activité formalisée en 2011 mais engagée avant cette date, il fait partie des pionniers du journalisme visuel et de la production numérique indépendante au Mali. À travers cette plateforme et d’autres projets éditoriaux, il a contribué à structurer une information visuelle locale, accessible et enracinée, à une période charnière de la transition numérique des médias ouest-africains. Si ses productions journalistiques, documentaires et créatives constituent un axe central de son parcours, son activité professionnelle principale repose sur le conseil en communication, la gestion de notoriété et l’accompagnement stratégique de personnalités, d’organisations et de projets. Il intervient notamment auprès d’acteurs politiques, culturels, institutionnels et associatifs, en matière de stratégie d’image, de communication publique, de relations médias et de narration digitale. Cette double posture — créateur de contenus d’une part, conseiller stratégique de l’autre — lui permet d’articuler exigence journalistique, compréhension fine des enjeux de réputation et maîtrise des outils numériques contemporains. Elle fonde une pratique pragmatique de la communication, ancrée dans les réalités locales, tout en restant attentive aux standards professionnels internationaux. Les travaux de Boub’s SiDiBÉ ont été publiés et diffusés sur plusieurs plateformes médiatiques africaines et panafricaines. Ses images et productions audiovisuelles explorent des thématiques variées : vie politique, société, culture, environnement, santé publique et dynamiques citoyennes. Au-delà de la production d’images, il revendique une responsabilité éthique : contribuer à la préservation de la mémoire collective, participer à une représentation juste et contextualisée des sociétés africaines, et inscrire son travail dans une démarche professionnelle respectueuse des personnes, des faits et des contextes. 🌍Site officiel : https://boubs.xyz

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