Wole Soyinka privĂ© de visa amĂ©ricain : quand les intellectuels africains prĂ©fĂšrent fuir la maison qu’ils prĂ©tendent dĂ©fendre

 

 


 

Par Boub’s SiDiBÉ — Bamako, 29 octobre 2025 | MaliBuzz.TV

La dĂ©cision des États-Unis de rĂ©voquer le visa non-immigrant du Prix Nobel nigĂ©rian Wole Soyinka a fait l’effet d’une gifle diplomatique. Mais au-delĂ  de la tension entre l’écrivain et l’administration Trump, cette affaire met en lumiĂšre un malaise plus profond : le rapport ambigu des Ă©lites intellectuelles africaines Ă  leur propre continent. Pendant que l’Afrique saigne de ses dĂ©parts, ses penseurs les plus cĂ©lĂšbres continuent de bĂątir leur gloire sous d’autres cieux.

I – Une rĂ©vocation qui a dĂ©clenchĂ© la colĂšre

C’est Ă  Lagos, le 28 octobre 2025, que le laurĂ©at du prix Nobel de littĂ©rature (1986) a convoquĂ© la presse pour dĂ©noncer ce qu’il appelle « une chasse aux sorciĂšres politique ». Sous le thĂšme provocateur « Unending Saga : Idi Amin in Whiteface ! », il a confirmĂ© que les États-Unis avaient annulĂ© son visa B1/B2, dĂ©livrĂ© en avril 2024.

La lettre officielle du Consulat général américain à Lagos, datée du 23 octobre 2025, invoque une clause réglementaire vague : « Des informations supplémentaires sont devenues disponibles aprÚs la délivrance du visa. »

En d’autres termes, aucune faute n’est reprochĂ©e Ă  Soyinka, mais son accĂšs au territoire amĂ©ricain est dĂ©sormais bloquĂ©. Face aux journalistes, il a lu la lettre, visiblement Ă©branlĂ©, et a dĂ©clarĂ© :

« Je n’ai plus de visa ; je suis banni, Ă©videmment, des États-Unis. Et si vous voulez me voir, vous savez oĂč me trouver. »

Cette dĂ©claration n’est pas anodine. Elle traduit une colĂšre froide, celle d’un homme qui a consacrĂ© des dĂ©cennies Ă  enseigner dans les universitĂ©s amĂ©ricaines — et qui dĂ©couvre soudain que son prestige ne le protĂšge plus de l’arbitraire politique.

II – Le paradoxe des Ă©lites africaines exilĂ©es

Mais cette humiliation doit aussi nous renvoyer Ă  notre propre miroir. Depuis des dĂ©cennies, une partie de nos Ă©lites intellectuelles prĂ©fĂšre enseigner, penser et s’enrichir ailleurs. Les plus brillants de nos professeurs, chercheurs et artistes deviennent les artisans du dĂ©veloppement des autres, tandis que nos universitĂ©s et laboratoires se vident de leurs forces vives.

On parle souvent de l’« immigration » pour dĂ©signer les pauvres qui traversent la MĂ©diterranĂ©e. Mais on oublie l’autre exode, celui des intellectuels et des riches, qui exportent leur savoir vers les puissances Ă©trangĂšres au lieu de le mettre au service de leurs peuples.

Ces dĂ©parts volontaires ne sont pas neutres : ils participent au sous-dĂ©veloppement du continent, car le savoir, une fois dĂ©racinĂ©, ne revient presque jamais fertiliser la terre d’origine.

III – Quand la fiertĂ© devient dĂ©pendance

Chaque fois qu’un professeur africain accepte un poste Ă  Yale, Harvard ou Oxford, l’Afrique perd une pierre de son Ă©difice intellectuel. Ces institutions occidentales les cĂ©lĂšbrent, les rĂ©munĂšrent, les dĂ©corent — mais c’est le cerveau africain qui alimente leurs bibliothĂšques et leurs brevets. L’Afrique forme, le monde rĂ©colte.

Pendant ce temps, nos universités déclinent, nos étudiants cherchent des modÚles ailleurs, et le continent continue de consommer la pensée importée plutÎt que de produire la sienne.

IV – Revenir n’est pas une punition

Si Wole Soyinka, Ă  91 ans, est aujourd’hui « banni » des États-Unis, peut-ĂȘtre est-ce le signe symbolique qu’il est temps de rentrer Ă  la maison. Peut-ĂȘtre qu’il est temps pour nos savants, Ă©crivains, ingĂ©nieurs et professeurs de remettre leurs pieds lĂ  oĂč bat le cƓur de leurs peuples.

Être un intellectuel africain, c’est refuser la fuite, accepter l’inconfort, et transmettre le savoir sur la terre qui l’a fait naütre. Ce n’est pas un exil de prestige ; c’est un engagement de conscience.

✊ Chute

Le cas Soyinka est une leçon. Ce n’est pas seulement l’histoire d’un visa rĂ©voquĂ© ; c’est celle d’un retour brutal Ă  la rĂ©alitĂ© : l’Afrique ne se dĂ©veloppera jamais tant que ses plus grands esprits auront le regard tournĂ© vers l’Occident.

« L’intelligence africaine ne vaut que lorsqu’elle Ă©claire l’Afrique. »

© 2025 MaliBuzz.TV — Par Boub’s SiDiBÉ, PhotoJournaliste & Éditorialiste africain

 


En savoir plus sur Mali Buzz TV

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

About The Author

Boubakar SiDiBÉ Boubakar SiDiBÉ, connu sous le nom de Boub’s SiDiBÉ, est photojournaliste, vidĂ©aste et producteur de contenus numĂ©riques basĂ© Ă  Bamako (Mali). Fondateur de Mali Buzz, il documente depuis plus de 15 ans les dynamiques politiques, sociales et culturelles en Afrique de l’Ouest, avec une approche rigoureuse, contextualisĂ©e et centrĂ©e sur les faits.

Vous pourriez ĂȘtre intĂ©ressĂ© par

En savoir plus sur Mali Buzz TV

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accùs à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture