BROUILLE DIPLOMATIQUE ENTRE LE MALI ET L’ALGERIE : Quelles pourraient ĂȘtre les consĂ©quences d’une rupture diplomatique avec Alger ?

L’AlgĂ©rie est le deuxiĂšme pays, aprĂšs la Mauritanie, Ă  avoir la plus longue frontiĂšre avec le Mali. Le pays de Bouteflika est taxĂ© Ă  tort ou Ă  raison par une grande majoritĂ© des maliens d’ĂȘtre le gĂźte ou refuge de tous les leaders rebelles et terroristes qui empoisonnent la paix et la quiĂ©tude des maliens. Elle a Ă©té  en mĂȘme temps l’épicentre de toutes les nĂ©gociations et tous les accords qui ont Ă©tĂ© signĂ©s entre le Mali et les rebelles, donc un acteur majeur dans la rĂ©solution de la crise au nord- Mali. Aujourd’hui les autoritĂ©s de la transition sont en passe de se brouiller pour ne pas dire de rompre avec l’AlgĂ©rie Ă  qui elles reprochent sa proximitĂ© avec ceux qui sont considĂ©rĂ©s comme des terroristes, ou mĂȘme d’ennemis de la Nation. L’attitude jugĂ©e peu diplomatique par les autoritĂ©s maliennes aprĂšs avoir accueilli les « ennemis du Mali et s’ĂȘtre entretenu avec eux Ă  l’insu des autoritĂ©s maliennes, a provoquĂ© l’ire d’Assimi Goita qui a convoquĂ© l’ambassadeur d’AlgĂ©rie en poste au Mali et rĂ©ciproquement l’AlgĂ©rie a fait la mĂȘme chose, avant de rappeler les ambassadeurs pour consultation.  Il est sans nul doute condamnable, l’attitude unilatĂ©raliste voire paternaliste de l’AlgĂ©rie dans le traitement du dossier nord Mali, mais il serait tout aussi dangereux de rompre diplomatiquement avec ce pays, qui loin d’ĂȘtre le grand ami, pourrait ĂȘtre un partenaire stratĂ©gique incontournable pour la rĂ©solution Ă  long terme de la crise malienne. Entre deux maux les autoritĂ©s maliennes ne doivent-elles pas choisir le moindre mal pour le Mali, celui de maintenir les liens diplomatiques avec l’AlgĂ©rie ?

Le Mali Ă©tant Ă  la croisĂ©e des chemins, il a besoin du soutien de ses voisins avec lesquels il partage une partie de son histoire et de sa gĂ©ographie. L’AlgĂ©rie est fort curieusement l’un de deux grands pays qui partagent des longues frontiĂšres avec le Mali, donc du coup partage une partie de ses prĂ©occupations surtout celles liĂ©es Ă  la sĂ©curitĂ©. En proie Ă  une rĂ©bellion armĂ©e Ă  dominante touareg avec en toile de fond une revendication irrĂ©dentiste et cela  depuis 1963, le Mali fait l’objet de toutes les attentions et souvent de toutes les critiques pour ses prises de position et souvent pour ses choix politiques. En froid dans leurs relations diplomatiques avec l’AlgĂ©rie aprĂšs que ce pays ait reçu les membres du CSP PSD sans en informer l’Etat malien, les autoritĂ©s de Bamako ont dĂ©cidĂ© de convoquer l’ambassadeur de l’AlgĂ©rie pour protester contre cette attitude qu’elles qualifient de subversives et inamicales. Ce qui aurait  davantage irritĂ© les autoritĂ©s de la transition c’est certainement le tapis rouge qui a Ă©tĂ© dĂ©roulĂ© devant l’Imam Mahmoud Dicko. Ce dernier en mauvaise odeur de saintetĂ© avec les autoritĂ©s de la transition malienne, est qualifiĂ© de non partisan de la transition, pour ne pas dire ennemi.  Ces deux actes ont suscitĂ© une colĂšre noire chez les autoritĂ©s de Bamako qui n’ont pas tardĂ© Ă  signifier cela Ă  travers des mots peu diplomatiques aux autoritĂ©s AlgĂ©riennes.

Comme une rĂ©ponse du berger Ă  la bergĂšre les autoritĂ©s algĂ©riennes ont Ă©galement convoquĂ© l’ambassadeur du Mali Ă  Alger pour chercher Ă  dĂ©crisper la situation, elles ont voulu mettre balle Ă  terre, car elles se disent ĂȘtre attachĂ©e Ă  l’intĂ©gritĂ© territoriale, Ă  la souverainetĂ© et Ă  l’unitĂ© nationale du Mali. L’AlgĂ©rie affirme que toutes ses actions ne visent qu’à promouvoir la paix, la sĂ©curitĂ© et la stabilitĂ© du Mali. La question que l’on est droit de se poser est celle de savoir si les trois parties prenantes de l’Accord  pour la paix et la rĂ©conciliation sont encore et toujours  prĂȘtes Ă  collaborer. Il y a un tel manque de confiance entre les acteurs que l’avenir de cet accord est fortement menacĂ©. Et pourtant ils disent tous reconnaitre ce fameux accord. Donc rien que pour l’Accord et  si tant est que toutes les parties prenantes aspirent Ă  la paix et Ă  l’unitĂ©, elles sont condamnĂ©es Ă  cheminer ensemble pour Ă©viter que la crise sĂ©curitaire n’ait des rĂ©percussions rĂ©gionales voire internationales. L’AlgĂ©rie, malgrĂ© tout ce qu’on peut lui reprocher, est un partenaire stratĂ©gique et mĂȘme incontournable dans la rĂ©solution de la crise au nord du Mali. Pour rappel l’AlgĂ©rie partage plus de 1 400 Km de frontiĂšre avec le Mali et est imprĂ©gnĂ©e de la rĂ©alitĂ© pour avoir Ă©tĂ© au dĂ©but et Ă  la fin de tous les processus des nĂ©gociations qui ont abouti Ă  la signature des diffĂ©rents accords.   Donc elle ne doit pas avoir un autre agenda, si elle est consĂ©quente avec elle-mĂȘme.

En dĂ©finitive, Les liens, qu’ils soient historiques, politiques, diplomatiques, ou culturels, sont tellement forts entre le Mali et l’AlgĂ©rie que l’on Ă©vitera Ă  coup sĂ»r une rupture diplomatique aux consĂ©quences dĂ©sastreuses pour les deux pays et mĂȘme pour la sous rĂ©gionale africaine.

Youssouf Sissoko


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