Abdoulaye DjimdĂ© : du laboratoire de Bamako au comitĂ© scientifique de l’ONU

Le professeur Abdoulaye DjimdĂ©, spĂ©cialiste mondial du paludisme et enseignant-chercheur Ă  l’UniversitĂ© des Sciences, des Techniques et des Technologies de Bamako (USTTB), a Ă©tĂ© nommĂ© le 9 mars 2026 au ComitĂ© scientifique consultatif du SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral des Nations Unies. Ce portrait biographique propose de documenter, dans le temps long, le parcours d’un scientifique malien dont les recherches menĂ©es depuis Bamako ont contribuĂ© Ă  faire Ă©voluer la comprĂ©hension mondiale de la rĂ©sistance du paludisme aux mĂ©dicaments.



Dans un laboratoire de Bamako, une bataille silencieuse contre l’un des grands tueurs du monde

Dans un laboratoire de Bamako, sous la lumiĂšre mĂ©thodique des microscopes et des analyses gĂ©nĂ©tiques, se joue depuis plusieurs dĂ©cennies une bataille scientifique contre l’un des ennemis les plus persistants de l’humanitĂ©. Ce combat ne produit ni vacarme militaire ni images spectaculaires. Il avance dans le silence des protocoles, dans la patience des sĂ©ries d’échantillons, dans l’interprĂ©tation rigoureuse des mutations d’un parasite minuscule.

Cet ennemi porte un nom connu des mĂ©decins, des biologistes et des systĂšmes de santĂ© publique : Plasmodium falciparum, l’agent responsable de la forme la plus grave du paludisme. En Afrique, cette maladie demeure l’une des menaces les plus lourdes pour les enfants, les familles et les structures sanitaires. Elle n’est pas seulement un problĂšme mĂ©dical ; elle est aussi un fait social, Ă©conomique et historique.

Comprendre comment ce parasite Ă©volue, comment il se dĂ©place, comment il rĂ©siste aux mĂ©dicaments et comment il finit par dĂ©jouer les stratĂ©gies thĂ©rapeutiques est devenu l’un des grands chantiers de la recherche biomĂ©dicale contemporaine. C’est dans ce champ de bataille scientifique qu’a pris place, au fil des annĂ©es, le professeur Abdoulaye DjimdĂ©.

Pharmacien de formation, microbiologiste, immunologiste et spĂ©cialiste de l’épidĂ©miologie molĂ©culaire, il appartient Ă  cette gĂ©nĂ©ration de chercheurs africains qui n’ont pas seulement voulu participer Ă  la science mondiale, mais contribuer Ă  la produire depuis le continent africain lui-mĂȘme. Son itinĂ©raire relie Bamako aux grands rĂ©seaux internationaux de recherche, sans jamais rompre avec le terrain africain oĂč la maladie continue de peser le plus lourdement.

9 mars 2026 : une date appelĂ©e Ă  rester dans l’histoire scientifique malienne

Le 9 mars 2026 marque une date importante dans cette trajectoire. Ce jour-lĂ , Abdoulaye DjimdĂ© est nommĂ© membre du ComitĂ© scientifique consultatif du SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral des Nations Unies, une instance internationale chargĂ©e d’éclairer le systĂšme onusien sur les grandes Ă©volutions de la science et sur leurs consĂ©quences pour les sociĂ©tĂ©s humaines.

L’information est rendue publique par le ministĂšre malien de l’Enseignement supĂ©rieur et de la Recherche scientifique, puis relayĂ©e par plusieurs institutions et organisations professionnelles du pays. Pour le Mali universitaire et scientifique, cette nomination dĂ©passe le simple cadre honorifique. Elle signifie qu’un chercheur dont le travail est enracinĂ© Ă  Bamako entre dĂ©sormais dans un espace de rĂ©flexion oĂč se croisent santĂ© mondiale, innovation, politiques scientifiques et avenir collectif.

Beaucoup retiendront l’évĂ©nement. Mais dans le temps long, ce qui mĂ©rite d’ĂȘtre documentĂ©, c’est la durĂ©e qui a rendu cet Ă©vĂ©nement possible : des dĂ©cennies d’études, de recherche, d’encadrement scientifique, de publications, de coopĂ©rations internationales et de fidĂ©litĂ© Ă  un sujet central, le paludisme, qui demeure l’un des plus grands dĂ©fis sanitaires du continent.



Naissance, formation et premiers repùres d’un futur scientifique

Abdoulaye DjimdĂ© naĂźt le 6 janvier 1964 au Mali. Cette date, qui peut sembler n’ĂȘtre qu’un repĂšre biographique, prend une autre signification lorsqu’on observe le chemin parcouru : elle permet de mesurer l’ampleur temporelle d’un itinĂ©raire scientifique bĂąti sur plusieurs dĂ©cennies.

En 1982, il obtient son baccalaurĂ©at au lycĂ©e public de SĂ©varĂ©, dans la rĂ©gion de Mopti. Ce premier jalon scolaire compte dans la comprĂ©hension de son parcours : il rappelle que la trajectoire d’un chercheur appelĂ© un jour Ă  conseiller les Nations Unies ne commence pas dans une grande capitale scientifique mondiale, mais dans le systĂšme Ă©ducatif malien.

Il poursuit ensuite des Ă©tudes de pharmacie Ă  l’École nationale de mĂ©decine et de pharmacie de Bamako, oĂč il obtient son diplĂŽme en 1988. À cette pĂ©riode, l’Afrique est dĂ©jĂ  confrontĂ©e Ă  une question de santĂ© publique majeure : l’évolution du paludisme et la menace grandissante de la rĂ©sistance aux traitements antipaludiques.

C’est lĂ  que se dessine l’une des lignes de force de sa carriĂšre. Au lieu d’emprunter une voie strictement clinique ou administrative, Abdoulaye DjimdĂ© s’oriente vers la recherche. Son travail va progressivement se concentrer sur la comprĂ©hension du parasite, sur ses mutations et sur les mĂ©canismes biologiques qui rendent certains mĂ©dicaments moins efficaces.

Cette orientation scientifique n’a rien d’anodin. Elle suppose de se tenir Ă  l’intersection de plusieurs disciplines : la pharmacie, la biologie molĂ©culaire, la microbiologie, l’immunologie et l’épidĂ©miologie. Elle exige surtout une rigueur de long terme, car la recherche sur le paludisme ne se nourrit pas d’effets d’annonce, mais d’accumulation de preuves, d’analyses reproductibles et de collaborations construites dans la durĂ©e.

Pour approfondir cette spĂ©cialisation, il poursuit sa formation Ă  l’international et obtient en 2001 un doctorat en microbiologie et immunologie Ă  l’UniversitĂ© du Maryland, aux États-Unis. Cette Ă©tape Ă©largit son horizon scientifique, l’inscrit dans des rĂ©seaux de recherche de haut niveau et renforce sa capacitĂ© Ă  dialoguer avec les grands centres internationaux de recherche biomĂ©dicale.

Mais cette ouverture internationale ne l’éloigne pas de son terrain d’origine. Au contraire, elle consolide une trajectoire qui fera de Bamako non pas une pĂ©riphĂ©rie, mais un point d’ancrage central de ses travaux futurs.

Entrer dans la recherche mondiale sans quitter le terrain africain

AprĂšs l’obtention de son doctorat en microbiologie et immunologie Ă  l’UniversitĂ© du Maryland en 2001, Abdoulaye DjimdĂ© entre pleinement dans la communautĂ© scientifique internationale spĂ©cialisĂ©e dans l’étude des maladies infectieuses. Cette pĂ©riode marque une Ă©tape importante : elle lui permet de maĂźtriser les outils de la biologie molĂ©culaire appliquĂ©e Ă  l’épidĂ©miologie du paludisme.

Mais contrairement Ă  de nombreux chercheurs formĂ©s dans les grands laboratoires du Nord, il fait le choix de maintenir son ancrage scientifique au Mali. Ce choix stratĂ©gique repose sur une conviction : pour comprendre la dynamique du paludisme, la recherche doit rester connectĂ©e aux terrains oĂč la maladie circule rĂ©ellement.

Cette approche donne progressivement Ă  Bamako une place particuliĂšre dans les rĂ©seaux internationaux de recherche. Les Ă©chantillons Ă©tudiĂ©s, les observations de terrain et les collaborations scientifiques permettent d’associer la recherche fondamentale aux rĂ©alitĂ©s sanitaires africaines.

Dans ce contexte, les travaux du professeur DjimdĂ© vont rapidement se concentrer sur l’un des problĂšmes majeurs qui inquiĂštent les scientifiques : la capacitĂ© du parasite du paludisme Ă  dĂ©velopper une rĂ©sistance aux traitements antipaludiques.

Comprendre la résistance du paludisme aux médicaments

Depuis les années 1990, les chercheurs observent que certains traitements antipaludiques perdent progressivement leur efficacité. Ce phénomÚne, appelé résistance aux médicaments, représente un défi majeur pour la lutte mondiale contre la maladie.

Le parasite Plasmodium falciparum possĂšde en effet une remarquable capacitĂ© d’adaptation gĂ©nĂ©tique. Au fil des gĂ©nĂ©rations, certaines mutations lui permettent de survivre malgrĂ© la prĂ©sence de mĂ©dicaments censĂ©s l’éliminer.

Les recherches menées par Abdoulaye Djimdé et ses collaborateurs vont contribuer à identifier certains des premiers marqueurs moléculaires associés à la résistance aux antipaludiques. Ces marqueurs permettent aux scientifiques de détecter les mutations du parasite et de surveiller leur propagation dans différentes régions du monde.

Cette avancĂ©e scientifique a des implications directes pour les politiques de santĂ© publique. En identifiant plus rapidement les zones oĂč les rĂ©sistances apparaissent, les autoritĂ©s sanitaires peuvent adapter les stratĂ©gies thĂ©rapeutiques et modifier les protocoles de traitement.

Autrement dit, les travaux de laboratoire réalisés à Bamako contribuent à orienter les décisions médicales prises dans de nombreux pays confrontés au paludisme.

Bamako, un pĂŽle scientifique dans la recherche sur le paludisme

Au fil des annĂ©es, les travaux scientifiques menĂ©s au Mali s’organisent autour du Malaria Research and Training Center (MRTC-Parasito), l’un des centres de recherche les plus importants du continent africain dans l’étude du paludisme.

Ce centre, intĂ©grĂ© Ă  l’UniversitĂ© des Sciences, des Techniques et des Technologies de Bamako (USTTB), joue un rĂŽle central dans la formation de chercheurs africains et dans la conduite de projets scientifiques internationaux.

Sous l’impulsion de plusieurs scientifiques maliens, dont Abdoulaye DjimdĂ©, le laboratoire devient progressivement un espace de coopĂ©ration scientifique reliant l’Afrique, l’Europe, l’AmĂ©rique du Nord et l’Asie.

Des programmes de recherche impliquant plusieurs pays africains permettent de mieux comprendre l’évolution gĂ©nĂ©tique du parasite et de tester l’efficacitĂ© de nouvelles stratĂ©gies thĂ©rapeutiques.

Dans ces rĂ©seaux de collaboration scientifique, Bamako n’est plus seulement un terrain d’étude pour les chercheurs Ă©trangers. La ville devient un lieu de production de connaissances scientifiques reconnues par la communautĂ© internationale.

Former une nouvelle génération de chercheurs africains

Au-delĂ  de ses travaux personnels, Abdoulaye DjimdĂ© s’est Ă©galement investi dans la formation de jeunes scientifiques africains. À travers les programmes de recherche et les partenariats universitaires, plusieurs gĂ©nĂ©rations d’étudiants et de chercheurs ont pu ĂȘtre formĂ©es aux mĂ©thodes modernes de la biologie molĂ©culaire et de l’épidĂ©miologie gĂ©nĂ©tique.

Cette dimension pĂ©dagogique constitue un aspect essentiel de son parcours. Car la lutte contre le paludisme ne dĂ©pend pas seulement de dĂ©couvertes scientifiques ponctuelles : elle exige la constitution d’équipes de chercheurs capables de poursuivre ces travaux sur le long terme.

Ainsi, au-delĂ  de ses publications scientifiques, l’hĂ©ritage d’Abdoulaye DjimdĂ© se mesure aussi Ă  l’existence d’une communautĂ© de jeunes chercheurs africains formĂ©s dans les laboratoires de Bamako et dĂ©sormais engagĂ©s dans la recherche biomĂ©dicale.

Des réseaux scientifiques africains pensés depuis le continent

Avec le temps, le travail d’Abdoulaye DjimdĂ© dĂ©passe le cadre d’un laboratoire et d’une spĂ©cialitĂ©. Il s’inscrit dans une architecture plus large, faite de consortiums, de collaborations rĂ©gionales et de plateformes scientifiques capables de mutualiser les donnĂ©es, les compĂ©tences et les protocoles de recherche.

Parmi les rĂ©seaux auxquels il est associĂ© figurent notamment WANECAM, consacrĂ© aux essais cliniques sur les mĂ©dicaments antipaludiques en Afrique de l’Ouest, et PDNA, dĂ©diĂ© Ă  la diversitĂ© gĂ©nĂ©tique des pathogĂšnes sur le continent africain. Ces rĂ©seaux ne sont pas de simples cadres administratifs. Ils reprĂ©sentent une maniĂšre de produire la science Ă  l’échelle rĂ©gionale, en tenant compte des rĂ©alitĂ©s Ă©pidĂ©miologiques africaines plutĂŽt qu’en appliquant mĂ©caniquement des modĂšles conçus ailleurs.

Dans cette configuration, Abdoulaye DjimdĂ© apparaĂźt comme l’un de ces chercheurs capables de relier le laboratoire, le terrain, la formation acadĂ©mique et les partenariats internationaux. Son rĂŽle ne se rĂ©duit pas Ă  celui d’un producteur de donnĂ©es. Il participe aussi Ă  la structuration d’un espace scientifique africain plus autonome, plus visible et mieux reliĂ© aux grandes conversations mondiales sur la santĂ© publique.

Cette dimension institutionnelle de son parcours est importante. Elle montre que sa contribution n’est pas seulement celle d’un chercheur isolĂ©, mais celle d’un bĂątisseur de capacitĂ©s scientifiques, soucieux de crĂ©er des continuitĂ©s entre les gĂ©nĂ©rations, entre les institutions et entre les pays.

La science comme production collective, pas comme performance solitaire

Dans les grandes biographies scientifiques, une erreur frĂ©quente consiste Ă  transformer le chercheur en figure hĂ©roĂŻque solitaire. Le parcours d’Abdoulaye DjimdĂ© invite plutĂŽt Ă  une lecture plus juste : la recherche est un travail collectif, fondĂ© sur des Ă©quipes, des laboratoires, des cohortes de patients, des Ă©tudiants, des techniciens, des collaborations internationales et des institutions qui rendent les dĂ©couvertes possibles.

C’est prĂ©cisĂ©ment ce qui donne Ă  son itinĂ©raire une portĂ©e durable. Au Mali, ses travaux ont contribuĂ© Ă  consolider un environnement scientifique oĂč les jeunes chercheurs peuvent se former, publier, collaborer et s’inscrire dans des programmes d’envergure internationale. Cette transmission silencieuse est l’une des dimensions les plus importantes de son hĂ©ritage.

Dans un continent oĂč les infrastructures de recherche demeurent souvent fragiles, faire exister une continuitĂ© scientifique constitue dĂ©jĂ  une performance. Former des Ă©quipes capables de poursuivre les travaux, d’exploiter des outils de biologie molĂ©culaire avancĂ©e et de participer Ă  des publications de haut niveau est une Ɠuvre moins visible qu’un prix, mais souvent plus dĂ©cisive dans le temps long.



Des distinctions qui balisent un parcours de fond

Les distinctions reçues par Abdoulaye Djimdé au fil de sa carriÚre ne sont pas des ornements ajoutés aprÚs coup à une trajectoire déjà accomplie. Elles agissent plutÎt comme des repÚres permettant de mesurer, à différentes étapes, la reconnaissance de ses travaux par des institutions scientifiques de premier plan.

Au dĂ©but des annĂ©es 2000 dĂ©jĂ , plusieurs rĂ©compenses et affiliations professionnelles signalent la place croissante qu’il occupe dans la recherche sur le paludisme. Ces marques de reconnaissance s’accumulent au rythme d’un travail scientifique constant, adossĂ© Ă  des publications, Ă  des collaborations structurantes et Ă  une prĂ©sence durable dans les rĂ©seaux acadĂ©miques internationaux.

Cette montĂ©e en reconnaissance ne repose pas sur un seul Ă©vĂ©nement, mais sur la cohĂ©rence d’un itinĂ©raire. Elle traduit aussi le fait qu’un chercheur travaillant depuis Bamako peut dĂ©sormais ĂȘtre lu, Ă©valuĂ© et reconnu dans les mĂȘmes espaces que les scientifiques issus des centres de recherche les plus puissants du monde.

2023 : le Prix Christophe Mérieux

En 2023, Abdoulaye DjimdĂ© reçoit le Prix Christophe MĂ©rieux, une distinction internationale qui rĂ©compense des chercheurs engagĂ©s dans la lutte contre les maladies infectieuses dans les pays Ă  ressources limitĂ©es. Ce prix vient saluer l’impact scientifique de ses travaux sur le paludisme, mais aussi leur utilitĂ© concrĂšte pour les systĂšmes de santĂ© publique.

Dans son principe mĂȘme, cette distinction correspond Ă  la nature de son parcours : une science exigeante, fondĂ©e sur la rigueur du laboratoire, mais tournĂ©e vers des questions vitales pour les sociĂ©tĂ©s. Le prix rappelle aussi que la recherche africaine n’est pas condamnĂ©e Ă  un rĂŽle subalterne. Elle peut produire des connaissances de premier plan sur des maladies qui affectent massivement le continent.

Pour le Mali, cette rĂ©compense reprĂ©sente Ă©galement un signal fort. Elle montre qu’un travail scientifique menĂ© sur la durĂ©e, avec des Ă©quipes enracinĂ©es localement, peut accĂ©der Ă  une reconnaissance internationale sans renoncer Ă  son ancrage africain.

2025 : le Prix Hideyo Noguchi pour l’Afrique

Deux ans plus tard, en 2025, Abdoulaye DjimdĂ© franchit un nouveau seuil de reconnaissance en recevant le Prix Hideyo Noguchi pour l’Afrique, dans la catĂ©gorie Recherche mĂ©dicale. DĂ©cernĂ©e par le gouvernement japonais, cette distinction compte parmi les plus prestigieuses consacrĂ©es Ă  la recherche mĂ©dicale africaine.

Le prix distingue des contributions majeures Ă  l’amĂ©lioration de la santĂ© publique sur le continent. Dans le cas du scientifique malien, il vient reconnaĂźtre plusieurs dimensions d’un mĂȘme parcours : les recherches sur les mĂ©canismes de rĂ©sistance du paludisme aux mĂ©dicaments, la contribution Ă  la gĂ©nomique des pathogĂšnes, le leadership scientifique dans les rĂ©seaux africains et la formation de jeunes chercheurs.

Recevoir le Prix Hideyo Noguchi ne signifie pas seulement ĂȘtre distinguĂ© pour une dĂ©couverte ou une publication. Cela revient Ă  ĂȘtre identifiĂ© comme l’un des chercheurs dont le travail a modifiĂ© durablement la comprĂ©hension d’un problĂšme mĂ©dical majeur. En ce sens, cette rĂ©compense inscrit Abdoulaye DjimdĂ© dans une gĂ©ographie scientifique oĂč les travaux produits depuis Bamako comptent dĂ©sormais dans les rĂ©fĂ©rences mondiales sur le paludisme.

À ce stade de son parcours, une Ă©vidence s’impose : la trajectoire d’Abdoulaye DjimdĂ© n’est plus seulement celle d’un scientifique malien reconnu Ă  l’étranger. Elle est celle d’un chercheur africain dont les travaux ont contribuĂ© Ă  dĂ©placer le centre de gravitĂ© de certaines questions scientifiques vers le continent lui-mĂȘme.

9 mars 2026 : l’entrĂ©e d’un scientifique malien dans une instance consultative des Nations Unies

Le 9 mars 2026, le professeur Abdoulaye DjimdĂ© est nommĂ© membre du ComitĂ© scientifique consultatif du SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral des Nations Unies. Cette instance rĂ©unit un nombre restreint de scientifiques internationaux chargĂ©s d’éclairer le systĂšme des Nations Unies sur les grandes Ă©volutions scientifiques et leurs implications pour les sociĂ©tĂ©s contemporaines.

La nomination est rendue publique par le ministĂšre malien de l’Enseignement supĂ©rieur et de la Recherche scientifique, puis relayĂ©e par plusieurs institutions scientifiques et organisations professionnelles du pays. Pour la communautĂ© acadĂ©mique malienne, cet Ă©vĂ©nement ne constitue pas seulement une distinction individuelle. Il marque la reconnaissance d’un parcours scientifique construit sur plusieurs dĂ©cennies et profondĂ©ment ancrĂ© dans la recherche menĂ©e depuis Bamako.

Dans un monde oĂč les dĂ©cisions internationales sur la santĂ©, l’innovation ou les technologies reposent de plus en plus sur l’expertise scientifique, la prĂ©sence d’un chercheur africain au sein de cette instance consultative rappelle que la production de connaissances n’est plus l’apanage d’un nombre limitĂ© de centres scientifiques occidentaux. Elle s’élabore dĂ©sormais dans des rĂ©seaux mondiaux oĂč les laboratoires africains occupent une place croissante.

Cette nomination intervient au terme d’une trajectoire marquĂ©e par la recherche, la formation, la coopĂ©ration scientifique et la construction d’institutions capables de soutenir la recherche biomĂ©dicale sur le continent africain.

RepĂšres chronologiques

  • 6 janvier 1964 : naissance d’Abdoulaye DjimdĂ© au Mali.
  • 1982 : obtention du baccalaurĂ©at au lycĂ©e public de SĂ©varĂ©.
  • 1988 : diplĂŽme de pharmacien Ă  l’École nationale de mĂ©decine et de pharmacie de Bamako.
  • AnnĂ©es 1990 : dĂ©buts dans la recherche sur le paludisme au Mali.
  • 2001 : doctorat en microbiologie et immunologie Ă  l’UniversitĂ© du Maryland (États-Unis).
  • AnnĂ©es 2000 : identification de marqueurs molĂ©culaires associĂ©s Ă  la rĂ©sistance du parasite du paludisme aux mĂ©dicaments.
  • 2012 : nomination comme professeur agrĂ©gĂ© de parasitologie-mycologie.
  • 2023 : laurĂ©at du Prix Christophe MĂ©rieux.
  • 2025 : laurĂ©at du Prix Hideyo Noguchi pour l’Afrique.
  • 9 mars 2026 : nomination au ComitĂ© scientifique consultatif du SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral des Nations Unies.

EncadrĂ© — Contributions scientifiques majeures

  • Identification de marqueurs gĂ©nĂ©tiques associĂ©s Ă  la rĂ©sistance du parasite du paludisme aux mĂ©dicaments antipaludiques.
  • Contribution Ă  la surveillance gĂ©nĂ©tique du Plasmodium falciparum en Afrique.
  • Participation Ă  la structuration de rĂ©seaux scientifiques africains sur les maladies infectieuses.
  • Encadrement et formation de plusieurs gĂ©nĂ©rations de chercheurs africains en biologie molĂ©culaire et Ă©pidĂ©miologie gĂ©nĂ©tique.
  • Renforcement de la capacitĂ© scientifique du Malaria Research and Training Center (MRTC-Parasito) de Bamako.

Bibliographie scientifique sélective

Les travaux d’Abdoulaye DjimdĂ© ont Ă©tĂ© publiĂ©s dans plusieurs revues scientifiques internationales consacrĂ©es aux maladies infectieuses, Ă  la microbiologie et Ă  la santĂ© publique mondiale. Parmi les contributions les plus citĂ©es figurent des Ă©tudes consacrĂ©es :

  • Ă  l’identification des mutations associĂ©es Ă  la rĂ©sistance du Plasmodium falciparum Ă  la chloroquine ;
  • Ă  l’analyse de la diversitĂ© gĂ©nĂ©tique des parasites du paludisme en Afrique de l’Ouest ;
  • Ă  la surveillance molĂ©culaire de la rĂ©sistance aux antipaludiques ;
  • aux stratĂ©gies de traitement et de prĂ©vention du paludisme dans les zones endĂ©miques.

Ces publications contribuent à nourrir les politiques de santé publique et les stratégies internationales de lutte contre le paludisme.

Conclusion

Dans l’histoire des sciences, les trajectoires individuelles prennent souvent leur vĂ©ritable signification lorsqu’on les observe sur la durĂ©e. Le parcours d’Abdoulaye DjimdĂ© s’inscrit dans cette logique de long terme.

De ses premiĂšres Ă©tudes de pharmacie Ă  Bamako jusqu’à son entrĂ©e dans une instance consultative des Nations Unies, son itinĂ©raire tĂ©moigne de l’évolution progressive de la recherche scientifique africaine. Il montre qu’un laboratoire situĂ© au cƓur de l’Afrique peut contribuer Ă  produire des connaissances essentielles pour la comprĂ©hension d’une maladie qui concerne des millions de personnes.

Au-delĂ  des distinctions et des nominations, l’hĂ©ritage d’un scientifique se mesure souvent Ă  l’impact de son travail sur les gĂ©nĂ©rations suivantes. Dans les laboratoires de Bamako et dans les rĂ©seaux scientifiques internationaux, les travaux d’Abdoulaye DjimdĂ© continueront sans doute d’influencer les recherches sur le paludisme et la formation de nouveaux chercheurs africains.

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© Boubakar SiDiBÉ | Mali Buzz TV — Tous droits rĂ©servĂ©s

Boubakar SiDiBÉ, est photojournaliste, producteur de contenus et spĂ©cialiste des dynamiques sociopolitiques du Sahel. Il travaille sur les enjeux politiques, culturels et sĂ©curitaires en Afrique de l’Ouest.

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About The Author

Boubakar SiDiBÉ Boubakar SiDiBÉ, connu sous le nom de Boub’s SiDiBÉ, est photojournaliste, vidĂ©aste et producteur de contenus numĂ©riques basĂ© Ă  Bamako (Mali). Fondateur de Mali Buzz, il documente depuis plus de 15 ans les dynamiques politiques, sociales et culturelles en Afrique de l’Ouest, avec une approche rigoureuse, contextualisĂ©e et centrĂ©e sur les faits.

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