Abdoulaye DjimdĂ© : du laboratoire de Bamako au comitĂ© scientifique de lâONU
Le professeur Abdoulaye DjimdĂ©, spĂ©cialiste mondial du paludisme et enseignant-chercheur Ă lâUniversitĂ© des Sciences, des Techniques et des Technologies de Bamako (USTTB), a Ă©tĂ© nommĂ© le 9 mars 2026 au ComitĂ© scientifique consultatif du SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral des Nations Unies. Ce portrait biographique propose de documenter, dans le temps long, le parcours dâun scientifique malien dont les recherches menĂ©es depuis Bamako ont contribuĂ© Ă faire Ă©voluer la comprĂ©hension mondiale de la rĂ©sistance du paludisme aux mĂ©dicaments.
Dans un laboratoire de Bamako, une bataille silencieuse contre lâun des grands tueurs du monde
Dans un laboratoire de Bamako, sous la lumiĂšre mĂ©thodique des microscopes et des analyses gĂ©nĂ©tiques, se joue depuis plusieurs dĂ©cennies une bataille scientifique contre lâun des ennemis les plus persistants de lâhumanitĂ©. Ce combat ne produit ni vacarme militaire ni images spectaculaires. Il avance dans le silence des protocoles, dans la patience des sĂ©ries dâĂ©chantillons, dans lâinterprĂ©tation rigoureuse des mutations dâun parasite minuscule.
Cet ennemi porte un nom connu des mĂ©decins, des biologistes et des systĂšmes de santĂ© publique : Plasmodium falciparum, lâagent responsable de la forme la plus grave du paludisme. En Afrique, cette maladie demeure lâune des menaces les plus lourdes pour les enfants, les familles et les structures sanitaires. Elle nâest pas seulement un problĂšme mĂ©dical ; elle est aussi un fait social, Ă©conomique et historique.
Comprendre comment ce parasite Ă©volue, comment il se dĂ©place, comment il rĂ©siste aux mĂ©dicaments et comment il finit par dĂ©jouer les stratĂ©gies thĂ©rapeutiques est devenu lâun des grands chantiers de la recherche biomĂ©dicale contemporaine. Câest dans ce champ de bataille scientifique quâa pris place, au fil des annĂ©es, le professeur Abdoulaye DjimdĂ©.
Pharmacien de formation, microbiologiste, immunologiste et spĂ©cialiste de lâĂ©pidĂ©miologie molĂ©culaire, il appartient Ă cette gĂ©nĂ©ration de chercheurs africains qui nâont pas seulement voulu participer Ă la science mondiale, mais contribuer Ă la produire depuis le continent africain lui-mĂȘme. Son itinĂ©raire relie Bamako aux grands rĂ©seaux internationaux de recherche, sans jamais rompre avec le terrain africain oĂč la maladie continue de peser le plus lourdement.
9 mars 2026 : une date appelĂ©e Ă rester dans lâhistoire scientifique malienne
Le 9 mars 2026 marque une date importante dans cette trajectoire. Ce jour-lĂ , Abdoulaye DjimdĂ© est nommĂ© membre du ComitĂ© scientifique consultatif du SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral des Nations Unies, une instance internationale chargĂ©e dâĂ©clairer le systĂšme onusien sur les grandes Ă©volutions de la science et sur leurs consĂ©quences pour les sociĂ©tĂ©s humaines.
Lâinformation est rendue publique par le ministĂšre malien de lâEnseignement supĂ©rieur et de la Recherche scientifique, puis relayĂ©e par plusieurs institutions et organisations professionnelles du pays. Pour le Mali universitaire et scientifique, cette nomination dĂ©passe le simple cadre honorifique. Elle signifie quâun chercheur dont le travail est enracinĂ© Ă Bamako entre dĂ©sormais dans un espace de rĂ©flexion oĂč se croisent santĂ© mondiale, innovation, politiques scientifiques et avenir collectif.
Beaucoup retiendront lâĂ©vĂ©nement. Mais dans le temps long, ce qui mĂ©rite dâĂȘtre documentĂ©, câest la durĂ©e qui a rendu cet Ă©vĂ©nement possible : des dĂ©cennies dâĂ©tudes, de recherche, dâencadrement scientifique, de publications, de coopĂ©rations internationales et de fidĂ©litĂ© Ă un sujet central, le paludisme, qui demeure lâun des plus grands dĂ©fis sanitaires du continent.
Naissance, formation et premiers repĂšres dâun futur scientifique
Abdoulaye DjimdĂ© naĂźt le 6 janvier 1964 au Mali. Cette date, qui peut sembler nâĂȘtre quâun repĂšre biographique, prend une autre signification lorsquâon observe le chemin parcouru : elle permet de mesurer lâampleur temporelle dâun itinĂ©raire scientifique bĂąti sur plusieurs dĂ©cennies.
En 1982, il obtient son baccalaurĂ©at au lycĂ©e public de SĂ©varĂ©, dans la rĂ©gion de Mopti. Ce premier jalon scolaire compte dans la comprĂ©hension de son parcours : il rappelle que la trajectoire dâun chercheur appelĂ© un jour Ă conseiller les Nations Unies ne commence pas dans une grande capitale scientifique mondiale, mais dans le systĂšme Ă©ducatif malien.
Il poursuit ensuite des Ă©tudes de pharmacie Ă lâĂcole nationale de mĂ©decine et de pharmacie de Bamako, oĂč il obtient son diplĂŽme en 1988. Ă cette pĂ©riode, lâAfrique est dĂ©jĂ confrontĂ©e Ă une question de santĂ© publique majeure : lâĂ©volution du paludisme et la menace grandissante de la rĂ©sistance aux traitements antipaludiques.
Câest lĂ que se dessine lâune des lignes de force de sa carriĂšre. Au lieu dâemprunter une voie strictement clinique ou administrative, Abdoulaye DjimdĂ© sâoriente vers la recherche. Son travail va progressivement se concentrer sur la comprĂ©hension du parasite, sur ses mutations et sur les mĂ©canismes biologiques qui rendent certains mĂ©dicaments moins efficaces.
Cette orientation scientifique nâa rien dâanodin. Elle suppose de se tenir Ă lâintersection de plusieurs disciplines : la pharmacie, la biologie molĂ©culaire, la microbiologie, lâimmunologie et lâĂ©pidĂ©miologie. Elle exige surtout une rigueur de long terme, car la recherche sur le paludisme ne se nourrit pas dâeffets dâannonce, mais dâaccumulation de preuves, dâanalyses reproductibles et de collaborations construites dans la durĂ©e.
Pour approfondir cette spĂ©cialisation, il poursuit sa formation Ă lâinternational et obtient en 2001 un doctorat en microbiologie et immunologie Ă lâUniversitĂ© du Maryland, aux Ătats-Unis. Cette Ă©tape Ă©largit son horizon scientifique, lâinscrit dans des rĂ©seaux de recherche de haut niveau et renforce sa capacitĂ© Ă dialoguer avec les grands centres internationaux de recherche biomĂ©dicale.
Mais cette ouverture internationale ne lâĂ©loigne pas de son terrain dâorigine. Au contraire, elle consolide une trajectoire qui fera de Bamako non pas une pĂ©riphĂ©rie, mais un point dâancrage central de ses travaux futurs.
Entrer dans la recherche mondiale sans quitter le terrain africain
AprĂšs lâobtention de son doctorat en microbiologie et immunologie Ă lâUniversitĂ© du Maryland en 2001, Abdoulaye DjimdĂ© entre pleinement dans la communautĂ© scientifique internationale spĂ©cialisĂ©e dans lâĂ©tude des maladies infectieuses. Cette pĂ©riode marque une Ă©tape importante : elle lui permet de maĂźtriser les outils de la biologie molĂ©culaire appliquĂ©e Ă lâĂ©pidĂ©miologie du paludisme.
Mais contrairement Ă de nombreux chercheurs formĂ©s dans les grands laboratoires du Nord, il fait le choix de maintenir son ancrage scientifique au Mali. Ce choix stratĂ©gique repose sur une conviction : pour comprendre la dynamique du paludisme, la recherche doit rester connectĂ©e aux terrains oĂč la maladie circule rĂ©ellement.
Cette approche donne progressivement Ă Bamako une place particuliĂšre dans les rĂ©seaux internationaux de recherche. Les Ă©chantillons Ă©tudiĂ©s, les observations de terrain et les collaborations scientifiques permettent dâassocier la recherche fondamentale aux rĂ©alitĂ©s sanitaires africaines.
Dans ce contexte, les travaux du professeur DjimdĂ© vont rapidement se concentrer sur lâun des problĂšmes majeurs qui inquiĂštent les scientifiques : la capacitĂ© du parasite du paludisme Ă dĂ©velopper une rĂ©sistance aux traitements antipaludiques.
Comprendre la résistance du paludisme aux médicaments
Depuis les années 1990, les chercheurs observent que certains traitements antipaludiques perdent progressivement leur efficacité. Ce phénomÚne, appelé résistance aux médicaments, représente un défi majeur pour la lutte mondiale contre la maladie.
Le parasite Plasmodium falciparum possĂšde en effet une remarquable capacitĂ© dâadaptation gĂ©nĂ©tique. Au fil des gĂ©nĂ©rations, certaines mutations lui permettent de survivre malgrĂ© la prĂ©sence de mĂ©dicaments censĂ©s lâĂ©liminer.
Les recherches menées par Abdoulaye Djimdé et ses collaborateurs vont contribuer à identifier certains des premiers marqueurs moléculaires associés à la résistance aux antipaludiques. Ces marqueurs permettent aux scientifiques de détecter les mutations du parasite et de surveiller leur propagation dans différentes régions du monde.
Cette avancĂ©e scientifique a des implications directes pour les politiques de santĂ© publique. En identifiant plus rapidement les zones oĂč les rĂ©sistances apparaissent, les autoritĂ©s sanitaires peuvent adapter les stratĂ©gies thĂ©rapeutiques et modifier les protocoles de traitement.
Autrement dit, les travaux de laboratoire réalisés à Bamako contribuent à orienter les décisions médicales prises dans de nombreux pays confrontés au paludisme.
Bamako, un pĂŽle scientifique dans la recherche sur le paludisme
Au fil des annĂ©es, les travaux scientifiques menĂ©s au Mali sâorganisent autour du Malaria Research and Training Center (MRTC-Parasito), lâun des centres de recherche les plus importants du continent africain dans lâĂ©tude du paludisme.
Ce centre, intĂ©grĂ© Ă lâUniversitĂ© des Sciences, des Techniques et des Technologies de Bamako (USTTB), joue un rĂŽle central dans la formation de chercheurs africains et dans la conduite de projets scientifiques internationaux.
Sous lâimpulsion de plusieurs scientifiques maliens, dont Abdoulaye DjimdĂ©, le laboratoire devient progressivement un espace de coopĂ©ration scientifique reliant lâAfrique, lâEurope, lâAmĂ©rique du Nord et lâAsie.
Des programmes de recherche impliquant plusieurs pays africains permettent de mieux comprendre lâĂ©volution gĂ©nĂ©tique du parasite et de tester lâefficacitĂ© de nouvelles stratĂ©gies thĂ©rapeutiques.
Dans ces rĂ©seaux de collaboration scientifique, Bamako nâest plus seulement un terrain dâĂ©tude pour les chercheurs Ă©trangers. La ville devient un lieu de production de connaissances scientifiques reconnues par la communautĂ© internationale.
Former une nouvelle génération de chercheurs africains
Au-delĂ de ses travaux personnels, Abdoulaye DjimdĂ© sâest Ă©galement investi dans la formation de jeunes scientifiques africains. Ă travers les programmes de recherche et les partenariats universitaires, plusieurs gĂ©nĂ©rations dâĂ©tudiants et de chercheurs ont pu ĂȘtre formĂ©es aux mĂ©thodes modernes de la biologie molĂ©culaire et de lâĂ©pidĂ©miologie gĂ©nĂ©tique.
Cette dimension pĂ©dagogique constitue un aspect essentiel de son parcours. Car la lutte contre le paludisme ne dĂ©pend pas seulement de dĂ©couvertes scientifiques ponctuelles : elle exige la constitution dâĂ©quipes de chercheurs capables de poursuivre ces travaux sur le long terme.
Ainsi, au-delĂ de ses publications scientifiques, lâhĂ©ritage dâAbdoulaye DjimdĂ© se mesure aussi Ă lâexistence dâune communautĂ© de jeunes chercheurs africains formĂ©s dans les laboratoires de Bamako et dĂ©sormais engagĂ©s dans la recherche biomĂ©dicale.
Des réseaux scientifiques africains pensés depuis le continent
Avec le temps, le travail dâAbdoulaye DjimdĂ© dĂ©passe le cadre dâun laboratoire et dâune spĂ©cialitĂ©. Il sâinscrit dans une architecture plus large, faite de consortiums, de collaborations rĂ©gionales et de plateformes scientifiques capables de mutualiser les donnĂ©es, les compĂ©tences et les protocoles de recherche.
Parmi les rĂ©seaux auxquels il est associĂ© figurent notamment WANECAM, consacrĂ© aux essais cliniques sur les mĂ©dicaments antipaludiques en Afrique de lâOuest, et PDNA, dĂ©diĂ© Ă la diversitĂ© gĂ©nĂ©tique des pathogĂšnes sur le continent africain. Ces rĂ©seaux ne sont pas de simples cadres administratifs. Ils reprĂ©sentent une maniĂšre de produire la science Ă lâĂ©chelle rĂ©gionale, en tenant compte des rĂ©alitĂ©s Ă©pidĂ©miologiques africaines plutĂŽt quâen appliquant mĂ©caniquement des modĂšles conçus ailleurs.
Dans cette configuration, Abdoulaye DjimdĂ© apparaĂźt comme lâun de ces chercheurs capables de relier le laboratoire, le terrain, la formation acadĂ©mique et les partenariats internationaux. Son rĂŽle ne se rĂ©duit pas Ă celui dâun producteur de donnĂ©es. Il participe aussi Ă la structuration dâun espace scientifique africain plus autonome, plus visible et mieux reliĂ© aux grandes conversations mondiales sur la santĂ© publique.
Cette dimension institutionnelle de son parcours est importante. Elle montre que sa contribution nâest pas seulement celle dâun chercheur isolĂ©, mais celle dâun bĂątisseur de capacitĂ©s scientifiques, soucieux de crĂ©er des continuitĂ©s entre les gĂ©nĂ©rations, entre les institutions et entre les pays.
La science comme production collective, pas comme performance solitaire
Dans les grandes biographies scientifiques, une erreur frĂ©quente consiste Ă transformer le chercheur en figure hĂ©roĂŻque solitaire. Le parcours dâAbdoulaye DjimdĂ© invite plutĂŽt Ă une lecture plus juste : la recherche est un travail collectif, fondĂ© sur des Ă©quipes, des laboratoires, des cohortes de patients, des Ă©tudiants, des techniciens, des collaborations internationales et des institutions qui rendent les dĂ©couvertes possibles.
Câest prĂ©cisĂ©ment ce qui donne Ă son itinĂ©raire une portĂ©e durable. Au Mali, ses travaux ont contribuĂ© Ă consolider un environnement scientifique oĂč les jeunes chercheurs peuvent se former, publier, collaborer et sâinscrire dans des programmes dâenvergure internationale. Cette transmission silencieuse est lâune des dimensions les plus importantes de son hĂ©ritage.
Dans un continent oĂč les infrastructures de recherche demeurent souvent fragiles, faire exister une continuitĂ© scientifique constitue dĂ©jĂ une performance. Former des Ă©quipes capables de poursuivre les travaux, dâexploiter des outils de biologie molĂ©culaire avancĂ©e et de participer Ă des publications de haut niveau est une Ćuvre moins visible quâun prix, mais souvent plus dĂ©cisive dans le temps long.
Des distinctions qui balisent un parcours de fond
Les distinctions reçues par Abdoulaye Djimdé au fil de sa carriÚre ne sont pas des ornements ajoutés aprÚs coup à une trajectoire déjà accomplie. Elles agissent plutÎt comme des repÚres permettant de mesurer, à différentes étapes, la reconnaissance de ses travaux par des institutions scientifiques de premier plan.
Au dĂ©but des annĂ©es 2000 dĂ©jĂ , plusieurs rĂ©compenses et affiliations professionnelles signalent la place croissante quâil occupe dans la recherche sur le paludisme. Ces marques de reconnaissance sâaccumulent au rythme dâun travail scientifique constant, adossĂ© Ă des publications, Ă des collaborations structurantes et Ă une prĂ©sence durable dans les rĂ©seaux acadĂ©miques internationaux.
Cette montĂ©e en reconnaissance ne repose pas sur un seul Ă©vĂ©nement, mais sur la cohĂ©rence dâun itinĂ©raire. Elle traduit aussi le fait quâun chercheur travaillant depuis Bamako peut dĂ©sormais ĂȘtre lu, Ă©valuĂ© et reconnu dans les mĂȘmes espaces que les scientifiques issus des centres de recherche les plus puissants du monde.
2023 : le Prix Christophe Mérieux
En 2023, Abdoulaye DjimdĂ© reçoit le Prix Christophe MĂ©rieux, une distinction internationale qui rĂ©compense des chercheurs engagĂ©s dans la lutte contre les maladies infectieuses dans les pays Ă ressources limitĂ©es. Ce prix vient saluer lâimpact scientifique de ses travaux sur le paludisme, mais aussi leur utilitĂ© concrĂšte pour les systĂšmes de santĂ© publique.
Dans son principe mĂȘme, cette distinction correspond Ă la nature de son parcours : une science exigeante, fondĂ©e sur la rigueur du laboratoire, mais tournĂ©e vers des questions vitales pour les sociĂ©tĂ©s. Le prix rappelle aussi que la recherche africaine nâest pas condamnĂ©e Ă un rĂŽle subalterne. Elle peut produire des connaissances de premier plan sur des maladies qui affectent massivement le continent.
Pour le Mali, cette rĂ©compense reprĂ©sente Ă©galement un signal fort. Elle montre quâun travail scientifique menĂ© sur la durĂ©e, avec des Ă©quipes enracinĂ©es localement, peut accĂ©der Ă une reconnaissance internationale sans renoncer Ă son ancrage africain.
2025 : le Prix Hideyo Noguchi pour lâAfrique
Deux ans plus tard, en 2025, Abdoulaye DjimdĂ© franchit un nouveau seuil de reconnaissance en recevant le Prix Hideyo Noguchi pour lâAfrique, dans la catĂ©gorie Recherche mĂ©dicale. DĂ©cernĂ©e par le gouvernement japonais, cette distinction compte parmi les plus prestigieuses consacrĂ©es Ă la recherche mĂ©dicale africaine.
Le prix distingue des contributions majeures Ă lâamĂ©lioration de la santĂ© publique sur le continent. Dans le cas du scientifique malien, il vient reconnaĂźtre plusieurs dimensions dâun mĂȘme parcours : les recherches sur les mĂ©canismes de rĂ©sistance du paludisme aux mĂ©dicaments, la contribution Ă la gĂ©nomique des pathogĂšnes, le leadership scientifique dans les rĂ©seaux africains et la formation de jeunes chercheurs.
Recevoir le Prix Hideyo Noguchi ne signifie pas seulement ĂȘtre distinguĂ© pour une dĂ©couverte ou une publication. Cela revient Ă ĂȘtre identifiĂ© comme lâun des chercheurs dont le travail a modifiĂ© durablement la comprĂ©hension dâun problĂšme mĂ©dical majeur. En ce sens, cette rĂ©compense inscrit Abdoulaye DjimdĂ© dans une gĂ©ographie scientifique oĂč les travaux produits depuis Bamako comptent dĂ©sormais dans les rĂ©fĂ©rences mondiales sur le paludisme.
Ă ce stade de son parcours, une Ă©vidence sâimpose : la trajectoire dâAbdoulaye DjimdĂ© nâest plus seulement celle dâun scientifique malien reconnu Ă lâĂ©tranger. Elle est celle dâun chercheur africain dont les travaux ont contribuĂ© Ă dĂ©placer le centre de gravitĂ© de certaines questions scientifiques vers le continent lui-mĂȘme.
9 mars 2026 : lâentrĂ©e dâun scientifique malien dans une instance consultative des Nations Unies
Le 9 mars 2026, le professeur Abdoulaye DjimdĂ© est nommĂ© membre du ComitĂ© scientifique consultatif du SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral des Nations Unies. Cette instance rĂ©unit un nombre restreint de scientifiques internationaux chargĂ©s dâĂ©clairer le systĂšme des Nations Unies sur les grandes Ă©volutions scientifiques et leurs implications pour les sociĂ©tĂ©s contemporaines.
La nomination est rendue publique par le ministĂšre malien de lâEnseignement supĂ©rieur et de la Recherche scientifique, puis relayĂ©e par plusieurs institutions scientifiques et organisations professionnelles du pays. Pour la communautĂ© acadĂ©mique malienne, cet Ă©vĂ©nement ne constitue pas seulement une distinction individuelle. Il marque la reconnaissance dâun parcours scientifique construit sur plusieurs dĂ©cennies et profondĂ©ment ancrĂ© dans la recherche menĂ©e depuis Bamako.
Dans un monde oĂč les dĂ©cisions internationales sur la santĂ©, lâinnovation ou les technologies reposent de plus en plus sur lâexpertise scientifique, la prĂ©sence dâun chercheur africain au sein de cette instance consultative rappelle que la production de connaissances nâest plus lâapanage dâun nombre limitĂ© de centres scientifiques occidentaux. Elle sâĂ©labore dĂ©sormais dans des rĂ©seaux mondiaux oĂč les laboratoires africains occupent une place croissante.
Cette nomination intervient au terme dâune trajectoire marquĂ©e par la recherche, la formation, la coopĂ©ration scientifique et la construction dâinstitutions capables de soutenir la recherche biomĂ©dicale sur le continent africain.
RepĂšres chronologiques
- 6 janvier 1964 : naissance dâAbdoulaye DjimdĂ© au Mali.
- 1982 : obtention du baccalauréat au lycée public de Sévaré.
- 1988 : diplĂŽme de pharmacien Ă lâĂcole nationale de mĂ©decine et de pharmacie de Bamako.
- Années 1990 : débuts dans la recherche sur le paludisme au Mali.
- 2001 : doctorat en microbiologie et immunologie Ă lâUniversitĂ© du Maryland (Ătats-Unis).
- Années 2000 : identification de marqueurs moléculaires associés à la résistance du parasite du paludisme aux médicaments.
- 2012 : nomination comme professeur agrégé de parasitologie-mycologie.
- 2023 : lauréat du Prix Christophe Mérieux.
- 2025 : laurĂ©at du Prix Hideyo Noguchi pour lâAfrique.
- 9 mars 2026 : nomination au Comité scientifique consultatif du Secrétaire général des Nations Unies.
EncadrĂ© â Contributions scientifiques majeures
- Identification de marqueurs génétiques associés à la résistance du parasite du paludisme aux médicaments antipaludiques.
- Contribution à la surveillance génétique du Plasmodium falciparum en Afrique.
- Participation à la structuration de réseaux scientifiques africains sur les maladies infectieuses.
- Encadrement et formation de plusieurs générations de chercheurs africains en biologie moléculaire et épidémiologie génétique.
- Renforcement de la capacité scientifique du Malaria Research and Training Center (MRTC-Parasito) de Bamako.
Bibliographie scientifique sélective
Les travaux dâAbdoulaye DjimdĂ© ont Ă©tĂ© publiĂ©s dans plusieurs revues scientifiques internationales consacrĂ©es aux maladies infectieuses, Ă la microbiologie et Ă la santĂ© publique mondiale. Parmi les contributions les plus citĂ©es figurent des Ă©tudes consacrĂ©es :
- Ă lâidentification des mutations associĂ©es Ă la rĂ©sistance du Plasmodium falciparum Ă la chloroquine ;
- Ă lâanalyse de la diversitĂ© gĂ©nĂ©tique des parasites du paludisme en Afrique de lâOuest ;
- à la surveillance moléculaire de la résistance aux antipaludiques ;
- aux stratégies de traitement et de prévention du paludisme dans les zones endémiques.
Ces publications contribuent à nourrir les politiques de santé publique et les stratégies internationales de lutte contre le paludisme.
Conclusion
Dans lâhistoire des sciences, les trajectoires individuelles prennent souvent leur vĂ©ritable signification lorsquâon les observe sur la durĂ©e. Le parcours dâAbdoulaye DjimdĂ© sâinscrit dans cette logique de long terme.
De ses premiĂšres Ă©tudes de pharmacie Ă Bamako jusquâĂ son entrĂ©e dans une instance consultative des Nations Unies, son itinĂ©raire tĂ©moigne de lâĂ©volution progressive de la recherche scientifique africaine. Il montre quâun laboratoire situĂ© au cĆur de lâAfrique peut contribuer Ă produire des connaissances essentielles pour la comprĂ©hension dâune maladie qui concerne des millions de personnes.
Au-delĂ des distinctions et des nominations, lâhĂ©ritage dâun scientifique se mesure souvent Ă lâimpact de son travail sur les gĂ©nĂ©rations suivantes. Dans les laboratoires de Bamako et dans les rĂ©seaux scientifiques internationaux, les travaux dâAbdoulaye DjimdĂ© continueront sans doute dâinfluencer les recherches sur le paludisme et la formation de nouveaux chercheurs africains.
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