Médias au Mali : L’heure de l’autorégulation et de la co-régulation a-t-elle sonné ?
À Bamako, la Haute Autorité de la Communication (HAC) relance le débat crucial sur l’autorégulation des médias. Experts maliens et étrangers se sont réunis à l’Hôtel Radisson Collection pour deux journées d’échanges décisives, dans un contexte où la liberté de la presse est sous pression et l’éthique journalistique à reconstruire.
Contexte et enjeu
Mercredi 25 juin 2025, la HAC a ouvert un atelier national sur la relance de l’autorégulation et les perspectives de co-régulation des médias au Mali, en collaboration avec la Maison de la Presse et le soutien de l’ONG IDEA International.
Cet atelier s’inscrit dans la continuité du Forum quadripartite des régulateurs des médias des pays de l’AES, de la Guinée et du Togo, tenu à Bamako en décembre 2024. Les recommandations issues de ce forum constituent aujourd’hui un cap : construire une gouvernance médiatique souveraine, professionnelle et éthique.
Objectifs principaux des échanges
- Présenter les modèles d’autorégulation en Afrique et ailleurs ;
- Identifier les défis spécifiques au contexte malien ;
- Favoriser la coopération entre instances de régulation et d’autorégulation ;
- Formuler des recommandations pratiques pour bâtir un cadre opérationnel ;
- Élaborer une feuille de route nationale pour un dispositif efficace.
️ Une régulation « par les pairs » et non par la peur
Le président de la HAC, M. Gaoussou Coulibaly, appelle à un modèle innovant :
« Créer un tribunal des pairs, capable de réguler sans réprimer, d’accompagner sans censurer, pour garantir un professionnalisme journalistique. »
Cette approche rompt avec les logiques autoritaires. Elle met l’accent sur la redevabilité éthique, la liberté d’expression encadrée, et la solidarité entre professionnels des médias.
Une vision régionale partagée
Des participants venus du Bénin, du Sénégal et d’autres pays africains ont partagé leurs expériences nationales. Ils soulignent le rôle central de l’autorégulation dans un environnement marqué par :
- la montée des discours de haine,
- la désinformation,
- et les restrictions imposées aux journalistes.
La convergence entre régulation institutionnelle et régulation par les pairs devient essentielle.
Quel rôle pour l’APPEL-Mali ?
Dans ce processus, l’Association des Professionnels de la Presse en Ligne (APPEL-Mali) pourrait jouer un rôle stratégique :
- Mobiliser ses membres autour d’une charte éthique du journalisme numérique ;
- Contribuer à l’élaboration des outils d’autorégulation pour les médias en ligne ;
- Participer à la mise en place d’un Conseil de presse numérique indépendant.
Sa légitimité dans l’écosystème des médias digitaux en fait un acteur pivot pour assurer la qualité de l’information dans un contexte de transition numérique.
Une exigence démocratique
À l’heure où les lignes entre journalisme, influence et militantisme se brouillent, cette initiative de la HAC est un signal fort en faveur d’un retour à l’essentiel :
- l’information vérifiée,
- le pluralisme,
- la responsabilité sociale des journalistes.
C’est aussi un test pour la volonté réelle de l’État de garantir un environnement médiatique libre mais responsable.
Lien vers l’article connexe :
Forum quadripartite des régulateurs des médias à Bamako – Décembre 2024
CHUTE
L’autorégulation des médias n’est pas un luxe. Elle est un rempart contre l’arbitraire, un levier pour la qualité de l’information, un outil de construction démocratique. Reste à savoir si les autorités — et les journalistes eux-mêmes — sont prêts à en faire une réalité.
