Forum quadripartite des régulateurs des médias à Bamako : éthique, souveraineté et coopération en temps de crise
Les 2 et 3 décembre 2024, la Haute Autorité de la Communication (HAC) du Mali a accueilli à Bamako un forum inédit réunissant les régulateurs des médias de l’AES, de la Guinée et du Togo. Au menu : crise, déontologie, désinformation, et nouvelles alliances régionales.
Un contexte sous haute tension
Alors que plusieurs pays de la sous-région ouest-africaine traversent des périodes de transition politique, voire de remise en question des institutions démocratiques, la question de la régulation des médias devient un enjeu stratégique. À Bamako, les autorités de régulation de cinq pays se sont réunies pour mutualiser leurs expériences, diagnostiquer les défis et proposer des solutions concertées.
Une tribune pour l’éthique et la responsabilité
Le ministre malien de la Communication, Alhamdou Ag Ilyène, a ouvert les travaux en appelant à un « retour aux fondamentaux de la déontologie journalistique », dans un environnement saturé de rumeurs et de manipulations. Gaoussou Coulibaly, président de la HAC Mali, a plaidé pour « une régulation collaborative », respectueuse de la liberté d’expression, mais ferme contre les dérives.
Du côté guinéen, Boubacar Yacine Diallo, président de la HAC, a insisté sur l’importance de l’indépendance des organes de régulation, gage de crédibilité. Le Togo, représenté par Babaka Badjibassa, a partagé son expérience post-crise, notamment dans la gestion des relations entre médias et forces de sécurité.
Les grands thèmes abordés
1. Désinformation et crises : le défi de la vérification
Le journaliste malien Gaoussou Drabo a dressé un tableau lucide des dangers liés à la propagation des fake news, à l’essor des “journalistes improvisés” et au brouillage de l’information dans les contextes sensibles.
️ 2. Communication institutionnelle à l’heure de l’AES
Alfousseiny Sidibé a mis en lumière la difficulté pour les institutions à structurer des narratifs crédibles, face à une opinion publique fragmentée et méfiante.
3. Éthique et autorégulation : une piste d’avenir
Salif Sanogo, ancien DG de l’ORTM, a rappelé que l’autorégulation, bien pensée, pouvait permettre aux médias d’éviter les censures directes. Une dynamique renforcée par la présentation de Béchiry Diop sur les mécanismes d’autorégulation inspirés du modèle togolais.
4. Médias et droits de l’enfant
L’intervention de Pierre N’Gom (UNICEF Mali) a alerté sur les contenus dangereux ou discriminants pour les enfants, appelant à des lignes éditoriales plus protectrices.
5. Médias sociaux : réguler sans censurer
Les ONG comme Search for Common Ground ont montré l’importance d’un dialogue entre régulateurs et plateformes, pour éviter la surenchère répressive.
Résolutions et perspectives
- Création d’un cadre permanent de concertation entre les régulateurs des cinq pays ;
- Lancement d’une dynamique d’autorégulation de la presse malienne ;
- Appui accru aux médias publics en ressources et compétences ;
- Inclusion des langues nationales dans les programmes d’information.
Une minute de silence a été observée en hommage aux victimes de violences à N’Zérékoré (Guinée), rappelant que la régulation s’inscrit dans un devoir d’humanité et de paix. La prochaine édition du forum est prévue au Burkina Faso, consolidant cette volonté de coopération transnationale.
Chute
En réunissant les régulateurs autour d’un idéal commun – une information libre, mais responsable –, Bamako s’est fait le carrefour d’une nouvelle ambition médiatique pour l’Afrique de l’Ouest. Une ambition qui, au-delà des transitions, pourrait poser les bases d’un écosystème informationnel plus sain, plus solidaire, plus souverain.
✍️ Boub’s SidibÉ | Mali Buzz TV
En savoir plus sur Mali Buzz TV
Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Comment (0)