Prescription de l’action publique au Mali : ce que prévoit le nouveau Code pénal
Chapeau éditorial —
Entré en vigueur dans un contexte de refondation institutionnelle, le nouveau Code de procédure pénale du Mali apporte des précisions majeures sur la prescription de l’action publique. Loin d’un simple toilettage juridique, ces dispositions redessinent le rapport entre le temps, la justice pénale et la responsabilité publique.
La prescription de l’action publique : un principe structurant du droit pénal
En droit pénal, la prescription de l’action publique constitue un mécanisme fondamental. Elle traduit l’idée selon laquelle le temps, en s’écoulant, peut éteindre le droit pour la société de poursuivre une infraction, lorsque celle-ci n’a donné lieu à aucun acte judiciaire significatif.
Ce principe vise à garantir la sécurité juridique, éviter les poursuites indéfinies et préserver l’équilibre entre exigence de justice et stabilité sociale. Le nouveau Code de procédure pénale malien s’inscrit clairement dans cette logique.
Un délai de quinze ans pour les crimes, sauf exceptions
Le texte dispose désormais que, en matière de crime, l’action publique se prescrit par quinze années révolues, sauf dérogations prévues par des lois spéciales.
Le point de départ du délai est clairement établi : il court à compter du jour où le crime a été commis, à condition qu’aucun acte d’instruction ou de poursuite n’ait été accompli durant cet intervalle.
Cette clarification met fin à certaines interprétations fluctuantes observées dans la pratique judiciaire antérieure.
L’effet interruptif des actes de poursuite et d’instruction
Dès lors qu’un acte d’instruction ou de poursuite est accompli dans le délai initial, la prescription est interrompue. Un nouveau délai de quinze ans recommence alors à courir à compter du dernier acte judiciaire posé.
Cette règle s’applique y compris à l’égard de personnes qui n’étaient pas directement visées par l’acte initial, consacrant une approche extensive de l’effet interruptif.
Un régime spécifique pour les crimes de nature sexuelle
Le législateur a introduit un traitement différencié pour les crimes de nature sexuelle, dont la prescription est portée à vingt ans.
Ce choix s’inscrit dans une évolution contemporaine du droit pénal, reconnaissant la spécificité de ces infractions, souvent marquées par le silence des victimes et la difficulté d’accès précoce à la justice.
Entre exigence de justice et sécurité juridique
Le nouveau Code de procédure pénale ne vise ni à restreindre arbitrairement l’action judiciaire ni à l’étendre indéfiniment. Il fixe des bornes temporelles claires, lisibles et juridiquement cohérentes.
Pour les praticiens du droit, les citoyens et les institutions, cette clarification constitue un socle indispensable pour une justice prévisible, crédible et respectueuse de l’État de droit.
Chute éditoriale —
En fixant clairement les règles de prescription, le Mali rappelle que la justice pénale n’est ni hors du temps ni soumise à l’instant. Elle s’inscrit dans une temporalité maîtrisée, où le droit demeure la seule boussole légitime.
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Boub’s SiDiBÉ connu à l’état-civil sous l’appellation Boubakar Sidibé est photojournaliste, producteur de contenus et analyste des dynamiques sociopolitiques et juridiques au Sahel.
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Analyse juridique — Le nouveau Code de procédure pénale du Mali précise les règles de prescription de l’action publique, les délais applicables aux crimes et l’effet des actes de poursuite.
