LA JUSTICE SENEGALAISE DONNE UNE LEÇON D’INDEPENDANCE : Ousmane Sonko rĂ©habilitĂ©, l’État de droit triomphe-t-il ?

DĂ©cidĂ©ment le pays de la Teranga ne finit jamais de surprendre tant dans le bon comme dans le mauvais sens. Connu pour ĂȘtre ce pays stable et un bon modĂšle de dĂ©mocratie et de l’Etat de droit, le SĂ©nĂ©gal a failli ĂȘtre atteint par le syndrome des coups d’Etat qui a pignon sur rue dans trois des pays partageant le mĂȘme espace sous rĂ©gional que lui. L’affaire de l’opposant Ousmane Sonko a failli Ă©branler tous les fondements de la dĂ©mocratie et l’état de droit au SĂ©nĂ©gal. En effet, ce tĂ©mĂ©raire homme politique sĂ©nĂ©galais qui avait Ă©tĂ© donnĂ© pour mort, politiquement parlant, aprĂšs la dissolution de son parti, son emprisonnement  et sa radiation de la liste Ă©lectorale, vient d’ĂȘtre rĂ©habilitĂ© par la justice au grand dam de son ennemi jurĂ© Macky Sall. 

Cette victoire a Ă©tĂ© rendue possible grĂące Ă  la maturitĂ© du peuple sĂ©nĂ©galais, Ă  l’indĂ©pendance de sa justice et au sens rĂ©publicain de son armĂ©e. Est-ce la fin sans gloire du rĂšgne du  prĂ©sident sortant Macky Sall qui a voulu instrumentaliser l’appareil judiciaire et qui vient d’ĂȘtre dĂ©savouĂ© par cette mĂȘme justice ? Le SĂ©nĂ©gal ne vient-il pas de donner une leçon de dĂ©mocratie, d’indĂ©pendance de la justice et de l’état droit Ă  certains pays de la sous-rĂ©gion ouest africaine en proie Ă  la rupture constitutionnelle ? La justice sĂ©nĂ©galaise va-t-elle se dĂ©dire avec le probable pourvoit en cassation ?

Cette photographie prise le 19 aoĂ»t 2023, place de la RĂ©publique Ă  Paris, montre des partisans de l’opposant sĂ©nĂ©galais dĂ©tenu Ousmane Sonko tenant une pancarte exigeant sa libĂ©ration. Le leader de l’opposition sĂ©nĂ©galaise, qui a entamĂ© une grĂšve de la faim aprĂšs avoir Ă©tĂ© incarcĂ©rĂ©, a repris connaissance aprĂšs avoir Ă©tĂ© admis dans une unitĂ© de soins intensifs, a annoncĂ© son parti dissous le 18 aoĂ»t 2023. (Photo de : Kiran RIDLEY)

Comme un coup de tonnerre Ă  Dakar, la nouvelle de la rĂ©intĂ©gration sur la liste Ă©lectorale de l’opposant politique sĂ©nĂ©galais Ousmane Sonko par la justice a Ă©tĂ© accueillie avec soulagement, mais  aussi avec prudence par ses nombreux partisans. C’est, certes une prĂ©cieuse victoire d’étape, mais pas la fin du feuilleton judiciaire, car l’Etat peut encore dĂ©cider de se pourvoir en cassation. En effet, le tribunal d’instance de Dakar a ordonnĂ© le jeudi 14 dĂ©cembre 2023, la rĂ©intĂ©gration de l’opposant  Sonko dans les listes Ă©lectorales. En prison depuis le mois de juillet pour atteinte Ă  la sĂ©curitĂ© de l’Etat, association de malfaiteurs et radiĂ© de la liste Ă©lectorale, ce qui allait faire de lui un non partant officiel Ă  la course pour la prĂ©sidentielle, Ousmane Sonko vient de franchir un obstacle crucial sur sa route pour le palais prĂ©sidentiel. Macky Sall a tout tentĂ© pour Ă©liminer le plus virulent et le plus tĂ©mĂ©raire de ses opposants. Non seulement par le truchement de la justice, mais aussi et surtout par une tentative d’empoisonnement.   Comme si cela ne suffisait pas il a vu son parti les PASTEF rayer des registres des partis politiques au SĂ©nĂ©gal. Ce dernier acte Ă©tait considĂ©rĂ© par Macky Sall et ses partisans comme le dernier coup fatal qu’ils viennent de donner Ă  un homme politique agonisant et qui mettrait fin Ă  tout espoir et Ă  toute vellĂ©itĂ© prĂ©sidentielle. C’est grĂące Ă  la dĂ©termination de ses partisans, Ă  son opiniĂątretĂ©, Ă  l’indĂ©pendance de la justice que Ousmane Sonko vient d’arracher une prĂ©cieuse victoire qui le met non seulement en scelle, mais aussi et surtout fait de lui l’un des plus grands favoris de la prochaine prĂ©sidentielle sĂ©nĂ©galaise prĂ©vue en 2024 et de surcroit le probable successeur de Macky Sall.

La justice sĂ©nĂ©galaise, aprĂšs cette prouesse va-t-elle se dĂ©dire  aprĂšs le probable pourvoit en cassation de l’Etat sĂ©nĂ©galais? La rĂ©ponse est certainement non surtout quand on sait et mesure l’impact que sa dĂ©cision a fait en termes de soulagement et la rĂ©putation de justice indĂ©pendante qu’elle a engendrĂ©e dans une sous-rĂ©gion oĂč la justice est aux ordres du prince rĂ©gnant. Par cette dĂ©cision la justice sĂ©nĂ©galaise a redorĂ© son blason, donc elle doit Ă©viter de ternir son image en se contredisant.

Est-ce la fin sans gloire du rĂšgne du prĂ©sident sortant Macky Sall qui a voulu instrumentaliser l’appareil judiciaire et qui vient d’ĂȘtre dĂ©savouĂ© par cette mĂȘme justice ?

Le šPrĂ©sident sĂ©nĂ©galais en fin de mandat aura cette tache noire sur ses glorieuses pages, celle d’avoir occasionnĂ© la mort des dizaines de sĂ©nĂ©galais Ă  cause de ses ambitions personnelles. Le pĂȘchĂ© d’IsraĂ«l de Sonko a Ă©tĂ© sans nul doute de s’opposer Ă  un troisiĂšme mandat du prĂ©sident sortant. Ce dernier a fini par cĂ©der sous la pression de la rue avec le leadership de Sonko. Ainsi pour faire payer Ă  Sonko son opposition Ă  la rĂ©alisation de cette prĂ©tention du PrĂ©sident sortant,  Macky Sall a instrumentalisĂ© la justice sĂ©nĂ©galaise Ă  qui  il avait intimĂ© l’ordre et assignĂ© la mission commandĂ©e de barrer la route de la prĂ©sidentielle Ă  Sonko. AprĂšs avoir cĂ©dĂ© dans un premier temps aux caprices de Macky Sall, la justice sĂ©nĂ©galaise a fini par prendre ses responsabilitĂ©s face au peuple sĂ©nĂ©galais et face Ă  l’histoire en rĂ©habilitant Sonko. Le PrĂ©sident Macky Sall est dĂ©sormais devenu un lion sans griffes, ni dents surtout qu’il ne lui reste plus que quelques mois au pouvoir. Si son bilan, en termes d’infrastructures, est nettement apprĂ©ciable, il semble pĂ©cher dans la construction et la promotion de la dĂ©mocratie et de l’état de droits. Sa main est tachĂ©e de sang des innocents et il aura sur sa conscience la mort de nombreux manifestants. La question qui taraude tous les esprits est celle qui consiste Ă  dire est si Sonko devenait prĂ©sident va-t-il se venger de son prĂ©dĂ©cesseur comme on en a vu ailleurs?

Le SĂ©nĂ©gal ne vient-il pas de donner une leçon de dĂ©mocratie, d’indĂ©pendance de la justice et de l’état droit Ă  certains pays de la sous-rĂ©gion ouest africaine en proie Ă  la rupture constitutionnelle ?

Tard vaut mieux que jamais. AprĂšs avoir trĂ©buchĂ© Ă  plusieurs reprises en rendant des verdicts scĂ©lĂ©rats, la justice sĂ©nĂ©galaise a fini par se ressaisir en Ă©coutant la voix du peuple, pour qui d’ailleurs la justice est rendue. Elle vient pour l’instant, sous rĂ©serve d’un retournement spectaculaire de situation, de donner une leçon de morale et d’indĂ©pendance aux autres justices infĂ©odĂ©es aux princes rĂ©gnants. Elle vient d’écrire une autre page glorieuse de l’histoire de la justice sĂ©nĂ©galaise. Si pour beaucoup d’observateurs la justice semble faire sa propre introspection en se projetant vers l’avenir, pour d’autres elle a fait preuve de maturitĂ© et d’objectivitĂ©. Dans tous les cas de figure c’est la dĂ©mocratie et l’état de droit sĂ©nĂ©galais qui gagnent.

En somme, le peuple sĂ©nĂ©galais  vient encore de prouver sa grandeur. Qu’il soit dit en passant  la stabilitĂ© et la soliditĂ© de ses institutions feront sans nul doute des Ă©mules. Le SĂ©nĂ©gal garde son statut de pays en peloton de tĂȘte tant en termes de bonne destination qu’en termes d’encrage de la dĂ©mocratie et surtout de l’état de droit.

Youssouf Sissoko


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