Yoro SidibĂ©, Donso nâgonifola : quand la musique des chasseurs fait mĂ©moire au cĆur de Bamako
Yoro SidibĂ©, Donso nâgonifola : quand la musique des chasseurs fait mĂ©moire au cĆur de Bamako
Il est des artistes dont la voix ne se contente pas de divertir. Elle rappelle, elle enseigne, elle relie. Yoro SidibĂ© appartient Ă cette catĂ©gorie rare. Donso par hĂ©ritage, musicien par nĂ©cessitĂ© communautaire, il incarne une tradition oĂč la musique est indissociable de la chasse, de la parole donnĂ©e et de la transmission des savoirs anciens.
La photographie qui illustre cet article a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e Ă Bamako, sur la scĂšne du Festival du Dibi 2025â2026, lors de la cĂ©rĂ©monie de clĂŽture. On y voit Yoro SidibĂ©, concentrĂ©, les yeux clos, en pleine interprĂ©tation au donso nâgoni, instrument emblĂ©matique des chasseurs mandingues. La scĂšne nâest pas anodine : elle dit beaucoup du chemin parcouru par une tradition longtemps confinĂ©e Ă la brousse, dĂ©sormais audible au cĆur de la capitale.
Une naissance dans la lignée des chasseurs
Originaire de Bambala, dans lâarrondissement de Sikorolen, cercle de Yanfolila, en pays Wassoulou, Yoro SidibĂ© naĂźt dans les annĂ©es 1940 au sein dâune famille oĂč le donsoya â lâart et le mĂ©tier du chasseur â est une affaire de transmission et de responsabilitĂ©. Ici, on ne devient pas Donso par simple choix personnel : on lâest par initiation, par continuitĂ©, par devoir envers la communautĂ©.
Il porte le nom de son grand-pĂšre, lui-mĂȘme fils de Samba SidibĂ©, figure de la mĂ©moire locale Ă laquelle lâoralitĂ© attribue un acte fondateur : avoir interdit lâaccĂšs de Bambala Ă Samory TourĂ©. Quâil soit lu comme un fait historique ou comme un rĂ©cit symbolique, cet Ă©pisode structure lâimaginaire dâune lignĂ©e marquĂ©e par la bravoure et lâindĂ©pendance.
Le nâgonifola, gardien de la parole
Dans lâunivers des chasseurs, le nâgonifola nâest pas un simple musicien. Il est le confident des Donso, celui qui met en mots et en musique les rĂ©cits de chasse, les Ă©preuves traversĂ©es, les leçons tirĂ©es du rapport entre lâhomme, lâanimal et la brousse. Ă Bambala, lâabsence de nâgonifola local obligeait autrefois les chasseurs Ă faire appel Ă des musiciens venus dâailleurs.
Câest pour combler ce manque que Yoro SidibĂ© prend une dĂ©cision dĂ©terminante : fabriquer lui-mĂȘme un donso nâgoni et assumer ce rĂŽle au sein de sa communautĂ©. Il nâa pas de maĂźtre attitrĂ©. Il sâappuie sur lâĂ©coute des anciens, sur lâobservation et sur lâexpĂ©rience directe, car dans le donsoya, la connaissance ne se transmet pas seulement par la parole, mais par la pratique.
Une musique née de la brousse
AprĂšs plusieurs dĂ©cennies de pratique, Yoro SidibĂ© sâimpose comme une voix singuliĂšre du donsoya. Son inspiration vient de ce quâil connaĂźt intimement : les parties de chasse, les comportements des animaux, les signes discrets de la nature. Sa musique est Ă la fois rĂ©cit, avertissement moral et mĂ©moire collective.
Pour lui, chanter sans ĂȘtre Donso nâa pas de sens. La musique des chasseurs nâest pas un folklore figĂ©, mais un langage vivant, porteur dâune vision du monde oĂč lâhomme doit composer avec des forces qui le dĂ©passent. Dans ses chants, on entend autant la rigueur que la spiritualitĂ©, autant lâexpĂ©rience que la retenue.
De Bambala Ă Bamako : une tradition en mouvement
La prĂ©sence de Yoro SidibĂ© sur la scĂšne du Festival du Dibi, Ă Bamako, tĂ©moigne de lâĂ©volution de cette tradition. Longtemps cantonnĂ©e aux espaces ruraux et rituels, la musique des chasseurs trouve aujourdâhui sa place dans des Ă©vĂ©nements culturels urbains, sans pour autant perdre son sens profond.
Sa discographie, en grande partie diffusĂ©e sous forme de cassettes locales et dâenregistrements communautaires, reste encore largement mĂ©connue du grand public numĂ©rique. Quelques titres circulent dĂ©sormais sur les plateformes, mais ils ne reprĂ©sentent quâune infime partie dâune Ćuvre forgĂ©e dans le temps long, loin des logiques de marchĂ©.
Transmission et héritage
Au fil des annĂ©es, Yoro SidibĂ© a formĂ© plusieurs donso nâgonifola, perpĂ©tuant ainsi une chaĂźne de transmission essentielle. Former un nâgonifola, ce nâest pas apprendre des chansons : câest transmettre une Ă©thique, une discipline et un rapport maĂźtrisĂ© Ă la parole. Dans un contexte de mutation rapide des sociĂ©tĂ©s africaines, cette transmission apparaĂźt comme un enjeu patrimonial majeur.
Une mémoire vivante
Plus quâun musicien, Yoro SidibĂ© est une mĂ©moire vivante. Sa trajectoire rappelle que certaines musiques ne se consomment pas : elles sâĂ©coutent, se respectent et se transmettent. En le photographiant Ă Bamako, lors du Festival du Dibi, câest cette continuitĂ© entre brousse et ville, entre passĂ© et prĂ©sent, que MaliBuzz.TV a souhaitĂ© documenter.
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© Boubakar SiDiBĂ | Mali Buzz TV â Tous droits rĂ©servĂ©s
Boub’s SiDiBĂ connu a l’Ă©tat-civile sous l’appellation Boubakar SidibĂ©, est photojournaliste, producteur de contenus et spĂ©cialiste des dynamiques sociopolitiques du Sahel. Il travaille sur les enjeux politiques, culturels et sĂ©curitaires en Afrique de lâOuest.
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