PARTIS POLITIQUES : Comment survivre au pĂšre fondateur ?

Aujourd’hui, l’Union pour dĂ©mocratie et la RĂ©publique (URD) et le Rassemblement pour le Mali (RPM) sont au bord de l’implosion Ă  cause des querelles de leadership suite au dĂ©cĂšs de leurs fondateurs. Et pourtant, il existe des textes clairs censĂ©s mettre ces partis Ă  l’abri de telles querelles. Mais, toutes les tendances les interprĂštent en leur faveur afin de s’approprier le fauteuil vacant du pĂšre fondateur. Une rĂ©alitĂ© qui menace aujourd’hui de nombreuses chapelles politiques maliennes, surtout celles issues directement du mouvement dĂ©mocratique.

On ne le dit pas souvent, mais le Mouvement pour l’indĂ©pendance, la renaissance et l’intĂ©gration africaine (MIRIA créé en 1994) a presque disparu de l’arĂšne politique nationale depuis le dĂ©cĂšs de son pĂšre fondateur, Pr. Mamadou Lamine TraorĂ©, le 21 juillet 2007 Ă  Bamako. Cette Ă©minence grise est l’une des toutes premiĂšres abeilles Ă  quitter la «Ruche» de Bamako-coura parce que ne se retrouvant plus dans sa gestion.

Il a Ă©tĂ© suivi par la suite par feu SoumaĂŻla CissĂ© et feu Ibrahim Boubacar KĂ©ita dit IBK qui ont quittĂ© l’Alliance pour la dĂ©mocratie au Mali-Parti africain pour la solidaritĂ© et la justice (ADEMA-PASJ) presque pour les mĂȘmes raisons que le professeur de philosophie. Le premier a lancĂ© sur les fonts baptismaux en  juin 2003 l’Union pour la RĂ©publique (URD) avec des militants dissidents de l’AdĂ©ma. Il s’agit des cadres et des militants qui ont vĂ©ritablement soutenu la candidature de SoumaĂŻla CissĂ© Ă  la prĂ©sidentielle de 2002. ConsidĂ©rant avoir Ă©tĂ© lĂąchĂ© par une partie non nĂ©gligeable de l’Adema-Pasj, le regrettĂ© «Soumi Champion» a créé sa propre chapelle avec sa troupe de fidĂšles.

La rupture entre la «Ruche» et feu IBK est aussi liĂ©e aux Ă©lections de 2002. ConsidĂ©rĂ© par ses partisans comme le dauphin naturel du prĂ©sident  Alpha Oumar KonarĂ©, donc le candidat idĂ©al pour sa succession, Ibrahim Boubacar KĂ©ita a Ă©té  combattu et poussĂ© vers la sortie par le clan dit «CMDT» (Compagnie malienne le dĂ©veloppement textile) avec les Mme Sy Kadiatou et son Ă©poux (Ousmane Sy), Ali Nouhoum Diallo
 SoumaĂŻla CissĂ©…  Il crĂ©e le Rassemblement pour le Mali (RPM) en juin 2001. Et ils sont nombreux ceux qui pensent qu’il aurait remportĂ© la prĂ©sidentielle de 2022 s’il n’avait pas Ă©tĂ© injustement Ă©cartĂ© du second tour qui a opposĂ© les dĂ©funts ATT Ă  SoumaĂŻla CissĂ©. Cela aurait certainement changĂ© la donne politique dans notre pays car nous sommes convaincus que le IBK de 2002 aurait eu plus de marge de manƓuvre pour bĂątir le pays que celui qui a Ă©tĂ© plĂ©biscitĂ© en 2013 et dont le rĂšgne a Ă©tĂ© chaotique pour le pays.

L’URD et le RPM au bord de l’implosion

Ironie du sort, ce sont les amis et les hĂ©ritiers de SoumaĂŻla CissĂ© (arrachĂ© Ă  l’affection des siens en le 25 dĂ©cembre 2020) et d’Ibrahim Boubacar KĂ©ita (qui a tirĂ© sa rĂ©vĂ©rence le 16 janvier 2022) qui sont aujourd’hui devant la justice Ă  cause des querelles de leadership. Ce qui vient conforter ceux qui pensent que les partis politiques maliens ont du mal Ă  survivre aux personnalitĂ©s qui les ont créés.

Ce qui arrive aujourd’hui Ă  l’Adema (toujours minĂ©e par des querelles de clans), surtout Ă  l’URD et au RPM peut aussi empoisonner demain le CNID de Me Mountaga Tall, l’ADP-Maliba d’Aliou Boubacar Diallo, la SADI de Dr Oumar Mariko, ASMA-CFP de feu Soumeylou BoubĂšye MaĂŻga et, dans une moindre mesure, le Parena de TiĂ©bilĂ© DramĂ©. Il faut rappeler que le Parena et la Sadi sont dĂ©jĂ  issus de dissidences au sein du CongrĂšs national d’initiative dĂ©mocratique-Faso Yiriwa Ton (CNID-FYT).

L’un des facteurs de dĂ©stabilisation de nos partis politiques est sans doute liĂ© au fait que les courants idĂ©ologiques (transformĂ©s en clans dans la rĂ©alitĂ© malienne) n’y sont pas tolĂ©rĂ©s. Cette existence est pourtant essentielle puisque permettant Ă  tous de s’exprimer aisĂ©ment sur la vie du parti, de critiquer les dĂ©cisions et de faire des propositions pour rĂ©orienter le dĂ©bat politique en son sein. Dans le Mali dĂ©mocratique, on cherche par tous les moyens Ă  Ă©touffer ces courants considĂ©rĂ©s comme des rĂ©bellions et ainsi poussĂ© Ă  la dissidence. Et chaque fois qu’un clan Ă©choue Ă  prendre le contrĂŽle d’une formation politique, il quitte pour fonder une nouvelle chapelle autour d’une personnalitĂ© charismatique aux yeux des dissidents.

Ce qui nous amĂšne au second facteur qui fait que nos partis survivent mal ou ont des difficultĂ©s Ă  garder leur vitalitĂ© aprĂšs le pĂšre fondateur : le culte de la personnalité ! Il se traduit gĂ©nĂ©ralement par une admiration excessive, une adulation du leader par les cadres et les militants au dĂ©triment de l’idĂ©ologie qui doit sous-tendre l’existence de chaque parti politique. Ainsi, tout se ramĂšne Ă  la personnalitĂ© du leader. Il devient alors imprudent de critiquer ses dĂ©cisions car Ă©mettre des avis contraires ou revendiquer un dĂ©bat contradictoire peut suffire Ă  faire de vous un ennemi lorgnant sur son siĂšge prĂ©sidentiel.

Malheureusement, ce culte est surtout entretenu par des laudateurs, qui en tirent les dividendes, que par le leader lui-mĂȘme ou par le cercle de ceux qui ont adhĂ©rĂ© au parti par convictions politiques. Et une fois que le leader vĂ©nĂ©rĂ© s’efface, pour une raison ou une autre, le conflit de leadership devient inĂ©vitable entre les profiteurs et les militants convaincus. C’est Ă  cela que nous assistons aujourd’hui au niveau du RPM et de l’URD.

Comment sortir de cette situation ? Nous pensons qu’il faut remettre l’idĂ©ologie au cƓur de l’activitĂ© politique. Que le partage d’une idĂ©ologie soit plus fort que le culte vouĂ© Ă  une personnalitĂ©. En la matiĂšre, difficile d’attribuer une idĂ©ologie prĂ©cise Ă  un parti politique malien. MĂȘme si certains se rĂ©clament de l’International socialiste (ADEMA, RPM) et d’autres des «LibĂ©raux» d’Afrique. Cette appartenance ne se sent pas dans la vie quotidienne de ces formations, dans leur animation


Remettre l’idĂ©ologie au cƓur de l’activitĂ© politique est donc ce que nous privilĂ©gions. Mais, la rĂ©flexion est ouverte et chacun doit y apporter sa contribution parce que la stabilitĂ© des partis politiques peut-ĂȘtre non seulement un signe de vitalitĂ© dĂ©mocratique, mais Ă©galement un faveur de cohĂ©sion voire de stabilitĂ© du pays !

Moussa Bolly


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