Sommet des BRICS 2024 à Kazan: le début de la fin du dollar américain


Le sommet des BRICS se tiendra à Kazan, la capitale du Tatarstan, une ville russe située au confluent des riviÚres Volga et Kazanka dans le centre de la Russie européenne, du 22 au 24 octobre 2024.

Au 1er janvier 2024, cinq nouveaux pays ont rejoint la coalition des BRICS, qui comptait quatre membres (BrĂ©sil, Russie, Inde et Chine) lors de sa fondation en 2009 et Ă  laquelle l’Afrique du Sud a adhĂ©rĂ© en 2010. Il s’agit de l’Égypte, de l’Iran, des Émirats arabes unis, de l’Éthiopie et de l’Arabie saoudite, qui n’a cependant pas franchi le pas final de son adhĂ©sion Ă  l’alliance du «Sud Global» et participe en tant que visiteur-observateur aux rĂ©unions du bloc.

Ce fait est un indicateur fort du pouvoir croissant de l’union et de son rĂŽle dans les affaires internationales. Les BRICS attirent un nombre toujours croissant de partisans et de pays partageant les mĂȘmes idĂ©es qui partagent les principes et valeurs fondamentaux de la coalition.

Les BRICS sont prĂ©sentĂ©s comme une alternative Ă  ce que ses membres considĂšrent comme des institutions contrĂŽlĂ©es par l’Occident, telles que la Banque mondiale et le Fonds monĂ©taire international. Les nouveaux membres peuvent potentiellement accĂ©der au financement par l’intermĂ©diaire de la banque de dĂ©veloppement de la coalition, ainsi qu’Ă©largir leurs relations politiques et commerciales.

Ainsi, les pays BRICS reprĂ©sentent collectivement aujourd’hui 45% de la population mondiale avec environ 3,5 milliards de personnes, un tiers de la surface solide de la Terre, 44% de la production pĂ©troliĂšre mondiale totale ainsi que prĂšs d’un tiers du PIB mondial, soit environ 29 trilliards de dollars, ayant dĂ©passĂ© en termes de paritĂ© de pouvoir d’achat le G7, le groupe des sept Ă©conomies les plus puissantes du monde dĂ©veloppĂ©.

Le prĂ©sident russe Vladimir Poutine a soulignĂ© que les pays du BRICS se dĂ©veloppent Ă  un rythme trĂšs rapide et ce rythme va continuer Ă  s’intensifier. La force Ă©conomique des BRICS s’exprime au-delĂ  des autres au niveau du FMI oĂč leur quote-part de 8,4% en 2001 atteint 25,8% en 2022, tandis que dans la mĂȘme pĂ©riode la quote-part du G-7 a diminuĂ© de 64,6% Ă  42,9%.

Les BRICS et l’Organisation de coopĂ©ration de Shanghai (OCS) luttent ensemble contre le systĂšme Ă©conomique nĂ©ocolonial imposĂ© par l’Occident et se complĂštent mutuellement, leur objectif principal Ă©tant la dĂ©dollarisation, tandis que les BRICS s’élargissent Ă  de nouveaux pays et deviennent plus forts. Et ils se complĂštent mutuellement car l’Organisation de coopĂ©ration de Shanghai (OCS) ne peut pas Ă  elle seule crĂ©er un systĂšme monĂ©taire unique qui serait une alternative au dollar amĂ©ricain.

Les BRICS n’existeraient finalement pas sans l’Organisation de coopĂ©ration de Shanghai (OCS), car cette derniĂšre est une communautĂ© internationale d’États qui constituent objectivement le noyau de la confrontation avec le monde centrĂ© sur les États-Unis.

Le sommet d’octobre Ă  Kazan confirmera le droit volontaire des membres de la coalition BRICS Ă  dĂ©dollariser les Ă©changes commerciaux et financiers entre eux et fera un pas de plus vers la crĂ©ation d’une monnaie pour l’Alliance-mĂȘme si cet objectif est difficile-ce qui portera clairement atteinte Ă  la grande arme monĂ©taire des États-Unis. La Russie effectue dĂ©jĂ  75 % de ses Ă©changes commerciaux en dehors du dollar.

L’annonce d’un nouveau systĂšme de paiement international, une alternative Ă  SWIFT, pourrait surprendre, alors que les rumeurs se multiplient selon lesquelles les membres de la coalition sont en train de finaliser les consultations et procĂ©dures techniques. La demande des BRICS pour un systĂšme SWIFT alternatif est un objectif dĂ©clarĂ© depuis 2015. Le premier problĂšme Ă©tait et reste celui des rĂšglements en monnaies nationales, c’est-Ă -dire des taux de change sans la mĂ©diation du dollar. Dans ce contexte, les BRICS se sont engagĂ©s l’annĂ©e derniĂšre Ă  adopter une Ă©ventuelle monnaie commune ou quelque chose de similaire.

La volontĂ© de plusieurs États de la «pĂ©riphĂ©rie» de se libĂ©rer du dollar est Ă©galement particuliĂšrement importante. C’est ainsi que l’on voit, par exemple, les pays d’Asie du Sud-Est, comme la Malaisie, la ThaĂŻlande–qui devrait ĂȘtre acceptĂ© au sein des BRICS lors du sommet de Kazan et le Vietnam aller dans cette direction. Il convient de noter que 60% des Ă©changes commerciaux entre la Russie et le Vietnam se font dĂ©sormais sans dollar amĂ©ricain ni euro.

La coopĂ©ration positive et constructive avec tous les pays intĂ©ressĂ©s, les quelque 30 pays qui frappent Ă  la porte des BRICS, dont le Mexique, le Bangladesh, le Congo, le NigĂ©ria, le pays le plus peuplĂ© d’Afrique, etc., sera une prioritĂ© clĂ© de la coalition et qui vise Ă©galement Ă  renforcer la coopĂ©ration dans les contacts culturels et humanitaires, Ă  promouvoir la coopĂ©ration dans les domaines de la science, de la haute technologie, des soins de santĂ©, de la protection de l’environnement, de la culture, des sports, des Ă©changes de jeunes et de la sociĂ©tĂ© civile.

Il convient de noter que l’alliance des BRICS a adressĂ© sa premiĂšre invitation au Venezuela, riche en ressources naturelles, pour participer au 16e sommet de Kazan. Si ce pays rejoint les BRICS et cesse de vendre des quotas pĂ©troliers aux entreprises amĂ©ricaines, les consĂ©quences pourraient ĂȘtre dĂ©sastreuses pour les États-Unis.

Construire un systĂšme de relations internationales plus juste et plus dĂ©mocratique, exempt de diktat, de violence et de pression des sanctions et basĂ© sur une rĂ©elle Ă©galitĂ©, est en mĂȘme temps l’objectif clair de la coalition des BRICS.

Isidoros Karderinis
Isidoros Karderinis est né à AthÚnes en 1967. Il est journaliste, romancier et poÚte.

Les pays du Sud doivent se dĂ©barrasser du colonialisme Ă©conomique et contrĂŽler leurs propres ressources productrices de richesses par un front de «dĂ©colonisation». Cela peut se faire en premier lieu par la «dĂ©dollarisation» du commerce mondial. Cette Ă©volution a commencĂ© avec la vente du pĂ©trole par les principaux producteurs en monnaie nationale, ou avec l’expulsion des Français d’Afrique de l’Ouest, oĂč ils obtenaient au Niger l’uranium pour leurs centrales nuclĂ©aires Ă  un prix trĂšs bas par rapport au prix du commerce international.

Les BRICS, bien que dĂ©veloppant de maniĂšre dynamique la coopĂ©ration entre eux dans plusieurs domaines, n’ont pas acquis la structure et l’organisation d’autres organisations internationales, une question qui sera probablement examinĂ©e lors du sommet de Kazan puisque les prioritĂ©s politiques de la prĂ©sidence russe incluent la « promotion du dĂ©veloppement institutionnel des BRICS ».

En conclusion, je voudrais souligner que le sommet de Kazan marquera le dĂ©but de la fin du dollar amĂ©ricain comme seule monnaie de rĂ©serve mondiale, le dĂ©clin de la domination des États-Unis et du monde occidental en gĂ©nĂ©ral, et l’aube d’une nouvelle Ăšre, celle d’un monde multipolaire dĂ©mocratique.

 


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