Cheick Oumar Sissoko : « Le PM veut nous discréditer et nous diviser »

Les membres du comité stratégique du M5-RFP ne sont plus en odeur de sainteté avec le Premier ministre Choguel Kokalla Maïga. Ce dernier est accusé de vouloir les discréditer aux yeux de l’opinion. C’est du moins l’avis de Cheick Oumar Sissoko, président du mouvement EMK. Dans une interview accordée à Azalaï Express, il ne cache pas le désamour entre eux et Choguel Maïga. Lisez plutôt !

Azalaï Express : l’actuel Premier ministre a récemment affirmé que les mouvements de lutte avaient envoyé des enfants dans la rue contre le régime de Moussa Traoré en 1991. Qu’en pensez-vous ?

En 1991, nous n’avons pas envoyé les enfants. L’Aeem est sortie le 22 mars contre le régime dictatorial de Moussa Traoré. Et la veille, elle était venue nous voir au Centre islamique, où j’animais une conférence, pour nous dire : demain nous sortons parce qu’aujourd’hui le gouvernement est dans la duplicité. Chose que le PM contredit, parce qu’il dit que les mouvements de lutte ont demandé aux jeunes de ne pas signer le protocole d’accord. C’est un mensonge encore une fois.

Il s’en prend encore une fois au mouvement démocratique dont moi, Mountaga Tall, Konimba Sidibé, Mme Sy Kadiatou Sow, qui sommes des membres du Comité stratégique du M5-RFP. Mais enfin !

L’Aeem est venue nous expliquer la situation. La sortie, c’était pour étaler la duplicité du gouvernement. On a décidé de les accompagner, mais ils n’ont pas voulu parce qu’ils ont donné comme argument que le régime dira que nous sommes avec eux, alors que ce n’était pas le cas. Alors, l’Aeem nous a remis une lettre d’invitation pour qu’on se retrouve le samedi 23 à la Bourse du travail. Elle voulait nous expliquer le contenu qu’elle donnait à cette duplicité. C’est clair. Donc, ils (les élèves et étudiants, Ndlr) n’étaient pas sortis pour autre chose. Cette lettre, je l’ai exhibée parce que moi j’étais volontaire pour témoigner contre Moussa Traoré. Est-ce que c’est le moment et pourquoi le PM fait cela contre les membres du Comité stratégique ? C’est non seulement pour nous discréditer aux yeux de l’opinion nationale, mais en même temps pour nous diviser. Et ce n’est pas la seule fois. Il a défendu Moussa Traoré à mainte reprise en disant que ces trois dernières décennies, c’est le mouvement démocratique qui a cassé l’économie du pays. Il oublie que lui il était ministre.

 

Depuis le 9 janvier,  le Mali est sous sanctions de la Cedeao et de l’Uemoa. Sanctions considérées par plusieurs observateurs comme illégales, illégitimes et injustifiées. Quel est votre avis sur la question ?

Mais, l’illégalité de ces sanctions est une réalité quand on regarde même le Protocole de gestion de la bonne gouvernance de la Démocratie dans la sous-région, le texte même de la Cedeao. Nulle part il n’est question de ces sanctions. Au regard de ce protocole, on en vient à voir que la Cedeao des chefs d’Etat a fermé les yeux sur la mauvaise gouvernance au Mali, en Guinée, en Côte d’Ivoire sur le non-respect des règles démocratiques inscrites dans nos constitutions. Le cas du Mali où il n’y avait  pas, comme le dit la Constitution, le respect des institutions, la justice. L’Assemblée nationale, la présidence de la République, le gouvernement ; tout cela était entre les mains d’une seule personne. La Cedeao a constaté en 2018 que les élections n’avaient pas été régulières. Elle avait elle-même demandé aux partis politiques de sursoir à leurs exigences. Elle estimait de ne plus faire d’élections sans qu’on revoit les procédures d’élections transparentes, avec les textes y afférents. On a semblé oublier tout cela pour nous dire qu’il y a une ligne rouge. Ça c’est encore plus grave que ces sanctions d’ailleurs. Parce que la ligne rouge, c’était  qu’on ne puisse pas demander à un président démocratiquement élu de démissionner. Qu’il fallait le laisser aller jusqu’à terme de son mandat. Ce qui voulait dire qu’on nous demande d’accepter que la Cedeao refuse de voir qu’un président tue, viole la constitution, dilapide avec oligarchie le denier public, refuse de sauvegarder la patrie.  Donc, un président peut être  dans de telle situation et on ne doit pas le toucher. C’est grave ! Le protocole permettait de prendre des sanctions contre le Mali, son gouvernement, son président, mais cela n’a pas été fait.

La Cedeao que nous voulons aujourd’hui doit pouvoir travailler à défendre tous les pays. Et à ne pas permettre le développement de telle situation. Nous sommes en guerre, il y a la Covid-19. La guerre amène la misère, les massacres, vous ne faites rien par rapport à cela.

Dans une rencontre avec la Cedeao, je leur ai dit : aujourd’hui, c’est le Mali, le Niger et le Burkina Faso, demain les pays côtiers vont être attaqués. Parce que prendre en charge les pays sahéliens parce qu’ils ont des ressources immenses, ils auront besoin des relations internationales des pays côtiers.

En 2012, Alassane Ouattara avait pris des sanctions contre le Mali avant même la réunion de la Cedeao. Il avait bloqué nos camions au port 5 jours avant la réunion. Tout cela pour vous dire qu’il faut se préparer à toutes les éventualités ; il faut se parer pour une guerre prolongée. C’est pourquoi nous avons demandé dans notre document la diversification des partenaires. A l’inverse, ceux qui sont venus depuis 2013 ont montré leur manque de soucis pour le Mali.

Moi, je n’étais pas d’accord qu’on ferme nos frontières avec les pays membres de la Cedeao parce que le Mali appartient à tous les Africains. Je pense que dans toutes les constitutions nous avons fait noter que le Mali est prêt à renoncer à sa souveraineté pour réaliser l’Unité  africaine. Donc, c’était une leçon de morale.

 

C’est la durée de la transition, le chronogramme qui constitue le principal blocage. Que proposez-vous ?

Le dialogue doit continuer. Avec ce dialogue je pense que c’est l’affirmation de notre souveraineté qui est évidente aujourd’hui. La solidarité des Maliens. C’est pourquoi il faut arrêter de diviser les Maliens pour que nous nous regroupions tous autour des autorités de la transition. Même si les autorités de la transition ne s’expriment réellement pas sur leur programme politique.

Donc, cinq (5) ans,  c’est excessif. Mais elles auraient dû donner un programme cohérent qui aurait fait l’objet d’une discussion avec la Cedeao. Cela veut dire que même si les autorités avaient proposé un chronogramme de 2 ans, la Cedeao allait prendre des sanctions. Elle était prête à ça. Parce que le Mali n’est pas allé imposer mais plutôt proposé.

Toutefois, je propose aux autorités maliennes de ne pas sortir de la Cedeao pour l’esprit panafricain. Mais de préparer les voies de recours pour sortir de l’Uemoa et de bâtir notre propre monnaie.

L’Etat malien a demandé le retrait des éléments des forces spéciales danoises de la mission européenne Takuba. Dès lors le ton s’est durci entre les autorités maliennes et celles françaises. Votre appréciation de la situation ?

La diplomatie malienne est en train de prendre du poil de la bête. Elle est en train de s’affirmer dans le sens de la défense de notre souveraineté et de l’intérêt du Mali. L’affaire du contingent danois, du vol de l’aéronef français et la demande de révision de l’accord de coopération de défense avec la France, le choix d’autres partenaires sont des illustrations. Le dernier (choix d’autres partenaires) a permis d’avoir du matériel militaire que nous payons bien sûr. D’avoir des renseignements aériens sans lesquels il n’est pas possible de faire face aux attaques. C’est ce qui manquait franchement au Mali.

 

Interview réalisée par Abdrahamane Baba Kouyaté

(Visited 9 times, 1 visits today)

About The Author

Vous pourriez être intéressé par

Laisser un commentaire