Lien diplomatique entre le Mali et Sénégal, de la fédération à aujourd’hui

À la conférence de Bamako des 29 et 30 décembre 1958 initiée par Gabriel d’Arboussier, les représentants du Sénégal, de la République soudanaise (actuel Mali), de la Haute-Volta (actuel Burkina Faso) et du Dahomey (actuel Bénin) écriront l’acte de naissance de la fédération du Mali, suivi le 14 janvier 1959 au palais du Grand Conseil de l’AOF, par la tenue de l’Assemblée constituante de la nouvelle fédération. Cette assemblée est ouverte par le discours du sénateur-maire de Dakar, Lamine Gueye : « Notre réunion, dans cette salle des délibérations du Grand Conseil, est un acte de foi dans le destin d’une Afrique forte de l’union de tous ses membres sans discrimination d’aucune sorte. ». Mahamane Alassane Haïdara a pris ensuite la parole au nom de la République soudanaise, suivi de Maurice Yaméogo, président de l’Assemblée constituante de Haute-Volta, et du Sénégalais Léopold Sédar Senghor, qui évoque un Commonwealth(nation) à la française. Le président de l’Assemblée constituante fédérale est le Soudanais Modibo Keita, ses vice-présidents Maurice Yaméogo et Louis Guillabert.

Présentée par Doudou Thiam, la constitution de la Fédération a été appréciée à l’unanimité par les 44 délégués des 4 États le 17 janvier 1959, puis a été adoptée par les Soudanais et les Sénégalais les 21 et 22 janvier, alors que la Haute-Volta et le Dahomey se retirent, dissuadés par la France et par la Côte d’Ivoire qui ont créé avec eux le Conseil de l’Entente.

Le 4 avril, Senghor préside l’Assemblée fédérale du Mali qui modifie la constitution fédérale et désigne le président, le Soudanais Modibo Keïta, et le vice-président, le Sénégalais Mamadou Dia, du gouvernement fédéral, formé le 15 avril, avec 4 ministres de chacun des deux pays membres.

Le 15 mai 1959, de Gaulle reçoit Keïta à l’Élysée et a reconnu la fédération du Mali au sein de la Communauté. Puis, le président français a répondu favorablement le 13 décembre devant l’Assemblée fédérale qui avait son siégé à Dakar, à la requête de transfert des pouvoirs de la communauté à la Fédération formulée le 29 septembre. Les négociations ont été ouvertes à l’hôtel Matignon le 18 janvier 1960 qui ont abouti à la signature le 4 avril des accords sur l’indépendance de la Fédération, proclamée officiellement le 20 juin 1960 à minuit à l’Assemblée fédérale, par son président Léopold Sédar Senghor.

Durant l’été, les dissensions entre Sénégalais et Soudanais se font jour sur leurs conceptions politiques et les nominations. Puis, le 18 août 1960, sur ordre de Keïta qui n’en n’informe pas Félix, le colonel Soumaré, chef des forces armées, a mobilisé les unités de l’armée malienne stationnées à Podor et Bignona pour sécuriser le prochain scrutin présidentiel, les Soudanais craignant une sécession des Sénégalais, qui eux, redoutent un coup de force soudanais. Le conseil des ministres extraordinaire du lendemain, en présence d’un seul ministre sénégalais, décharge Dia de ses fonctions et décrète l’état d’urgence.

En réponse, Senghor et Dia, soutenus par la gendarmerie dirigée par les Sénégalais, ont arrêter le colonel Soumaré le 20 août par le commandant de la Garde républicaine sénégalaise. Le soir même, les députés sénégalais ont voté l’indépendance du Sénégal et l’état d’urgence, faisant reconduire le lendemain à la frontière, Modibo Keïta et les représentants soudanais présents à Dakar.

Le 22 septembre 1960, Modibo Keïta proclame l’indépendance de la République soudanaise qui devient la république du Mali.

Cet éclatement de la fédération a-t-il été la fin d’une belle amitié entre le Mali et Sénégal ?

En effet, la réponse à cette question est non. C’est la fédération qui a été dissoute mais le lien d’amitié entre le Mali et le Sénégal a continué  d’exister et ne fait qu’approfondir après l’éclatement de la fédération jusqu’à nos jours.

Le ministre des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur du Sénégal, Aïssata Tall Sall et son homologue des Affaires étrangères et de la Coopération internationale du Mali, Zeïni Moulaye ont signé 11 accords de coopération lors de la 13e session de la Grande Commission Mixte de Coopération entre le Sénégal et le Mali, tenue à Dakar du 4 au 5 Mars. Dix (10) ans après la dernière session de la Grande Commission Mixte de Coopération Sénégalo-malienne, les représentants des deux pays se sont réunis, pour discuter de l’avenir commun du Sénégal et du Mali, unis par l’histoire et la géographie mais aussi par une devise commune : «Un Peuple, Un But, Une Foi».

Ces accords de coopération sont principalement dans les domaines de la sécurité, du transport et de la santé avec notamment un accord entre le CHU (Centre Hospitalier Universitaire) Gabriel Touré de Bamako et le CHU de Fann, plus précisément l’hôpital pour enfants Albert Royer.

DAKAR, 5 mars 2021, le Sénégal continuera d’accompagner le Mali dans le cadre de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et du Groupe de soutien à la transition de ce pays frontalier, la ministre sénégalaise des Affaires étrangères, Aïssata Tall Sall.

« Le Sénégal, qui a toujours marqué son engagement à côté du Mali, notamment à travers la présence de ses soldats au sein de la MINUSMA (Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali), continuera d’accompagner ce pays frère, y compris dans le cadre de la CEDEAO et du Groupe de soutien à la transition au Mali », a-t-elle assuré.

S’exprimant lors de la signature de onze accords de coopération avec le Mali, Mme Sall s’est déclarée « convaincue que les peuples sénégalais et malien en tireront le plus grand bénéfice ».

« Nous croyons fortement que les Etats africains n’ont d’avenir prospère que dans l’intégration », a ajouté la ministre. « C’est pour cela que le Sénégal s’est résolument engagé à consolider ses relations historiques d’amitié et de coopération avec le Mali, tant au niveau bilatéral, sous régional et régional qu’au plan international », a-t-elle ajouté.

Son homologue malien Zeyni Moulaye a souligné de son côté les excellentes relations d’amitié et de coopération qu’entretiennent les deux pays. La 13e session de la grande Commission mixte de coopération sénégalo-malienne, à laquelle lui-même et Mme Sall ont participé, offre aux deux pays l’occasion de renforcer davantage les relations entre leurs peuples, a-t-il conclu.

Ainsi, grâce aux nouveaux accords qu’ont signés, les deux pays réaliseront ensemble des projets concrets dont les retombées auront un impact positif sur la vie de ses concitoyens.

 

ASSITAN DIAKITE

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