Aboubacar Sidiki Fomba et la Langue Soninké : Polémiques, Ignorance et Réveil des Consciences Africaines

Bamako – Octobre 2024. Aboubacar Sidiki Fomba, membre influent du Conseil National de la Transition (CNT), est de nouveau au centre d’une vive polémique après ses déclarations controversées sur la Journée Internationale de la Langue Soninké. Ses propos, tenus dans une vidéo récente, critiquaient l’organisation de cette journée et mettaient en doute les motivations derrière la valorisation de la langue soninké. Ces critiques ont rapidement suscité une vague d’indignation au sein de la communauté soninké, une langue transfrontalière parlée dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest.

Cette polémique intervient dans un contexte où la langue soninké est en pleine reconnaissance internationale. En effet, l’UNESCO a récemment proclamé le 25 septembre comme la Journée Internationale de la Langue Soninké, marquant une avancée historique pour la valorisation de cette langue, après l’approbation lors de la 217e session du Conseil exécutif en 2023. La première édition de cette journée, placée sous le patronage de Son Excellence Adama Barrow, Président de la République de Gambie, a été célébrée au siège de l’UNESCO à Paris. Le thème retenu pour cette édition, « Le Soninké à l’ère du numérique », souligne l’importance de la langue dans le monde globalisé et numérique actuel.

Les propos de Fomba, critiquant ces initiatives, sont perçus par de nombreux membres de la communauté soninké comme une attaque directe contre leur patrimoine culturel. Cette communauté, qui se réjouit de la reconnaissance internationale de sa langue, a vu dans les déclarations de Fomba un manque de respect et une incompréhension des efforts déployés pour préserver et promouvoir le soninké. Le Collectif UFAM, par la voix de sa présidente Binta Jean Bittard, a ainsi demandé la destitution de Fomba de ses fonctions au sein du CNT, accusant ses propos de « mettre en péril l’harmonie nationale ».

Une pétition pour la destitution de Fomba

Suite à ces déclarations, une pétition a été lancée sur Change.org demandant la destitution de Fomba de son poste au sein du CNT. Les signataires accusent Fomba de promouvoir des discours diffamatoires et offensants à l’égard de la communauté soninké, et jugent que de tels propos sont incompatibles avec les valeurs d’unité, de paix et de cohésion sociale que le CNT devrait incarner.

La pétition met en avant l’importance de préserver la diversité ethnique et culturelle du Mali, tout en soulignant que les propos de Fomba vont à l’encontre des principes fondamentaux du vivre-ensemble. « Le peuple malien aspire à l’unité et à la paix, et des figures comme M. Fomba ne devraient pas inciter à des divisions », précise un extrait de la pétition.

Un passé de controverses : retour sur la polémique avec les enseignants-chercheurs

Cette nouvelle polémique n’est pas la première pour Aboubacar Sidiki Fomba. Le 16 juin 2024, Fomba avait déjà suscité une vive controverse avec le Collectif des Enseignants-Chercheurs de la Faculté de Médecine et de Pharmacie de l’Université des Sciences, des Techniques et des Technologies de Bamako (USTTB). Dans une vidéo, Fomba avait critiqué les enseignants de cette institution, insinuant qu’ils ne servaient pas pleinement les intérêts du pays.

Ces déclarations avaient été vivement dénoncées par le Collectif, qui, dans une lettre adressée au président du CNT, avait qualifié les propos de Fomba de « diffamatoires » et de « dégradants » pour leur profession et pour l’ensemble du système de santé au Mali. Cette situation avait conduit à des tensions considérables entre Fomba et les enseignants-chercheurs, ces derniers estimant que leurs efforts en matière de promotion du CAMES (Conseil Africain et Malgache pour l’Enseignement Supérieur) étaient injustement critiqués.

Une nouvelle polémique : usurpation de titre avec l’Ordre des Médecins du Mali

Plus récemment, une autre controverse est venue s’ajouter aux multiples polémiques entourant Aboubacar Sidiki Fomba. Le 26 avril 2024, le Conseil National de l’Ordre des Médecins du Mali a mis en demeure Fomba pour usurpation de titre. En effet, Fomba se serait présenté à plusieurs reprises comme « docteur en santé » lors de ses apparitions médiatiques, alors que son statut actuel ne le lui permet pas, selon l’Ordre des Médecins.

Cette mise en demeure, signée par le président du Conseil, le professeur Alkadri Diarra, stipule que Fomba doit cesser de s’attribuer ce titre sous peine de poursuites judiciaires. Fomba a, de son côté, répondu en contestant la validité de la lettre et en accusant l’Ordre des Médecins de « manœuvres » visant à discréditer son engagement pour réformer le système de santé malien. Il a affirmé que cette action faisait partie d’un « acharnement » contre sa personne.

Un comportement récurrent : des déclarations mal maîtrisées sur des sujets complexes

Aboubacar Sidiki Fomba, à l’image de nombreux supposés leaders d’opinion, est souvent critiqué pour se prononcer sur des sujets dont il ne maîtrise pas pleinement les contours. Un exemple révélateur est son commentaire sur le livre de Robert Bourgi, « Ils savent que je sais tout », où il a produit un écrit prouvant qu’il s’était exprimé sur le contenu du livre sans l’avoir lu lui-même. En effet, Fomba, comme beaucoup d’autres, a simplement suivi le sens du buzz des plateformes digitales sans jamais avoir pris le temps de lire le livre avant de formuler ses analyses.

Ce comportement reflète une tendance plus large où les débats publics, notamment sur les réseaux sociaux, sont souvent dominés par des opinions mal informées. Dans le cas du livre de Bourgi, les puissances néocoloniales, notamment la Françafrique, ont réussi à détourner l’attention de l’opinion publique des vrais objectifs de l’ouvrage, qui visaient à éveiller la jeunesse africaine sur les véritables problèmes du continent. Ainsi, les médias aux ordres ont réussi à orienter l’attention du public africain sur des sujets superficiels, ignorant le message central du livre.

Conclusion : La nécessité d’un dialogue apaisé et d’une responsabilité renforcée

L’affaire Aboubacar Sidiki Fomba met en lumière les défis auxquels le Mali est confronté en matière de cohésion sociale et de gestion de la diversité culturelle. Les tensions récurrentes déclenchées par les propos de Fomba, que ce soit avec les enseignants-chercheurs de l’USTTB, la communauté soninké, ou l’Ordre des Médecins du Mali, révèlent un besoin urgent de réguler les discours publics et de renforcer la responsabilité des acteurs institutionnels.

Pour éviter que ces polémiques ne dégénèrent en crises sociales plus larges, il est essentiel d’encourager le dialogue entre les parties concernées et de promouvoir des discours qui renforcent plutôt qu’affaiblissent l’unité nationale. Le CNT, en tant qu’institution clé de la transition, doit veiller à ce que ses membres respectent cet impératif de cohésion, sous peine de voir la confiance des citoyens se dégrader davantage.


Boubakar SIDIBÉ, PhotoJournaliste


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