INTERVENTION INSOLENCE ET ARROGANTE DâEMANUEL MACRON AU SOMMET DE VERSAILLES VIS Ă VIS DES NOIRS DâAFRIQUE : Lâex ministre malien Seydou TraorĂ©, le recadre
« DĂ©cidĂ©ment, les savants et philosophes français ont transmis Ă la classe politique contemporaine française, l’insulte, la condescendance et l’infantilisation du noir comme mode d’interaction avec l’Afrique. Et cela, depuis De Gaule, exceptĂ© peut-ĂȘtre Jacques Chirac.
Le 10 mars 2022, voilĂ qu’un nain politique et nullissime gĂ©ostratĂ©gie, nommĂ© Macron, modelĂ© par les nĂ©o conservateurs amĂ©ricains, pĂ©tri de la philosophie du grand pĂšre Rotschild, puisquâayant fait ses armes dans une de leurs banques, vient une fois de plus insulter l’Afrique. En effet, ce monsieur, en campagne pour sa réélection (que je ne souhaite pas), a tenu devant les dirigeants de l’Union europĂ©enne rĂ©unis Ă Versailles (Yvelines), un discours paternaliste sur l’Afrique et de refus de reconnaĂźtre la responsabilitĂ© de celle-ci dans ses choix stratĂ©giques.
Macron Ă©voque les impacts possibles de la guerre de l’Ukraine sur l’Europe et sur l’Afrique et prĂ©voit des pĂ©nuries alimentaires et Ă©nergĂ©tiques pour les deux continents. De quoi se mĂȘle- t-il pour notre continent ? Pire, il prĂ©voit pour l’Europe des mesures fortes pour l’indĂ©pendance Ă©nergĂ©tique et la souverainetĂ© alimentaire, et pour l’Afrique, une sĂ©rie de mesures d’aides de lâEurope aux africains qui risquent de mourir de faim sans l’Europe. Pour lui, lâAfrique n’a pas besoin dâindĂ©pendance Ă©nergĂ©tique, ni de souverainetĂ© alimentaire. Le continent doit rester Ă la botte de l’Europe, servile, quĂ©mandeur d’aides en tout genre !
Quelle arrogance ! Quel mĂ©pris ! Et tout ça dans l’indiffĂ©rence de l’UA et des Organisations sous rĂ©gionales africaines, qui ne pipent mot ! La posture de Macron se comprend Ă travers les trois aspects ci-dessous qui façonnent les rapports de la France Ă l’Afrique.
Premier aspect. La France est une puissance coloniale, historiquement raciste et dĂ©shumanisante. Ce passĂ© colonial a structurĂ© la conscience collective des institutions de la France et de sa gouvernance fortement imprĂ©gnĂ©e par les pensĂ©es et les philosophies de ses grands hommes historiques, de littĂ©rature, des sciences et de la culture. Or, ils ne sont pas nombreux, ceux parmi eux qui n’ont pas thĂ©orisĂ© sur le statut d’animal ou de meuble du noir et de l’avoir enseignĂ© dans les universitĂ©s ou dĂ©fendu lors de colloques et sĂ©minaires scientifiques. Les adeptes les plus connus de cette thĂ©orie infamante sont entre autres :
Voltaire (1694-1778) : « Les blancs sont supérieurs à ces nÚgres, comme les nÚgres le sont aux singes, et comme les singes le sont aux hußtres ».
Jules Ferry (1832 â 1896) : « Je vous dĂ©fie de soutenir jusquâau bout votre thĂšse qui repose sur lâĂ©galitĂ©, la libertĂ©, lâindĂ©pendance des races infĂ©rieures. Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! Il faut dire ouvertement que les races supĂ©rieures ont un droit vis-Ă -vis des races infĂ©rieures ».
Victor Hugo (1802 â 1885) : « Que serait lâAfrique sans les blancs ? Rien ; un bloc de sable ; la nuit ; la paralysie ; des paysages lunaires. LâAfrique nâexiste que parce que lâhomme blanc lâa touchĂ©e ».
Montesquieu (1689 â 1775) : « On ne peut se mettre Ă lâidĂ©e que Dieu qui est un ĂȘtre sage, ait mis une Ăąme, surtout une Ăąme bonne, dans tout corps noir. (âŠ) Il est impossible que nous supposions que ces gens-lĂ soient des hommes. On commencerait Ă croire que nous ne sommes pas nous-mĂȘmes chrĂ©tiens ».
Des auteurs que nous avons Ă©tudiĂ©s Ă lâĂ©cole au Mali et en Afrique, et citĂ©s dans nos parcours professionnels sans jamais faire le parallĂšle avec leur vision dĂ©gradante de la race noire. Sans jamais nous poser la question, pourquoi le policier et le militaire français, le politique français, les locataires de lâElysĂ©e, du Quai dâOrsay, de lâHĂŽtel de Brienne nâont aucun respect pour le noir, viscĂ©ralement, sans quâils en soient toujours conscients ! Leur subconscient est façonnĂ© par ces thĂ©ories et les pratique de lâesclavage et de la colonisation.
Les preuves contemporaines de cette influence sur la conscience collective de la diplomatie française en Afrique sont légion:
- Le courroux du Général De Gaule quand les pays africains ont revendiqué ou quémandé leur indépendance selon les cas, le systÚme de la France-Afrique érigé en mode de gestion du pré carré français,
- l’insultante dĂ©claration de Nicolas Sarkozy Ă Dakar le 26 juillet 2007, 150 ans aprĂšs Victor Hugo, affirmant que l’Afrique n’a pas d’histoire. (Discours sur la colonisation de Victor Hugo en 1879, « Quelle terre que cette Afrique ! LâAsie a son histoire, lâAmĂ©rique Ă son histoire, lâAustralie elle-mĂȘme Ă son histoire ; lâAfrique nâa pas dâhistoire. Une sorte de lĂ©gende vaste et obscure lâenveloppe ». (…)
« Allez, Peuples ! Emparez-vous de cette terre. Prenez-la. Ă qui ? Ă personne. Prenez cette terre Ă Dieu. Dieu donne la terre aux hommes, Dieu offre lâAfrique Ă lâEurope. Prenez-la). Ce discours nâa jamais Ă©tĂ© enseignĂ© en Afrique et pour cause !
- Les preuves les plus récentes de cette conscience collective colonialiste des institutions françaises est la posture arrogante et faite de mépris de Macron:
- face au racisme contre les noirs en France, alors qu’Ă travers le monde, la condamnation du racisme est unanime au sommet de l’Ătat et des symboles de cette page noire de l’humanitĂ© sont dĂ©truits ou remisĂ©s dans des musĂ©es comme en Allemagne. Macron reste droit dans ses bottes, parce que la « vie des noirs ne compte pas »! Il vient de renforcer cette posture par le renvoi du gouvernement d’un ministre de l’intĂ©rieur Christophe Castaner sensible Ă la cause des minoritĂ©s et son remplacement par GĂ©rald Darmanin, un sarkoziste bon teint, bon genre.Il nâaime pas les minoritĂ©s et est sur la sellette pour un viol prĂ©sumĂ©. Le premier ministre Jean Castex, lui-mĂȘme sarkoziste, dans sa dĂ©claration de Politique GĂ©nĂ©rale Ă l’assemblĂ©e nationale française, a dĂ©veloppĂ© une rhĂ©torique digne d’un discours de campagne de Nicolas Sarkozy, cherchant Ă dĂ©baucher des Ă©lecteurs de l’extrĂȘme droite. Pour les institutions françaises au subconscient colonial, la vie des noirs ne compte pas !
- Les différentes postures de Le DRIAN et de Florence Parly face au choix souverain du Mali de diversifier son partenariat dans le cadre de la défense de son territoire,
- Lâinsultante adresse de Macron Ă l’endroit de la transition du Mali et de ses autoritĂ©s, notamment, le Premier Ministre et le PrĂ©sident.
DeuxiĂšme aspect. La France, le pays oĂč le noir esclave Ă©tait un objet selon le code noir, a versĂ© des compensations aux propriĂ©taires dâesclaves au XIXe siĂšcle Ă l’abolition de l’esclavage.
Ă lâabolition de lâesclavage de 1848, ce sont 10 000 propriĂ©taires dâesclaves qui ont reçu Ă partir de 1849 des indemnitĂ©s de 126 millions de francs or (1,3 %du revenu national, soit lâĂ©quivalent de 27 milliards dâeuros dâaujourdâhui). ( Coumba Kane et Julien Bouissou, PubliĂ© le 07 mai 2021 en ligne dans le cadre du projet « Repairs », une base de donnĂ©es dĂ©taillant les indemnitĂ©s versĂ©es par lâEtat français aux propriĂ©taires dâesclaves). (Coumba Kane et Julien Bouissou, projet « Repairs », une base de donnĂ©es dĂ©taillant les indemnitĂ©s versĂ©es par lâEtat français aux propriĂ©taires dâesclaves).
OĂč sont le respect et la dĂ©cence ?
Historiquement, la France est mal placée pour parler de décence au Mali.
TroisiĂšme aspect. La France est un pays qui forme son Ă©lite pour perpĂ©tuer l’empire colonial et faire vivre le nĂ©o colonialisme.
En effet l’enseignement supĂ©rieur français se caractĂ©rise par l’existence de structures d’enseignement supĂ©rieur en dehors des universitĂ©s ; dites grandes Ă©coles qui sont gĂ©nĂ©ralement estimĂ©es ĂȘtre la formation « naturelle » des Ă©lites politiques, administratives et Ă©conomiques en France. Ces grandes Ă©coles sont peu enclines Ă la formation sur l’Ă©thique, la dĂ©ontologie, et aux fondements du droit. Ces disciplines sont absentes dans les enseignements des classes prĂ©paratoires scientifiques. Elles constituent un outil de reproduction sociale (Wikipedia). Selon les journalistes Thomas LebĂšgue et Emmanuelle Walter, auteurs de Grandes Ă©coles, la fin d’une exception française, elles crĂ©ent une micro-Ă©lite, « qui se serre les coudes Ă la tĂȘte des grandes entreprises et ne sâouvre pas aux talents extĂ©rieurs ni ne se remet en cause ». (Wikipedia)
Une Ă©tude sur la dĂ©mocratisation des grandes Ă©coles publiĂ©e le 19 janvier 2021, dĂ©montre que la part des Ă©tudiants les plus dĂ©favorisĂ©s socialement nâa jamais dĂ©passĂ©e 10 % des Ă©lĂšves alors quâelle reprĂ©sente 36 % de cette classe dâĂąge et 20 % des Ă©tudiants de niveau bac + 3 Ă bac + 5 Ă lâuniversitĂ©. Ă lâinverse, les Ă©tudiants issus de catĂ©gories socio-professionnelles trĂšs favorisĂ©es reprĂ©sentent 64 % des effectifs, avec des inĂ©galitĂ©s gĂ©ographiques favorables aux jeunes franciliens. Alors, jeunes du Mali, ne soyez pas surpris de l’insolence et de l’inculture des Sarkozy, Macron et autres Le Drian et Florence Parly. Il faut rappeler tout juste que ces grandes écoles ont Ă©tĂ© créées par l’Ătat au milieu du xviiie siĂšcle , dans le but de fournir les cadres techniques et militaires des grands corps de l’Ătat : les Forces armĂ©es françaises, le corps des Mines, des TĂ©lĂ©communications, des Eaux et des forĂȘts, de l’Administration centrale, des Ponts et chaussĂ©es, de l’Agriculture, des Ports et arsenaux, de la Science vĂ©tĂ©rinaire, de l’Enseignement, etc. Jeunes du Mali, voilĂ en majoritĂ© l’interface entre le Mali et la France. Des cadres formĂ©s par l’empire colonial, pour l’empire colonial.
VoilĂ la trame historique des relations entre la France et l’Afrique et qu’elle veut vendre Ă l’Europe. Ă l’Afrique de se libĂ©rer. Le ton est donnĂ© au Mali par la transition, si elle Ă©choue Ă redresser le Mali, c’est toute l’Afrique qui sera enterrĂ©e ».
Â
Seydou Traoré,
ancien ministre Malien
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