EN VISITE OFFICIELLE EN ALGERIE : Macron mise sur le nouveau partenariat avec l’Algérie pour mettre la pression sur le Mali en l’isolant davantage

Le président français, Emmanuel Macron, vient d’effectuer une visite officielle de trois jours (25-27 août 2022) en Algérie après plusieurs mois de brouille diplomatique entre les deux pays. Officiellement, il s’agissait de tourner la page de cette crise diplomatique et de refonder leurs relations bilatérales. Mais, il est clair que la volonté de réconciliation de la France vise surtout à éviter d’être court-circuitée par la Russie au Sahel. Et l’Algérie est incontournable dans la géopolitique de la région où le Mali joue au rebelle au point de perturber le sommeil du locataire de l’Elysée.

«Le président Macron a le plus grand respect pour la nation algérienne, pour son histoire et pour la souveraineté de l’Algérie», a annoncé l’Elysée à la veille de  l’arrivée d’Emmanuel Macron en Algérie pour un voyage officiel de 3 jours, du 25 au 27 août 2022. Et, avait précisé le communiqué, il souhaite que la relation bilatérale se développe «au bénéfice des populations algérienne et française mais également pour répondre aux grands défis régionaux, à commencer par la Libye».

Visite de la grande mosquée d’Alger, augmentation des bourses pour les étudiants algériens, création d’une commission mixte d’historiens «pour regarder ensemble cette période historique», nouveau partenariat…  Sur place, Macron a multiplié les annonces et les initiatives pour sublimer l’Algérie. Il y a déployé un véritable arsenal de séduction pour revenir dans les grâces d’Alger.

Comme par exemple ce «partenariat renouvelé, concret et ambitieux» tourné vers la jeunesse. C’est ainsi que le président français a annoncé sur place l’acceptation de 8 000 étudiants algériens de plus cette année en France. Ceux-ci rejoindront un contingent annuel de 30 000 jeunes. Et pourtant, l’année dernière seulement, elle avait pris la décision de diviser par deux le nombre de visas octroyés en Algérie à qui elle reprochait de ne pas être assez prompte à réadmettre ses ressortissants expulsés de son territoire. Cette décision de s’ouvrir à plus d’étudiants algériens est une aubaine pour le pouvoir algérien pour qui sait que ce pays, comme d’ailleurs le reste du continent, a du mal à faire face aux défis liés au rajeunissement de sa population.

Comme le dit souvent un adage de chez nous, il faut souvent couper la queue du margouillat pour qu’il puisse retrouver l’entrée de  son trou. C’est comme si l’Elysée prenait subitement conscience du poids de l’Algérie dans la géopolitique régionale. «L’Algérie est un acteur majeur dans la région…», a d’ailleurs reconnu le communiqué de l’Elysée en invitant le président algérien, Abdelmadjid Tebboune, à une conférence visant à aider la Libye à redevenir un pays stable.

Notre puissant voisin est incontournable dans la bande sahélo-saharienne. Pas seulement à cause du gaz algérien qui suscite toutes les convoitises en Europe (trop dépendante du gaz russe) suite à la guerre en Ukraine. Mais, parce que Paris comprend aujourd’hui qu’Alger est son meilleur allié pour non seulement mettre la pression sur «la junte malienne» en isolant davantage notre pays sur la scène internationale, mais aussi pour freiner la montée en puissance de la Russie dans ses traditionnelles zones d’influence en Afrique subsaharienne, au Mali notamment.

Comme lors de sa récente tournée africaine (du 25 au 28 juillet 2022 au Cameroun, au Bénin et en Guinée-Bissau), il a encore accusé la Russie, la Chine et la Turquie de créer un sentiment anti-français en Afrique et d’avoir un agenda néo-colonial et impérialiste. Et cela parce que, malgré leur engagement en Ukraine, les Russes sont déterminés à aider le Sahel à se débarrasser du terrorisme avec le soutien des Algériens.

 

L’Algérie convoitée comme meilleur allié en Afrique du Nord et au Sahel

L’Algérie et la Russie ont ainsi officiellement confirmé que les exercices militaires «Desert Shield 2022» auront lieu en Algérie en novembre prochain et vont impliquer environ 200 membres des forces armées des deux pays. Ces manœuvres viseront à renforcer l’interopérabilité des unités en matière de lutte contre le terrorisme. Cette initiative va renforcer la coopération entre la Russie et l’Algérie qui continue d’apparaître comme le meilleur allié de Poutine en Afrique du Nord et au Sahel.

Il est clair que tout cela n’est pas du goût des Français qui n’ont pas encore réussi à digérer d’avoir été écartés par le Mali comme partenaire militaire stratégique dans sa quête de stabilité. C’est pourquoi, pendant son séjour, Emmanuel Macron a plaidé pour «renforcer le partenariat avec l’Algérie» dans la lutte contre la menace jihadiste au Sahel. Son souhait est précisément d’empêcher que «des mercenaires puissent fleurir dans la région, en particulier ceux de Wagner».

Selon la présidence algérienne, Macron et Tebboune ont présidé vendredi dernier (26 août 2022) une «réunion inédite» des responsables des services de sécurité des deux pays. Une «première à ce niveau depuis l’indépendance», a précisé Alger.

«Le Sahel et le Mali sont dans les priorités de nos deux pays», a reconnu le chef d’État français en saluant l’implication personnelle d’Abdelmadjid Tebboune dans «le suivi du respect de l’Accord pour la paix et la réconciliation du Mali». Et Macron a réaffirmé sa volonté de «renforcer» sa coopération avec le pays hôte sur la question malienne et dans «la lutte contre le terrorisme…»

Autrement, Paris mise sur Alger pour contraindre notre pays à revoir sa position vis-à-vis de la France. Et cela en lui mettant la pression par l’isolement diplomatique. L’Algérie va-t-elle céder à la séduction française ? Tout est possible car, dans les relations internationales, chaque pays pense d’abord à ses propres intérêts dans ses choix diplomatiques. Et l’Algérie n’est pas un partenaire dont on peut se fier à 100 % pour la stabilisation de notre pays.

Et surtout que, selon des médias français, le président Abdelmadjid Tebboune n’a pas tari d’éloges sur la visite de son homologue Emmanuel Macron en Algérie. Ainsi, lors de la rencontre des services secrets de vendredi dernier, il aurait assuré que les deux pays vont «agir ensemble dans beaucoup de domaines en dehors de l’Algérie et la France… Ce rapprochement va nous permettre d’aller très, très loin».

Il a aussi annoncé «des actions communes dans l’intérêt» de leur environnement géopolitique. Autant se préparer à une volte-face de notre puissant voisin dans les semaines ou les mois à venir ! A moins que la pression de Moscou n’ait plus de poids que les promesses de Paris !

Moussa Bolly

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