ACCES A LâELECTRICITĂ : Les Maliens dans lâobscuritĂ© malgrĂ© le coĂ»t Ă©levĂ© du kilowattheure
Le Mali est lâun des pays au monde oĂč le kilowattheure (kWh) coĂ»te le plus cher. NâempĂȘche que la fourniture dâĂ©lectricitĂ© par la sociĂ©tĂ© Energie du Mali (EDM SA) a rarement Ă©tĂ© satisfaisante. Et malgrĂ© les discours et les promesses politiciennes, la situation ne cesse de se dĂ©grader en sâĂ©talant sur toute lâannĂ©e au lieu des seuls mois de grande consommation (avril-mai-juin).
Au Mali, en juin 2021, lâEDM SA vendait aux mĂ©nages le kilowattheure (kWh) Ă 0,219 dollars US (environ 130 F CFA). A la mĂȘme pĂ©riode, le prix moyen dans le monde Ă©tait de 0,136 dollars par kWh. Les tarifs business Ă©taient de 0,159 dollars au Mali pour un prix moyen dans le monde estimĂ© Ă 0, 123. Au niveau du classement mondial par rapport au coĂ»t abordable de lâĂ©lectricitĂ©, notre pays ne devançait que Belize, Suisse, Espagne, Autriche, Japon, Australie, RĂ©publique TchĂšque, Barbade, Italie, Rwanda, Portugal et Guatemala. Des pays plus dĂ©veloppĂ©s que le nĂŽtre avec des revenus consĂ©quents pour les consommateurs. Sans compter que, il y a quelques mois, EDM a revu Ă la hausse ses tarifs dĂ©jĂ hors de portĂ©e de nombreux Maliens.
Cette situation est en partie liĂ©e au fait que notre pays est encore essentiellement dĂ©pendant de la production gĂ©othermique de lâĂ©lectricitĂ©. Les barrages hydroĂ©lectriques (SĂ©linguĂ©, ManantaliâŠ) ne parviennent pas Ă combler le dĂ©ficit de production car la demande croit plus rapidement que lâoffre. Le pays a expĂ©rimentĂ© dans la zone rurale les centrales hybrides sans grand succĂšs. Le solaire et lâĂ©olienne sont encore au stade du balbutiement faute dâune politique de promotion ambitieuse, Ă la hauteur des enjeux liĂ©s Ă lâaccĂšs Ă lâĂ©nergie dans le dĂ©veloppement dâune nation. Avec en moyenne 117.84 heures d’ensoleillement par mois, le Mali devait ĂȘtre capable de produire aujourdâhui lâĂ©nergie solaire pour la consommation nationale et lâexporter vers des pays voisins. Le marchĂ© est inondĂ© dâĂ©quipements obsolĂštes parce que le matĂ©riel de qualitĂ© est hors de portĂ©e du consommateur lambda. Câest une honte aujourdâhui que des citoyens dorment dans lâobscuritĂ© et que des dĂ©lestages continuent de coĂ»ter la vie Ă des citoyens avec toutes les potentialitĂ©s dont disposent notre pays.
Et pourtant, selon une rĂ©cente Ă©tude de la Banque mondiale, il est possible de rendre lâĂ©lectricitĂ© accessible aux populations pauvres dâAfrique subsaharienne sans menacer la rentabilitĂ© des fournisseurs. Pour ce faire, ceux-ci doivent rĂ©duire les pertes lors du transport et de la distribution de lâĂ©lectricitĂ©, veiller Ă ce que les usagers rĂšglent leurs factures et augmenter les tarifs dans des proportions convenables pour certains consommateurs.
Pour Ă©largir lâaccĂšs Ă lâĂ©lectricitĂ©, a indiquĂ© lâĂ©tude, il est indispensable de mesurer prĂ©cisĂ©ment la consommation des mĂ©nages et de cibler rigoureusement les subventions. Selon le rapport intitulé «Making Power Affordable for Africa and Viable for its Utilities», cette Ă©tude a passĂ© au crible des donnĂ©es sur 39 pays dâAfrique subsaharienne afin de comprendre les conditions de la viabilitĂ© financiĂšre des compagnies dâĂ©lectricitĂ© de la rĂ©gion et les facteurs dĂ©terminant lâaccessibilitĂ© de lâĂ©lectricitĂ© pour les populations qui en ont le plus besoin.
Actuellement, un Africain sur trois seulement a accĂšs Ă lâĂ©lectricitĂ© (le Mali possĂšde actuellement un taux d’Ă©lectrification relativement faible avec moins de 20 % de la population), les habitants Ă©tant souvent condamnĂ©s Ă recourir au kĂ©rosĂšne ou Ă passer des heures dans le noir. Quant aux compagnies dâĂ©lectricitĂ© de la rĂ©gion, elles sont Ă court dâargent, pĂ©nalisĂ©es par des infrastructures vieillissantes et incapables dâassurer une alimentation fiable Ă leurs clients. Si rien nâest fait pour remĂ©dier Ă cette situation, il y aura plus dâAfricains privĂ©s dâĂ©lectricitĂ© en 2030 quâaujourdâhui.
«Nous ne parviendrons pas Ă accĂ©lĂ©rer la marche vers un accĂšs universel Ă lâĂ©lectricitĂ© sans amĂ©liorer la performance des rĂ©seaux de distribution. Il est donc essentiel de baisser les coĂ»ts de raccordement et de consommation pour les usagers tout en limitant les pertes financiĂšres pour les fournisseurs dâĂ©lectricité», a commentĂ© M. Makhtar Diop, vice-prĂ©sident de la Banque mondiale pour la rĂ©gion Afrique Ă propos de cette Ă©tude.
Pour les experts de la Banque mondiale, lâaccĂšs Ă une Ă©lectricitĂ© fiable, sĂ»re et bon marchĂ© est crucial pour permettre aux actifs de prolonger leurs heures de travail et dâĂȘtre plus productifs, aux enfants dâĂ©tudier une fois le soleil couchĂ©, aux femmes et aux jeunes filles de rentrer chez elles en toute tranquillitĂ© la nuit grĂące Ă lâĂ©clairage public et aux hĂŽpitaux dâassurer des soins fiables Ă celles et ceux qui en ont besoin. Câest une condition indispensable pour amĂ©liorer les conditions de vie des habitants dâAfrique subsaharienne.
Moussa Bolly
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