LEGISLATIONS SUR LE SPORT AU MALI : La conciliation et lâarbitrage privilĂ©giĂ©s dans la rĂ©solution des conflits
La gestion et la pratique du sport donnent souvent lieu Ă des litiges, Ă des conflits⊠pouvant aboutir Ă des crises dĂ©stabilisatrices des organisations sportives. Qui est habilitĂ© Ă trancher ces conflits ? On se pose la question dâautant plus que, comme le disait un praticien français, «les contentieux dans le domaine du sport» crĂ©ent aussi «des conflits avec la juridiction ordinaire». Heureusement que les acteurs maliens du domaine, sous lâimpulsion du ministĂšre de la Jeunesse et des Sports (chargĂ© de l’Instruction civique et de la Construction citoyenne) et du ComitĂ© national olympique et sportif (CNOSM), nâont pas mĂ©nagĂ© leurs efforts pour baliser la voie Ă suivre !
«Les litiges sportifs des fĂ©dĂ©rations ne sont pas du ressort des tribunaux ordinaires» ! Câest ce que stipule lâarticle 79 des «Statuts types» des FĂ©dĂ©rations nationales sportives (FSN). Un document rĂ©cemment mis Ă la disposition du ComitĂ© national olympique et sportif du Mali (CNOSM) et des fĂ©dĂ©rations par le ministĂšre de la Jeunesse et des Sports (chargĂ© de lâInstruction civique et de la Construction citoyenne) en application de la Loi (N°2017-037/du 14 juillet 2017) rĂ©gissant les activitĂ©s physiques et sportives en RĂ©publique du Mali. Le mĂȘme article stipule, «pour le rĂšglement des litiges sportifs, seule la chambre de conciliation et dâarbitrage créée auprĂšs du CNOSM est compĂ©tente».
En effet, lâarticle 80 de ladite loi dote le CNOSM dâune Chambre de conciliation et dâarbitrage (CCA) pour le rĂšglement des litiges sportifs opposant les structures dâorganisation et dâanimation sportives ou leurs membres. DĂ©signĂ©s par le CNOSM, les membres de cette chambre sont indĂ©pendants de toutes structures dâorganisation et dâanimation sportives ou de leurs membres.
Les sentences de la CCA prononcĂ©es dans le cadre des litiges sportifs opposant les structures dâorganisation et dâanimation sportives ou leurs membres peuvent faire lâobjet de recours conformĂ©ment aux lois et rĂšglements en vigueur ainsi quâaux rĂšglements sportifs internationaux. Les fĂ©dĂ©rations sportives nationales sont dĂ©sormais tenues dâinscrire dans leurs statuts une clause compromissoire reliĂ©e Ă la saisine de la CCA en cas de conflits Ă©ventuels. La composition et les modalitĂ©s de fonctionnement de ladite chambre sont dĂ©terminĂ©es par dĂ©cision du prĂ©sident du CNOSM.
«La commission de rĂ©solution des litiges est chargĂ©e de statuer, Ă la demande des parties concernĂ©es par voie de conciliation ou de mĂ©diation, sur les litiges opposant les membres de la fĂ©dĂ©ration contre les dĂ©cisions prises par la commission fĂ©dĂ©rale de discipline et/ou la commission dâappel», prĂ©cise lâarticle 77 des statuts types des FSN qui consacre tout un chapitre Ă la commission de rĂ©solution des litiges.
Les instances internationales de la discipline ou le TAS comme voie de recours
Quant Ă lâarticle 78, il stipule que, en cas dâĂ©puisement des voies de recours internes Ă la fĂ©dĂ©ration, lâune des parties peut, en dernier ressort au plan national, saisir la chambre de conciliation et dâarbitrage instituĂ©e auprĂšs du CNOSM conformĂ©ment Ă lâarticle 46 du dĂ©cret N°2019-0758/P-RM du 30 septembre 2019 fixant les modalitĂ©s dâapplication de la Loi N°2017 du 14 juillet 2017 rĂ©gissant les activitĂ©s physiques et sportives. Et les dĂ©cisions de la chambre de conciliation et dâarbitrage ne peuvent faire lâobjet de recours que devant les instances internationales de la discipline ou du tribunal arbitral du sport (TAS).
Comme on peut le constater, aussi bien la loi de 2017 que ses textes dâapplication mettent la rĂ©solution des conflits et litiges sportifs en dehors du champ de la justice ordinaire. Et pour un magistrat avec qui nous avons Ă©changĂ© sur la question, la relecture en cours du code de procĂ©dure pĂ©nale ne peut pas transgresser les dispositions de cette loi. «Ces conflits et litiges ne sont pas du domaine du code pĂ©nal. Et si un mode de rĂšglement est aussi prĂ©vu, notamment une loi nationale, il sâapplique sans problĂšme», nous prĂ©cise-t-il. Et cela dâautant plus que, ajoute-t-il, quâil sâagit de litiges ou de diffĂ©rends civils et non des infractions. Ici, il sâagit de donner la prioritĂ© Ă la conciliation ou, le cas Ă©chĂ©ant, de recourir aux instances nationales ou internationales. Toutefois, averti le magistrat, «les violences dans les stades ou autres types dâinfractions sont punies par le code pĂ©nal». Tout comme, sur dĂ©nonciation, les cas de dĂ©tournement de fonds, de corruptionâŠpeuvent ĂȘtre aussi du champ dâaction de la justice ordinaire.
«Il est vrai que lâEtat investi beaucoup dans le sport, notamment dans des pays comme le Mali oĂč les fĂ©dĂ©rations ne peuvent pas trop compter sur le sponsoring. Mais, ce sont des fonds essentiellement gĂ©rĂ©s par ses propres services. «Les ressources des fĂ©dĂ©rations proviennent en grande partie des fĂ©dĂ©ration internationales et du sponsoring», souligne un expert en management du sport. «Les fĂ©dĂ©rations sont tenues de justifier chaque centime reçu de lâinstance rĂ©gionale ou internationale. En plus des rapports internes, des rapports dâauditeurs indĂ©pendants sont aussi exigĂ©s», ajoute-t-il.
«Le sponsor investi dans le sport pour avoir un retour sur son image. Ce qui suppose une organisation réguliÚre des compétitions sponsorisées⊠Aucun sponsor ne va continuer à sponsoriser une discipline dont les compétitions sont mal organisées, donc pouvant compromettre son image», conclut-il.
Ce qui fait dire Ă certains acteurs influents du management sportif dans notre pays que les dĂ©nonciations pour dĂ©tournement dĂ©coulent beaucoup plus de la volontĂ© de ternir lâimage des rivaux que dâune rĂ©alitĂ© concrĂšte.
«Vous ne pouvez pas imaginer ce que certains dirigeants sportifs comme Habib Sissoko investissent personnellement dans les activitĂ©s fĂ©dĂ©rales. Et pourtant, leurs adversaires nâhĂ©siteront pas Ă les accuser de malversations prĂ©judiciables Ă la bonne marche de la fĂ©dĂ©ration, donc Ă la performance de la discipline en question», tĂ©moigne un cadre du dĂ©partement des sports Ă la retraite !
Moussa Bolly
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