Ibrahima Camara, plus connu sous le nom de Ras Kalif, appartient Ă  cette gĂ©nĂ©ration d’artistes ivoiriens qui ont traversĂ© plusieurs langages musicaux avant de trouver dans le reggae un territoire d’expression durable. Entre Koumassi, Abidjan, Bamako et les scĂšnes ouest-africaines, son parcours raconte Ă  la fois une trajectoire personnelle et une histoire plus large : celle d’un reggae africain qui survit, se transforme et continue de porter des messages de conscience.


Des débuts dans le hip-hop à Koumassi

C’est Ă  Koumassi, dans le sud d’Abidjan, qu’Ibrahima Camara grandit et forge ses premiĂšres ambitions artistiques. Dans le contexte de l’effervescence hip-hop des annĂ©es 1990, il rejoint en 1999 le groupe Azziza, sous le pseudonyme de Jayzee. TrĂšs tĂŽt, il s’y distingue par la qualitĂ© de ses textes et une voix dĂ©jĂ  reconnaissable.

Le groupe assure plusieurs premiĂšres parties, dont celle de John Kiffy au Palais des sports de Treichville en 2001. Cette premiĂšre phase de son parcours lui donne une solide culture de scĂšne, mais aussi le goĂ»t d’une Ă©criture musicale habitĂ©e par le message.

Le virage vers le reggae

AprĂšs l’expĂ©rience Azziza et un premier album au retentissement limitĂ©, Ibrahima Camara opĂšre un tournant dĂ©cisif. Comme d’autres artistes de sa gĂ©nĂ©ration, il quitte progressivement le rap pour se tourner vers le reggae, une musique qu’il juge plus spirituelle, plus posĂ©e et plus apte Ă  faire passer des messages de paix, de sensibilisation et de transformation sociale.

Ce passage du hip-hop au reggae n’est pas une rupture totale, mais une continuitĂ© dans la recherche de sens. L’artiste conserve la rigueur du texte, tout en inscrivant dĂ©sormais son travail dans une tradition plus mĂ©ditative et plus universelle.

Le Parker Place, The Wisemen Band et la naissance de Ras Kalif

Son entrĂ©e dans l’univers du reggae se consolide au Parker Place d’Abidjan, lieu emblĂ©matique fondĂ© par feu DĂ©sirĂ© Aloka, connu aussi sous le nom de Dez Parker. En rejoignant The Wisemen Band, Ibrahima Camara devient pleinement Ras Kalif.

Au sein de cette formation, il gagne en assurance, affine ses interprétations et construit une réputation de chanteur rigoureux. Sa voix, sa discipline et sa constance lui valent progressivement la confiance du public, mais aussi celle des organisateurs de scÚnes et de festivals.


Un artiste de scùne au carrefour d’Abidjan, Bamako et des festivals

Avec le temps, Ras Kalif participe Ă  de nombreuses scĂšnes en CĂŽte d’Ivoire, en Afrique et en Europe. Il se produit notamment aux cĂŽtĂ©s d’artistes de premier plan comme Kajeem, IsmaĂ«l Isaac, Culture, Lloyd Brown, Luciano, Bushman, Gentleman, Takana Zion, Midnite, Chezidek ou encore Lyricson.

Il partage Ă©galement la scĂšne avec ses compagnons de route, parmi lesquels Jah Light et GĂ©nĂ©ral Dimitri, dans des Ă©vĂ©nements portĂ©s par AZK Productions. Leur prĂ©sence commune sur plusieurs scĂšnes et festivals Ă©claire l’existence d’un rĂ©seau artistique cohĂ©rent, oĂč le reggae reste un espace de fraternitĂ©, de transmission et d’engagement.

Discographie et constance artistique

Le parcours de Ras Kalif s’inscrit aussi dans une production discographique rĂ©guliĂšre, marquĂ©e par plusieurs singles et collaborations :

  • 2015 : « WouloukĂŽrĂŽ » feat. TaĂŻro et Ras Daniel Ray ; « Afreeka Rise »
  • 2018 : « The Same » ; « Keep on Knocking »
  • 2020 : « I and I Come a Sit » ; « Corona Can’t Stop Reggae » feat. Jah Light et GĂ©nĂ©ral Dimitri
  • 2020 : remix de « The Same » et « Afreeka Rise »
  • 2020 : album « Ras Kalif meets Tsadiq Section »
  • 2022 : nouvel album annoncĂ© sous AZK Productions Abidjan

Un visage du reggae africain vivant

À travers Ras Kalif, c’est une autre lecture du reggae africain qui apparaĂźt : un reggae moins spectaculaire peut-ĂȘtre, mais enracinĂ© dans la scĂšne, le travail, la fidĂ©litĂ© Ă  une ligne artistique et la circulation entre plusieurs capitales culturelles de l’Afrique de l’Ouest.

Son parcours prend une rĂ©sonance particuliĂšre dans un moment oĂč la disparition de figures comme GĂ©nĂ©ral Dimitri oblige Ă  penser la transmission. Ras Kalif, lui, poursuit sa route. Et c’est prĂ©cisĂ©ment ce qui donne Ă  cette interview autobiographique sa valeur documentaire : elle saisit un artiste vivant, en mouvement, encore au travail, dans une histoire du reggae qui continue de s’écrire.

CrĂ©dit photo : Boub’s SiDiBÉ
Lieu : Bamako, Mali
Date de réalisation : 23 février 2024


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