SANCTIONS DE LA CEDEAO : Le Mali enregistre deux mois de défaut de payement sur le marché financier
Suite aux sanctions prises par la Cedeao et l’Uemoa le 9 janvier, les avoirs restent toujours bloquĂ©s dans les banques centrales des Ătats membres. Quâelles peuvent ĂȘtre les consĂ©quences de cette situation sur lâĂ©conomie malienne ? La rĂ©ponse avec Modibo Mao Macalou, Ă©conomiste.
AzalaĂŻ Express : Selon vous qu’elles peuvent ĂȘtre les consĂ©quences des dĂ©fauts de paiement du Gouvernement du Mali sur le marchĂ© financier et monĂ©taire de lâUemoa ?
Modibo Mao Macalou : Le montant des impayĂ©s du Gouvernement du Mali Ă la suite des sanctions de la CommunautĂ© Ă©conomique des Etats de lâAfrique de lâOuest (Cedeao) et de lâUemoa, prises le 9 janvier 2022, sâĂ©lĂšve Ă la fin du mois de fĂ©vrier 2022 Ă 60,46 milliards de francs CFA, selon Umoa-Titres qui est lâagence de gestion et de promotion des titres publics de la zone Uemoa qui regroupe les 8 pays dâAfrique de lâOuest utilisant le franc CFA comme monnaie unique (CĂŽte d’Ivoire, SĂ©nĂ©gal, Togo, Burkina, Mali, GuinĂ©e-Bissau, Niger et BĂ©nin). Les 2 institutions sous-rĂ©gionales (Cedeao et Uemoa) ont aussi gelĂ© les avoirs du Mali dans les banques centrales de la Cedeao et dans les banques commerciales des Ătats membres et suspendu toute aide et transaction financiĂšre en faveur du Mali de la part des institutions de financement des 2 organisations, la Banque dâinvestissement et de dĂ©veloppement de la Cedeao (Bidc) et la Banque ouest-africaine de dĂ©veloppement (Boad).
En rĂ©alitĂ©, les sanctions imposĂ©es par la CommunautĂ© Ă©conomique des Etats de lâAfrique de lâOuest (Cedeao) et lâUnion Ă©conomique et monĂ©taire ouest-africaine (Uemoa) au Mali pourraient avoir Ă moyen et long termes de graves consĂ©quences sur le bon fonctionnement du systĂšme financier et monĂ©taire de la zone Uemoa. Un dĂ©faut de paiement de lâEtat du Mali risque de ternir la crĂ©dibilitĂ© du marchĂ© financier et monĂ©taire de lâUemoa Ă moyen et long termes.
Les sanctions de l’Uemoa peuvent-elles faire fuir d’Ă©ventuels investisseurs ?
Kenneth Arrow, codĂ©tenteur du Prix Nobel dâĂ©conomie en 1972, indiquait que la confiance est une institution invisible qui rĂ©git le dĂ©veloppement Ă©conomique qui constitue un des premiers objectifs de lâUemoa et de la Cedeao. Lâagence de notation Moodyâs a abaissĂ© dâun cran sa notation Ă long terme, de Caa1 (haut risque) Ă Caa2 (ultra spĂ©culatif), un niveau plaçant la dette malienne sous surveillance, « en vue dâune possible nouvelle dĂ©gradation ». Cette dĂ©cision Ă©tait attendue Ă partir du moment oĂč lâEtat malien nâa pas Ă©tĂ© autorisĂ© Ă rembourser 2,7 milliards FCFA dâintĂ©rĂȘts Ă©chus sur le marchĂ© de la dette de lâUemoa, le 28 janvier 2022. Ce refus Ă©tant motivĂ© par les sanctions Ă©conomiques et financiĂšres dĂ©cidĂ©es par la Cedeao et lâUemoa le 9 janvier 2022 Ă lâencontre du Gouvernement malien.
En effet, le ministĂšre de lâEconomie et des Finances du Mali par un communiquĂ© datĂ© du 1er fĂ©vrier 2022 expliquait que les rĂšglements pour des intĂ©rĂȘts Ă©chus nâavaient pas Ă©tĂ© acceptĂ©s par la plateforme de paiement de la Banque centrale des Etats de lâAfrique de lâOuest (Bceao) pour 2,7 milliards FCFA le 28 janvier 2022 et que le Mali disposait de liquiditĂ©s pour honorer ses engagements envers les investisseurs. Il est donc important pour le Mali et la Cedeao de trouver un accord politique satisfaisant pour que les impayĂ©s du Mali suite Ă son exclusion du systĂšme de paiement de lâUemoa ne deviennent un dĂ©faut de paiement entamant la crĂ©dibilitĂ© du marchĂ© financier et monĂ©taire de lâUemoa, de mĂȘme que la notation financiĂšre du Mali.
Les dettes actuelles du Mali à la Bceao peuvent-elles avoir des conséquences dans les mois ou années à venir ?
 LâEtat du Mali qui est lâun des pays les moins endettĂ©s de lâUemoa a effectuĂ© des emprunts de prĂšs de 897,5 milliards FCFA sur le marchĂ© financier et monĂ©taire de lâUemoa en 2021, dont 150 milliards FCFA mobilisĂ©s sur le marchĂ© financier de l’Uemoa, contre 747,5 milliards FCFA sur le marchĂ© monĂ©taire. Le montant total des remboursements Ă©chus en 2021 a Ă©tĂ© effectuĂ© avant les sanctions de lâUemoa et de la Cedeao. En effet, le Mali avait empruntĂ© 675 milliards FCFA sur le marchĂ© financier de l’Uemoa via l’Ă©mission de titres publics en 2020.
Au 3Ăšme trimestre 2021, 31% de la dette de lâEtat malien Ă©taient dĂ©tenus par les banques du Mali, contre 18% pour les banques du Burkina Faso, 16% pour les banques ivoiriennes et 13% pour celles du BĂ©nin. Par ailleurs, le Mali reprĂ©sente 15% des prĂȘts par la Boad et la Bidc. Le pays est aussi sevrĂ© des investissements financĂ©s par emprunts sur le marchĂ© financier et monĂ©taire de l’Uemoa ce qui restreindra et renchĂ©rira le crĂ©dit au Mali ainsi que ceux contractĂ©s auprĂšs des institutions de financement de la Cedeao, en particulier la Bidc et la Boad, y compris les dons de ces 2 organisations de financement sous-rĂ©gionale. Les sanctions Ă©conomiques financiĂšres et commerciales de lâUemoa et de la Cedeao auront un impact important sur le marchĂ© financier et monĂ©taire de lâUemoa.
Pensez-vous que le cumul de dettes de la Bceao au Mali influe sur les PME ?
Les Ă©missions de titres publics crĂ©ent de nouveaux instruments de politique monĂ©taire en offrant la possibilitĂ© de rĂ©guler la liquiditĂ© de lâĂ©conomie par le biais dâopĂ©rations dâopen-market (injection de liquiditĂ©s) sur le marchĂ© interbancaire et en faisant du taux dâintĂ©rĂȘt un nouveau canal de transmission de la politique monĂ©taire en plus du canal du crĂ©dit.
La Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Bceao) a injectĂ© la derniĂšre semaine de fĂ©vrier 2022 un montant de 3910 milliards FCFA sur le marchĂ© interbancaire de l’Union monĂ©taire ouest-africaine (Umoa) sur 3965 milliards FCFA sollicitĂ©s par les banques commerciales. L’adjudication s’Ă©tant effectuĂ©e au taux dâintĂ©rĂȘt fixe de 2%, 91 banques commerciales ont ainsi rĂ©ussi Ă se faire refinancer auprĂšs de la Banque centrale Ă la hauteur de leurs besoins en liquiditĂ©s, Ă lâexception des banques commerciales du Mali.
Ainsi, la liquiditĂ© demeure toujours rationnĂ©e au Mali, oĂč l’injection de la Bceao a Ă©tĂ© limitĂ©e Ă 312 milliards FCFA, alors que les banques du pays sollicitaient 367 milliards FCFA sur une Ă©chĂ©ance d’une semaine, soit Ă hauteur de 85% des besoins totaux des banques commerciales maliennes. Cette rĂ©duction de la liquiditĂ© par la Bceao est une consĂ©quence des sanctions prises par la Cedeao et lâUemoa. En revanche, tous les autres pays de lâUemoa Ă lâexception du Mali ont effectivement reçu de la Bceao des montants couvrant intĂ©gralement leurs besoins de refinancement. Le secteur privĂ© malien se trouve ainsi sanctionnĂ© par lâUemoa et la Cedeao malgrĂ© la crise multiforme que connait le Mali.
Réalisé par Abdrahamne Baba Kouyaté
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